TOUTES LES NUANCES

ENTRE SON PRÉ­SENT DANS LA NEIGE DE MON­TRÉAL ET SON PAS­SÉ DANS LA CHA­LEUR DU LI­BAN, UN HOMME A DES COMPTES À RENDRE AVEC LUI-MÊME. VOI­CI MA­LEK.

VOIR (Québec) - - CINÉMA - MOTS | VA­LÉ­RIE THÉ­RIEN PHO­TO | LES FILMS SÉVILLE

Lors­qu’on le ren­contre en dé­but de film, Ma­lek est en face à face for­cé avec une psy­cho­logue. Peu ba­vard ni en­clin à se faire faire la mo­rale, il reste as­sez froid et mys­té­rieux. Mais au fil du film, on dé­cou­vri­ra ce per­son­nage com­plexe, bri­sé, iso­lé, un Li­ba­nais d’ori­gine qui tente de se re­cons­truire une vie dans un Mon­tréal en­nei­gé.

«C’est un per­son­nage à fleur de peau, nous dit le réa­li­sa­teur Guy Édoin (Ma­ré­cages, Ville-ma­rie). Il est un peu pau­mé, mais en même temps, il es­saie tou­jours de s’en sor­tir. Il y a quelque chose de très ju­vé­nile chez lui. Ce qui me plai­sait dans ce per­son­nage, c’est sa dua­li­té: il peut par­fois pa­raître dé­tes­table, mais il vient tou­jours nous cher­cher avec l’hu­mour ou la sé­duc­tion. On a tra­vaillé le per­son­nage dans ce rap­port amour-haine.»

C’est le scé­na­riste Claude La­londe qui a ima­gi­né ce Ma­lek pour le grand écran, lui qui a été man­da­té pour adap­ter le ro­man Co­ckroach (Le ca­fard) de l’au­teur mont­réa­lais d’ori­gine li­ba­naise Ra­wi Hage, sor­ti il y a 10 ans. Le per­son­nage est un homme qui manque de sous, mais pas de confiance en lui. Lorsque Ma­lek veut quel­qu’un ou quelque chose, il est ca­pable de l’avoir. Il sé­duit la femme de ses rêves et il ob­tient un em­ploi dans un res­tau­rant as­sez fa­ci­le­ment, par exemple. Sa psy­cho­logue veut tou­te­fois creu­ser plus loin afin de com­prendre ses bles­sures et Ma­lek se voit alors for­cé de se re­mé­mo­rer des sou­ve­nirs dou­lou­reux de son pas­sé avec sa soeur.

Cette his­toire re­pré­sen­tait un beau dé­fi créa­tif pour Guy Édoin puis­qu’elle lui per­met­tait de se sor­tir de sa zone de confort. «Ce qui m’a beau­coup plu, c’est le par­cours du per­son­nage prin­ci­pal, tout

ce qu’il tra­verse. J’avais tou­jours tra­vaillé da­van­tage avec des per­son­nages fé­mi­nins en avant-plan et c’était la pre­mière fois que je cô­toyais un per­son­nage mas­cu­lin qui avait à peu près mon âge, qui pou­vait en quelque sorte me confron­ter à moi-même.»

Pour ce film, le réa­li­sa­teur a trou­vé un so­lide al­lié en la per­sonne de Tew­fik Jal­lab, un ac­teur fran­çais vu dans Né quelque part aux cô­tés de Ja­mel Deb­bouze en 2013 et qui était de Ce qui nous lie de Cé­dric Kla­pisch en 2017. Tew­fik Jal­lab porte le film sur ses épaules et s’avère être une grande ré­vé­la­tion. Le co­mé­dien a bien su tra­vailler toutes les nuances du per­son­nage, in­dique Guy Édoin.

«Ç’a été une grande ren­contre pour moi. C’est une ré­vé­la­tion hu­maine, d’abord, et puis une ré­vé­la­tion d’ac­teur éga­le­ment. J’ai ra­re­ment vu un ac­teur aus­si en­ga­gé en­vers un rôle. Il en est très fier. L’ap­port est to­tal. Tew­fik s’est vrai­ment in­ves­ti en per­dant du poids pour se mettre dans l’es­prit du per­son­nage. En dé­but de film, il pique dans les as­siettes des autres, lui qui n’a pas d’ar­gent et qui ne mange pas né­ces­sai­re­ment à sa faim. En­suite, on a beau­coup dis­cu­té en­semble pen­dant le tour­nage pour s’as­su­rer que Ma­lek n’a ja­mais l’air désa­gréable ou crade parce qu’il sou­haite tou­jours plaire.»

Ma­lek trouve re­fuge chez les femmes dans sa vie. Il a un rap­port de sé­duc­tion avec la co­pine, la soeur, en pas­sant par la fille du pa­tron et la psy­cho­logue. Cette der­nière, in­ter­pré­tée avec aplomb par Ka­rine Va­nasse, joue un rôle im­por­tant dans l’évo­lu­tion de Ma­lek. Au-de­là de la thé­ra­pie, la psy­cho­logue le suit dans sa tête (et dans son ap­par­te­ment). «Son rap­port avec elle est tou­jours très clair et franc.

Il y a la vraie per­sonne as­sise de­vant lui avec son ca­hier de notes, puis la ver­sion éro­ti­sée de Ma­lek, qui ap­pa­raît chez lui. C’est comme si elle jouait dans sa tête pen­dant la thé­ra­pie et puis elle lui ap­pa­raît dans une ver­sion éro­ti­sée.»

Et dans cette his­toire de re­cherche de soi d’un im­mi­grant au Qué­bec – où les gens ne se re­gardent même pas dans la rue, re­marque Ma­lek à un mo­ment dans le film –, la psy­cho­logue in­carne cette «oc­ci­den­ta­li­té-là qu’il ne com­prend pas tou­jours, pré­cise le réa­li­sa­teur. Ma­lek n’a pas les mêmes ré­fé­rents. Il cherche à les com­prendre, mais il n’est pas ca­pable. C’est in­té­res­sant d’avoir ce re­gard qui n’est pas oc­ci­den­tal».

Les quelques fla­sh­backs dans un Li­ban chaud, lu­mi­neux et en­so­leillé ac­cen­tuent d’ailleurs ce contraste avec notre nor­di­ci­té. «On ai­mait beau­coup l’idée de jux­ta­po­ser le froid hi­ver­nal et la cha­leur du Li­ban, ajoute Guy Édoin. Le dé­fi ici, lors du tour­nage, c’est qu’avec les hi­vers qué­bé­cois, on ne sait ja­mais si on au­ra de la neige ou pas.

À la pre­mière jour­née de tour­nage, je pense qu’il est tom­bé un mètre de neige et trois se­maines plus tard, il fal­lait en ache­ter et en sau­pou­drer par­tout pour que les rac­cords de scènes soient cré­dibles!»

Bien­ve­nue au Qué­bec.

En salle le 18 jan­vier

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