LA CO­MÈTE BLONDE

VOIR (Québec) - - CINÉMA - MOTS | NI­CO­LAS GEN­DRON PHO­TOS | AN­TOINE BOR­DE­LEAU

APRÈS UNE NO­MI­NA­TION COMME RÉ­VÉ­LA­TION DE L’AN­NÉE AU DER­NIER GA­LA QUÉ­BEC CI­NÉ­MA, CI­TÉE POUR SON IN­TER­PRÉ­TA­TION LU­MI­NEUSE DANS LES FAUX TA­TOUAGES, ROSE-MA­RIE PER­REAULT S’AP­PRÊTE À VIVRE SUR NOS ÉCRANS, PE­TIT ET GRAND, UNE AN­NÉE 2019 AUS­SI FASTE QUE PROTÉIFORME.

Jointe à Pa­ris, où elle pro­fi­tait de quelques jours de ré­pit, la jeune ac­trice de 23 ans ve­nait tout juste de ter­mi­ner un tour­nage en Tu­ni­sie pour Le monstre, une sé­rie

D’ICI Tou.tv ti­rée du ré­cit épo­nyme d’in­grid Fa­laise et dans la­quelle elle in­ter­prète So­phie, l’al­ter ego de l’au­teure, qui tente d’émer­ger d’une re­la­tion toxique. «C’est l’un de mes plus beaux pro­jets à ce jour. Et de longue ha­leine en plus, avec 33 jours de tour­nage. On a eu la chance de tour­ner sou­vent en ordre chro­no­lo­gique, ce qui fa­ci­li­tait les choses, comme il y a beau­coup de fla­sh­backs pour ra­con­ter l’his­toire qui s’étend sur trois ans.» Et le réa­li­sa­teur Pa­trice Sau­vé (Grande Ourse, Ça sent la coupe, Vic­tor Les­sard) fut un al­lié des plus pré­cieux. «Le per­son­nage n’est pas près de moi, mais Pa­trice me gui­dait conti­nuel­le­ment. Je l’ai consta­té en tour­nant avec lui. Plu­sieurs réa­li­sa­teurs ont une confiance aveugle en­vers les ac­teurs et les di­rigent peu, alors que lui avait le sou­ci constant du mot juste, pour m’éclai­rer. Ce n’est pas seule­ment une fille naïve qui tombe amou­reuse d’un mau­vais gar­çon, non. On vou­lait que ce soit cré­dible, qu’elle re­tourne vers lui, même s’il la bat. C’était quand même lourd à por­ter, par­fois. Avec Meh­di Mes­kar, qui jouait M, on s’y était pré­pa­rés, mais on s’est sur­pris, en jouant les scènes de vio­lence, à être plus se­coués qu’on l’au­rait cru.»

Tout l’op­po­sé des rôles de jeunes femmes fortes et libres qui s’offrent à elle ces der­niers mois. Outre une courte ap­pa­ri­tion mar­quante dans La chute de l’em­pire amé­ri­cain, de De­nys Ar­cand, Ro­se­ma­rie avait sur­tout ra­vi les ci­né­philes au dé­but de 2018, avec deux per­son­nages dé­com­plexés, qui s’af­firment haut et fort: d’abord cette Mag des Faux ta­touages, pre­mier long mé­trage plein d’hor­mones de Pas­cal Plante, sur la ful­gu­rance d’un amour de jeu­nesse; puis De­nise, la fille de

La Bol­duc, qui rêve d’hol­ly­wood et se bute au conser­va­tisme de ses pa­rents. «Je tends vers cette li­ber­té-là, moi aus­si, d’af­fir­mer Rose-ma­rie, parce qu’elle n’est ja­mais ac­quise. Je veux conti­nuer à dé­fendre de tels per­son­nages. J’ai­me­rais peut-être écrire un jour, et c’est cer­tain que j’ima­gi­ne­rais des femmes dé­com­plexées, pas par­faites non plus, mais qui as­sument leurs failles. C’est d’au­tant plus beau.» La Cyn­thia qu’elle com­pose dans Avant qu’on ex­plose, un autre pre­mier long mé­trage, si­gné Ré­mi St-mi­chel – à ve­nir le 1er mars 2019 –, co­mé­die dra­ma­tique qui capte bien se­lon elle «l’es­sence d’une gé­né­ra­tion», est aus­si de la même eau. Dans ce ré­jouis­sant «film d’ados», écrit par Eric K. Bou­lianne (Prank, De père en flic 2), elle in­carne avec un na­tu­rel so­laire le fan­tasme d’un col­lé­gien an­gois­sé par l’idée de mou­rir vierge à l’aube d’une troi­sième Guerre mon­diale.

Ori­gi­naire de Trois-ri­vières, où elle s’adon­nait entre autres au bal­let clas­sique, la co­mé­dienne a tou­jours beau­coup ai­mé le ci­né­ma. «Pe­tite, je re­gar­dais du Pa­gnol avec mon père, et j’ai été mar­quée par La vie est belle ou Ci­né­ma Pa­ra­di­so. J’ado­rais ra­con­ter ou re­ce­voir une his­toire.» À l’ado­les­cence, sa mère l’em­mène voir Frag­ments de men­songes in­utiles, pièce de Mi­chel Trem­blay pré­sen­tée par Du­ceppe en tour­née; c’est une ré­vé­la­tion. «C’est la pre­mière fois que j’al­lais au théâtre, et ça m’a fas­ci­née. En voyant les ac­teurs si près de moi, j’ai réa­li­sé que ça pou­vait être un mé­tier en soi. J’étais quand même gê­née, au se­con­daire, mais j’ai sai­si les chances qui s’of­fraient à moi.» Une amie lui parle d’un pro­jet de court mé­trage (Les pou­pées ne meurent pas, de Ju­lie Prieur) à la re­cherche d’une «co­mé­dienne blonde qui fait du bal­let», un rôle qu’elle dé­croche! Il n’en fal­lait pas plus pour lui per­mettre d’avoir «un pied dans le mi­lieu» et de faire son en­trée dans l’union des ar­tistes. À 16 ans, elle croise la route de Phi­lippe Le­sage, qui la voit en au­di­tion et la re­crute pour Les dé­mons, un film trou­blant qui connaît un par­cours exem­plaire en fes­ti­val.

Mal­gré tout, Rose-ma­rie n’a tou­jours pas d’agence pour la re­pré­sen­ter à ce mo­ment. «Mes dé­marches étaient la­bo­rieuses, avouet-elle, et le film de Phi­lippe n’était tou­jours pas sor­ti. J’avais écrit à tous les agents de Mon­tréal, qui ne me ré­pon­daient pas ou me sug­gé­raient plu­tôt de faire une école de théâtre, ce qui est dans l’ordre nor­mal des choses.» Ins­tal­lée à Mon­tréal, à 18 ans, alors qu’elle tra­vaille au Ca­fé Cher­rier, elle dis­cute avec le co­mé­dien Da­vid La Haye, qui convainc son agente Na­tha­lie Du­chesne de la ren­con­trer. La chi­mie opère, et la voi­là qui au­di­tionne quelques se­maines plus tard pour 30 vies, réa­li­sé par Fran­çois Bou­vier. La suite re­lève d’un sa­vant mé­lange de ren­contres et de ta­lent confir­mé. Bou­vier l’em­bauche de nou­veau sur Rup­tures, puis sur La Bol­duc. Quant à Le­sage, qu’elle dé­fi­nit comme «un tra­vaillant amou­reux, pas­sion­né, avec qui on peut faire jus­qu’à 30 prises d’une même scène, tou­jours pour le bien du pro­jet», elle le re­trouve dans Ge­nèse, dé­jà pri­mé au FNC, à Na­mur, en Es­pagne et au Mexique, que l’on ver­ra sur nos écrans en 2019.

Son CV ne cesse de se gar­nir de pro­jets fé­conds. Au­tre­fois man­ne­quin pen­dant ses études, elle en joue une ces jours-ci qui doit «s’éman­ci­per du re­gard des autres» après un grave ac­ci­dent, dans Clash, une quo­ti­dienne de Vrak

«qui ne prend pas les ados pour des cons». En 2019, elle ap­pa­raî­tra dans plu­sieurs gé­né­riques, dont ce­lui de Gut Ins­tinct, aux cô­tés de Josh Hart­nett et An­toine Oli­vier Pi­lon; d’une ma­nière de vivre, le 11e long mé­trage de Mi­che­line Lanc­tôt, «une femme de tête» qui lui «in­suffle la vo­lon­té d’être ré­vol­tée quand il faut l’être»; et de Gold, d’éric Mo­rin, avec une Mo­nia Cho­kri qui l’ins­pire gran­de­ment par sa car­rière sur deux conti­nents. Elle tra­vaille d’ailleurs dé­jà à élar­gir son ter­rain de jeu. Re­te­nez son nom, car cette co­mète blonde ne fi­le­ra pas de si­tôt.

LES FAUX TA­TOUAGES, DE PAS­CAL PLANTE

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