MÈRES FOURRABLES

ENTRE LES MÈRES À BOUTTE ET LES PAR­FAITES, TOUTES CELLES QUE L’ON EN­VIE, DÉSIRE OU DÉ­TESTE, SE TIENNENT LES TROIS FI­GURES MA­TER­NELLES SEXUELLES, SEXUÉES, POQUÉES ET TOU­CHANTES DE LA PIÈCE M.I.L.F. DE MAR­JO­LAINE BEAUCHAMP.

VOIR (Québec) - - SCÈNE - MOTS | CA­RO­LINE DÉCOSTE PHO­TOS | MA­RIANNE DUVAL

Il y a celle qu’on vou­drait four­rer – Mo­ther I’d like to fuck. Il y a celle à sau­ver (MILS) et celle à tuer (MILK). Entre les trois se tissent des mo­no­logues qui s’en­tre­croisent, s’en­tre­choquent, donnent à voir les réa­li­tés plu­rielles de mères qui doivent com­po­ser avec les aléas d’une ma­ter­ni­té à conju­guer avec la sexua­li­té (ou avec l’ab­sence de).

Le sexe avec un grand S

Pour cette deuxième col­la­bo­ra­tion entre la sla­meuse, in­ter­prète et dra­ma­turge Mar­jo­laine Beauchamp et le met­teur en scène Pierre An­toine La­fon Si­mard, après Ta­ram (Théâtre du Trillium, 2011), le pu­blic du Théâtre Pé­ri­scope se­ra mis face à une es­thé­tique ti­rée des codes de la por­no­gra­phie qui ap­puie un texte sans ta­bous qui sonne non pas cru, mais vrai. Pour cause: l’au­teure s’est ap­puyée sur des confi­dences pour créer un propos qui brasse la cage et le coeur.

«L’élé­ment dé­clen­cheur de M.I.L.F., c’est la ren­contre de femmes. Je ré­flé­chis­sais sur ma condi­tion per­ma­nente de mère, parce que je m’in­té­resse dans ma créa­tion à l’as­pect so­cio­lo­gique des choses. Faut dire que j’ha­bite dans un HLM rem­pli de pe­tites ma­mans qui sont s’ua goal… Je frees­ty­lais sur le su­jet des mères pour Plus on est de fous, plus on lit!, j’avais en­vie d’écrire un truc à la fois hu­mo­ris­tique et phi­lo­so­phique sur une mère qui a un one night, tsé la femme qui a eu un en­fant pis qui a en­core ac­cès à la sé­duc­tion. Fi­na­le­ment, j’avais beau­coup de choses à dire…» confie Mar­jo­laine Beauchamp au té­lé­phone, le dé­bit ra­pide et la voix as­su­rée. His­toire de pour­suivre sa ré­flexion sur les fa­çons d’abor­der en­semble la ma­ter­ni­té et la sexua­li­té, elle dé­cide de réunir des femmes… au­tour d’une dé­mons­tra­tion de jouets sexuels!

«La dé­mo, c’était juste un pré­texte! [rires] Je cô­toyais des mères ailleurs, en culture par exemple, mais je me de­man­dais com­ment rendre ça plus uni­ver­sel. J’ai mis dans cette salle la va­rié­té la plus com­plète en ma­tière d’âges, de mi­lieux so­cioé­co­no­miques, pis c’était em­po­we­ring as fuck, les filles se confiaient, ç’a été des ren­contres ex­trê­me­ment riches. Y en a même qui ont ache­té des pro­duits!»

En plus de cette soi­rée, Mar­jo­laine a do­cu­men­té des ren­contres in­di­vi­duelles de mères et même des té­moi­gnages de gars dans sa mes­sa­ge­rie Fa­ce­book. «Ce que je vou­lais sa­voir, c’était leur rap­port de femmes, de mères avec l’acro­nyme MILF, ti­ré de la por­no. Ma pos­ture du dé­but a beau­coup chan­gé, comme ma vi­sion de l’em­po­werment sexuel. Je me consi­dère comme une fille as­sez pro­gres­siste, avec une po­si­tion ou­verte sur la sexua­li­té, et je pré­su­mais que des femmes moins édu­quées que moi au­raient une sexua­li­té plus com­plexée. C’était faux! Leur dé­si­ra­bi­li­té en tant que mères, à leurs yeux, était in­con­tes­table. Dans mon écri­ture, j’ai eu en­vie de té­moi­gner de ça.»

Ni apo­lo­gie ni cri­tique, la pièce M.I.L.F. ex­plore l’entre-deux, les mul­tiples nuances qui viennent avec le double sta­tut de mère et de per­sonne sexuée. «Je n’avais pas en­vie de faire une ven­det­ta contre l’acro­nyme. J’avais en­vie de prendre le pou­voir qu’il donne, de le dé­sa­cra­li­ser, de dire “voi­ci les émois sté­riles de cette femme sa­cra­li­sée qui se­rait la MILF”, de mon­trer son am­bi­va­lence, alors qu’elle est gê­née et heu­reuse d’être dé­si­rée même après/en rai­son de ses en­fants. Et pour dé­sa­cra­li­ser un terme, il faut l’em­ployer à ou­trance!» De bon coeur, Mar­jo­laine s’amuse des ma­laises des chro­ni­queurs cultu­rels qui doivent dire MILF tout haut en ondes. «Les gens sont obli­gés de l’in­tel­lec­tua­li­ser pis de l’ack­now­led­ger.»

Mères et monde

Mar­jo, penses-tu que c’est une pièce pour les ma­mans qui ont le loi­sir de ré­flé­chir à leur condi­tion? «Tsé, tout le monde s’en vient voir une pièce “sur les mères”, mais y a des pa­pas qui ac­com­pagnent leur fille, des grands-mères, des couples ho­mo­sexuels… Je crois qu’on a be­soin d’en par­ler, que ça ne de­vienne plus ni­ché, que ça soit un truc d’ac­tua­li­té. Le su­jet doit ap­par­te­nir à tout le monde et toutes les en­tre­prises d’ex­po­si­tion de la ma­ter­ni­té en pu­blic me semblent es­sen­tielles et né­ces­saires, même celles qui sont su­per­fi­cielles et mal­adroites.» Ou celles qui, comme la pièce M.I.L.F., sont es­sen­tielles et né­ces­saires parce qu’elles portent la pa­role de celles qui se font «une bri­gade de filles tou­jours la tête drette/ même au mo­ment d’ren­trer dans le mur».

M.I.L.F. Du 27 no­vembre au 1er dé­cembre Théâtre Pé­ri­scope

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