L’AN­NÉE DU COYOTE

SALLES COMBLES, DISQUE PRI­MÉ, PRÉ­SENCE MAR­QUÉE SUR LES ÉCRANS: DÉ­CI­DÉ­MENT, TIRE LE COYOTE EST SUR UNE BELLE LAN­CÉE. ET PUISQUE 2018 S’ACHÈVE ET QUE L’HEURE DES BILANS EST À NOS PORTES, VOI­CI LE RÉ­CIT D’UNE AN­NÉE FÉCONDE, OÙ PE­TITES ET GRANDES VIC­TOIRES ON

VOIR (Québec) - - MUSIQUE - MOTS | JU­LIE BOU­CHARD PHO­TOS | ÉMI­LIE DU­MAIS

Il en a fait du che­min – et de la route – de­puis la sor­tie D’EP en 2010. Do­té d’une plume à la fois puis­sante et sen­sible, Be­noit Pi­nette, alias Tire le coyote, s’est bâ­ti un bas­sin d’ad­mi­ra­teurs sans cesse gran­dis­sant, friand de poé­sie et avide de mé­ta­phores et de vastes es­paces. Mais c’est le lan­ce­ment de Dé­sher­bage à l’au­tomne 2017 qui a mis en lu­mière le ta­lent de l’au­teur-com­po­si­teu­rin­ter­prète. Louan­gé par ses pairs, adu­lé par la cri­tique et le pu­blic, il ver­ra sa der­nière of­frande être lau­réate d’un pres­ti­gieux prix au Ga­la de L’ADISQ 2018: Al­bum de l’an­née – Folk. «Fred Pel­le­rin n’était pas dans la ca­té­go­rie cette an­née, ça m’a don­né une chance», s’ex­clame en riant et sans au­cune ma­lice le doux mu­si­cien de Li­moi­lou. Pour lui, ce Fé­lix re­pré­sente un ac­com­plis­se­ment, l’oc­ca­sion de re­gar­der der­rière et de faire un re­tour sur sa car­rière. «Ça prouve que j’ai eu une belle an­née.»

En ve­dette à la grand-messe

En jan­vier, ses billets de spec­tacles s’écoulent dé­jà avec suc­cès. Mais un évé­ne­ment fait ex­plo­ser les ventes aux gui­chets, ajou­tant plu­sieurs sup­plé­men­taires à la tour­née de Dé­sher­bage: son en­tre­vue à Tout le monde en parle. «Ça fait par­tie des grands stress de ma car­rière! Mais ç’a va­lu la peine», ra­conte en toute hu­mi­li­té Be­noit Pi­nette, qui pré­cise que cette vi­trine ex­cep­tion­nelle n’a pas chan­gé son quo­ti­dien... à part lui don­ner plus de contrats et d’op­por­tu­ni­tés. Un «bo­nus» et un «beau pro­blème», pour re­prendre les mots du poète na­tif de Sher­brooke. «On parle sou­vent de la pré­ca­ri­té du mé­tier, de la dif­fi­cul­té à en vivre; là, j’ar­rive à un point où je peux me voir dans quelques an­nées et sa­voir que je vais en­core faire ça. C’est ras­su­rant.»

Prin­temps flo­ris­sant

Alors que l’hi­ver n’avait pas dit son der­nier mot – la faute à la mar­motte, Tire le coyote en­dosse le rôle de porte-pa­role de la 22e édi­tion des Fran­cou­vertes aux cô­tés de Klô Pel­gag. Sa pré­sence ins­pire as­su­ré­ment quelques ar­tistes émer­gents en lice, lui qui s’est fait «tas­ser» dès la pre­mière ronde lors de son pas­sage en 2010.

À l’ar­ri­vée des beaux jours, les pro­jets se suc­cèdent. Réa­li­sa­tion du nou­vel al­bum d’emi­lie Clep­per, tour­née de spec­tacles à tra­vers tout le Qué­bec de même qu’en France, en Bel­gique et en Suisse, par­ti­ci­pa­tion au 36e Mar­ché de la poé­sie à Pa­ris: en groupe ou en so­lo, Be­noit Pi­nette bour­lingue son gé­nie créa­tif ici comme ailleurs dans la fran­co­pho­nie. On se l’ar­rache, comme on dit.

Même notre sport na­tio­nal s’in­vite dans l’ho­raire sur­vol­té de l’ar­tiste: non seule­ment il vend les droits de quel­que­sunes de ses chan­sons, mais on lui confie aus­si la com­po­si­tion d’ex­traits mu­si­caux dans De­main des hommes. En­re­gis­trées avec Sham­pouing, son gui­ta­riste et com­plice, ses par­ti­tions s’im­briquent tout na­tu­rel­le­ment dans cette sé­rie made in Qué­bec, qui ra­conte les hauts et les bas d’une équipe de la

Ligue de ho­ckey ju­nior ma­jeur.

Le temps des ré­coltes

Alors que les gre­nouilles s’épou­monent en bor­dure des étangs et que les grillons se donnent en concert dans nos cours ar­rière, le coyote se pose et re­prend des forces. Il le faut: l’au­tomne 2018 s’an­nonce char­gé. Les spec­tacles se pour­suivent un peu par­tout, les sup­plé­men­taires s’ad­di­tionnent – pour exemple, le Grand Théâtre ac­cueille­ra Dé­sher­bage pour la troi­sième fois en dé­cembre pro­chain. En sep­tembre, du cô­té de la France, Be­noit Pi­nette et sa bande sé­duisent plu­sieurs dif­fu­seurs au fes­ti­val Le Chaî­non man­quant, qui s’ap­pa­rente à notre Bourse RIDEAU. Les pro­po­si­tions ne sau­raient tar­der: nos cou­sins ont ado­ré. «J’ai un style mu­si­cal qui est quand même an­cré dans l’amé­ri­ca­ni­té. Je suis plus in­fluen­cé par les ra­cines de la mu­sique folk, ce qui fait que pour eux, c’est un peu exo­tique.»

Les feuilles ne ta­pissent pas en­core les sen­tiers que Tire le coyote ré­colte en­fin ce qu’il a se­mé. Au Fé­lix qui trône dans sa ta­nière s’ajoute le prix de Pa­ro­lier de l’an­née, at­tri­bué par la So­cié­té pro­fes­sion­nelle des au­teurs et des com­po­si­teurs du Qué­bec (SPACQ).

Une ré­com­pense im­mense pour ce vir­tuose des mots, dont les textes jo­li­ment bro­dés ne sont ja­mais ac­ces­soires et ma­gni­fient son ré­per­toire. «C’est un bel hon­neur, une belle re­con­nais­sance. Ça fait par­tie des choses dont je suis fier.»

On le se­rait pour moins, cher coyote. y

14 dé­cembre au Grand Théâtre de Qué­bec

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.