MA­NI­FESTE GRIN­ÇANT POUR L’EM­PA­THIE

AVEC BONNE RE­TRAITE, JO­CE­LYNE, FA­BIEN CLOU­TIER DÉ­NONCE NOTRE TEN­DANCE À VOU­LOIR NOUS EX­PRI­MER À TOUT PRIX, QUITTE À SACRIFIER DES RE­LA­TIONS.

VOIR (Québec) - - SCÈNE - MOTS & PHO­TO | MARYSE BOYCE Bonne re­traite Jo­ce­lyne (L’ins­tant scène) Dis­po­nible main­te­nant

«Ma pre­mière idée, c’était de par­ler de gens qui ont de la mi­sère à s’ai­mer comme du monde», ad­met d’em­blée le dra­ma­turge. Avec neuf per­son­nages réunis à sou­per pour sou­li­gner le dé­part à la re­traite de Jo­ce­lyne, le pu­blic as­sis­te­ra à l’ef­fri­te­ment du tis­su fa­mi­lial des convives sur fond d’opi­nions émises sans nuance sur des su­jets qui ra­tissent aus­si large que notre lien à l’em­ploi, à la sé­cu­ri­té so­ciale et à la san­té men­tale.

Oeillères et porte-voix pour tous

«J’ai l’im­pres­sion que c’est le mal du siècle, cet hy­per­in­di­vi­dua­lisme-là», se dé­sole Fa­bien Clou­tier. Un phé­no­mène qui n’est pas étran­ger, se­lon lui, aux ré­seaux so­ciaux, «qui de­vraient créer des liens, mais qui en dé­font». À force de trop vou­loir nous ex­pri­mer, nous ou­blions ce qui nous unit: «C’est pas ça le pro­grès, de mettre au­tant de l’avant nos dif­fé­rences. Je re­fuse cette idée-là.» Il a choi­si de cam­per sa pièce dans le mi­cro­cosme de la fa­mille, «la place où tu maî­trises le mieux les armes, où tu connais sou­vent le plus les fai­blesses, les failles [des autres]».

«Comme fa­mille, comme peuple, on n’a pas les moyens de ne pas nous ai­mer. On n’est pas as­sez. Ça don­ne­ra ja­mais quelque chose de bon si on dé­cide que la moi­tié du monde est im­bé­cile.» Ces ré­flexions sous-tendent la pièce, même elles ne se­ront ja­mais énon­cées ain­si par ses pro­ta­go­nistes:

«Je tente de faire dire le moins pos­sible à des per­son­nages ce que je pense.»

Sus­ci­ter la ré­ac­tion

Les pièces de Clou­tier placent sou­vent le spec­ta­teur dans une zone d’in­con­fort, et sa nou­velle créa­tion ne fait pas ex­cep­tion. «Quand les per­son­nages vont se mettre à dis­cu­ter de l’em­ploi de l’un ou de la ma­la­die men­tale de l’autre, ça te fait-tu rire, ça te fait-tu mal en de­dans? Ça, j’ai pas le contrôle là-des­sus et j’es­saie pas de l’avoir.» Rares sont ceux qui maî­trisent à ce point l’ora­li­té à tra­vers les dia­logues et cap­turent l’es­sence des êtres or­di­naires comme Clou­tier, qui cherche à tra­vers ses textes «com­ment ma­gni­fier le quo­ti­dien, mais en es­sayant qu’il soit le plus réel pos­sible». Pour Bonne re­traite, Jo­ce­lyne, le dra­ma­turge a aus­si vou­lu ex­plo­rer les non-dits. Si cer­tains per­son­nages mo­no­po­lisent le dis­cours, une at­ten­tion par­ti­cu­lière est aus­si mise sur ceux qui tentent d’in­ter­cep­ter l’at­ten­tion – sans né­ces­sai­re­ment y ar­ri­ver.

Élar­gir la fa­mille

Si on as­siste sur scène à une rup­ture fa­mi­liale, Clou­tier a vou­lu lui aus­si «cas­ser sa fa­mille» créa­tive en in­cor­po­rant de nou­veaux ta­lents. Par­mi les nou­velles re­crues, on compte le mu­si­cien Jean Le­may, du groupe Gor­guts. On compte aus­si le duo d’ar­tistes Cooke-sas­se­ville, qui signe une pre­mière in­cur­sion dans le théâtre avec sa scé­no­gra­phie. Plu­sieurs ac­teurs de la re­lève com­plètent le ta­bleau mul­ti­gé­né­ra­tion­nel: «T’as quel­qu’un qui sort de l’école, du monde qui ont deux­trois ans d’ex­pé­rience avec du monde qui ont énor­mé­ment de mé­tier. Ça aus­si, c’est le fun que ça puisse ar­ri­ver.»

Du 15 jan­vier au 9 fé­vrier Le Trident

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