Bei­jing, dix ans après les Jeux olym­piques

China Today (French) - - SOMMAIRE - ANDRÉS LÓPEZ RODRÍGUEZ*

L’« hé­ri­tage » dé­signe ce qu’on laisse ou que l’on trans­met à nos suc­ces­seurs, que ce soit ma­té­riel ou im­ma­té­riel. Ce­la com­prend no­tam­ment l’hé­ri­tage fa­mi­lial ou la dot ain­si que la for­tune. Ceux qui re­çoivent cet hé­ri­tage ont non seule­ment un de­voir de re­con­nais­sance, mais aus­si de res­pect en­vers leurs pairs qui ont oeu­vré pour leur trans­mettre ce legs. La Chine, et plus par­ti­cu­liè­re­ment Bei­jing, n’ont pas man­qué de rem­plir ce de­voir de re­con­nais­sance en se re­mé­mo­rant, le 8 août der­nier, les Jeux olym­piques or­ga­ni­sés dans la ca­pi­tale chi­noise il y 10 ans. Des Jeux qui ont mar­qué un ja­lon dans l’his­toire olym­pique, mais aus­si un nou­veau tour­nant dans l’his­toire mil­lé­naire du peuple chi­nois.

Le mou­ve­ment olym­pique doit énor­mé­ment aux JO de Bei­jing. L’or­ga­ni­sa­tion a choi­si de lan­cer la cé­ré­mo­nie d’inau­gu­ra­tion le 8 août 2008 à 20 h. Toute la pla­nète a pu en dé­duire que le chiffre huit est un chif- fre porte-bon­heur pour le peuple chi­nois et ce­la s’est confir­mé dès le dé­but de la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture qui était pro­ba­ble­ment la plus spec­ta­cu­laire de­puis la nais­sance des JO. Vé­ri­table prouesse vi­suelle et so­nore, ce spec­tacle, or­ches­tré par le ci­néaste Zhang Yi­mou, a été l’oc­ca­sion pour la Chine de pré­sen­ter la ri­chesse de ses 5 000 ans d’his­toire tout en sou­hai­tant la bien­ve­nue aux dé­lé­ga­tions ve­nues du monde en­tier. Des mil­liards de spec­ta­teurs mé­du­sés qui ont sui­vi la cé­ré­mo­nie en di­rect du monde en­tier ont pu dé­cou­vrir les se­crets si long­temps bien gar­dés de ce grand pays d’Asie. La cé­ré­mo­nie s’est conclue sur l’image de Li Ning, grande lé­gende de la gym­nas­tique chi­noise, sur­vo­lant les hau­teurs du Stade na­tio­nal de Bei­jing, éga­le­ment connu sous le nom de « Nid d’oi­seau ».

Les JO de tous les re­cords

D’un point de vue spor­tif, peu d’autres JO tiennent la com­pa­rai­son avec ceux de Bei­jing tant les prouesses réa­li­sées ont été spec­ta­cu­laires. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au cours de ce mois d’août 2008, plus de 40 re­cords mon­diaux et plus de 130 re­cords olym­piques ont été bat­tus, des chiffres à faire pâ­lir les JO de Londres 2012 qui ont af­fi­ché 34 re­cords mon­diaux ain­si que ceux de Rio de Ja­nei­ro 2016 qui en ont af­fi­ché 27.

Les JO de Bei­jing ont par ailleurs vu naître des lé­gendes que nous ne sommes pas prêts d’ou­blier. Le na­geur amé­ri­cain Mi­chael Phelps, en dé­cro­chant huit mé­dailles d’or dans la pis­cine du Cube d’eau, a si­gné une per­for­mance qui ne se­ra peut-être

L’hé­ri­tage d’un évé­ne­ment qui a mar­qué l’his­toire olym­pique

ja­mais dé­pas­sée, quant aux prouesses du cou­reur cy­cliste ja­maï­cain Usain Bolt, elles ont ébran­lé toutes nos no­tions sur la ca­pa­ci­té de l’être hu­main à dé­fier le chro­no­mètre.

Pour sa part, le peuple chi­nois a eu de quoi être fier de ses ath­lètes aux­quels il a ap­por­té un sou­tien sans faille ; les gra­dins des dif­fé­rentes en­ceintes de la com­pé­ti­tion n’ont ja­mais désem­pli. Le Co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion avait pro­mis des jeux po­pu­laires et le prix des places est res­té abor­dable à tous les bud­gets. Les sup­por­ters chi­nois ont ré­pon­du en masse au cri de jiayou (Al­lez-y !) et ont por­té en triomphe leurs ath­lètes qui ont réa­li­sé les meilleures per­for­mances de l’his­toire du pays. De­puis lors, la Chine compte au nombre des grandes puis­sances spor­tives.

Tout ce qui pré­cède consti­tue un hé­ri­tage in­ou­bliable. Pour l’oc­ca­sion, et aus­si pour per­mettre aux nou­velles gé­né­ra­tions qui n’au­ront pas vé­cu l’évé­ne­ment de se faire une idée de son im­por­tance, la presse chi­noise et la presse in­ter­na­tio­nale ont pré­sen­té en ce dé­but de mois d’août une pléiade d’images d’an­tho­lo­gie pour im­mor­ta­li­ser ces Jeux qui ont ra­vi­vé l’es­prit olym­pique et la pas­sion du sport.

Mé­ta­mor­phose ur­baine

Mais les choses ne s’ar­rêtent pas là ! Et les ha­bi­tants de Bei­jing sont bien pla­cés pour le sa­voir car ils ont as­sis­té en di­rect à la plus im­por­tante mé­ta­mor­phose qu’une ville ait ja­mais connue en temps de paix. Preuve en est : la poi­gnée d’édi­fices em­blé­ma­tiques, des­si­nés par des ar­chi­tectes par­mi les plus re­nom­més de la pla­nète, qui ont trans­for­mé à ja­mais le sky­line de la ca­pi­tale. Ci­tons, entre autres, le Stade na­tio­nal de Bei­jing, oeuvre des ar­chi­tectes suisses Jacques Her­zog et Pierre de Meu­ron ; le siège de CCTV, la té­lé­vi­sion na­tio­nale de Chine, des­si­né par l’ar­chi­tecte hol­lan­dais Rem Kool­haas ; le Grand Théâtre na­tio­nal de Chine, ima­gi­né par l’ar­chi­tecte fran­çais Paul An­dreu ; ou en­core le ter­mi­nal 3 de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de la ca­pi­tale de Bei­jing, construit d’après des plans de l’ar­chi­tecte bri­tan­nique Norman Fos­ter.

Des édi­fices qui sont tous ac­ces­sibles en mé­tro. Car si avant les JO, Bei­jing ne pos­sé­dait que deux lignes dont la construc­tion re­mon­tait au temps du pré­sident Mao Ze­dong, la ville dé­ploie au­jourd’hui le plus grand ré­seau de mé­tro au monde. Cette fièvre de construc­tion, qui ne s’est pas es­souf­flée, a fait de la ca­pi­tale chi­noise une ville mo­derne, cos­mo­po­lite et avant-gar­diste. Ce­la consti­tue sans au­cun doute un autre as­pect du grand hé­ri­tage des JO de Bei­jing. On dit sou­vent que la Chine a sai­si l’oc­ca­sion des JO pour se pré­sen­ter au monde comme un nou­veau pays, plus ou­vert, plus in­ter­na­tio­nal, et prêt à s’en­ga­ger pour le de­ve­nir de la pla­nète. Et tous les ana­lystes semblent d’ac­cord pour dire que cette en­trée en scène n’au­rait pas pu être plus réus­sie.

Ins­tal­la­tions olym­piques

Comme ce­la ar­rive sou­vent à l’ap­proche d’une date an­ni­ver­saire telle que celle dont il est ques­tion ici, des cri­tiques n’ont pas man­qué de si­gna­ler au cours de ce mois d’août la dé­té­rio­ra­tion de cer­taines des ins­tal­la­tions olym­piques très oné­reuses qui avaient été construites par la ville à l’oc­ca­sion des JO. Certes, un cer­tain nombre de ces ins­tal­la­tions, trop peu uti­li­sées, sont vic­times du pas­sage du temps, mais en gé­né­ral, il s’agit là d’ins­tal­la­tions qui n’étaient pas des­ti­nées à per­du­rer. Car qui au­rait es­pé­ré, dans une ville qui est, trois ou quatre mois par an, soit ab­so­lu­ment gla­ciale, soit ter­ri­ble­ment chaude et hu­mide, voir le vol­ley­ball de plage de­ve­nir un sport po­pu­laire ?

Mais pour le reste, Bei­jing a lar­ge­ment su ti­rer pro­fit de ses ins­tal­la­tions les plus coû­teuses. Le Nid d’oi­seau, par exemple, a abri­té plus de 500 évé­ne­ments de­puis la clô­ture des JO, entre autres des Championnats du monde d’ath­lé­tisme, des matchs de la Fé­dé­ra­tion ita­lienne de foot­ball et des matchs ami­caux de la Pre­mier League, et même des con­certs. Il est par ailleurs de­ve­nu un site tou­ris­tique de pre­mier ordre et a re­çu, de­puis son ou­ver­ture au pu­blic, plus de 35 mil­lions de vi­si­teurs. Éga­le­ment si­tué dans le Parc olym­pique, le Cube d’eau est au­jourd’hui ac­ces­sible au grand pu­blic et cha­cun peut pro­fi­ter du parc aqua­tique qu’il ren­ferme. Le Centre de ten­nis du Parc olym­pique de Bei­jing abrite au­jourd’hui le siège de l’Open de Chine, tour­noi qui fi­gure sur la liste des Mas­ters 1 000 de l’ATP, et le Centre spor­tif de Wu­ke­song, où se sont af­fron­tés les États-Unis et l’Es­pagne lors de la fi­nale olym­pique du bas­ket-ball, hé­berge au­jourd’hui des évé­ne­ments en tous genres, cultu­rels ou spor­tifs, no­tam­ment des com­bats de l’UFC.

Ho­ri­zon Bei­jing 2022

En­fin, ces en­ceintes spor­tives re­trou­ve­ront du ser­vice à l’oc­ca­sion des JO d’hi­ver qui au­ront lieu dans quatre ans, à Bei­jing. La ca­pi­tale chi­noise de­vien­dra alors la seule ville au monde à or­ga­ni­ser à la fois des JO d’été et des JO d’hi­ver.

Les cé­ré­mo­nies d’ou­ver­ture et de clô­ture des JO d’hi­ver de­vraient à nou­veau se dé­rou­ler dans le Nid d’oi­seau. Le Cube d’eau se­ra re­con­ver­ti tem­po­rai­re­ment pour ac­cueillir les épreuves de cur­ling. Ain­si, grâce aux in­fra­struc­tures hé­ri­tées des JO de Bei­jing 2008, les coûts des JO d’hi­ver 2022 se­ront consi­dé­ra­ble­ment ré­duits. Et avec ces Jeux, la Chine as­pire bien en­ten­du à un suc­cès aus­si re­ten­tis­sant que ce­lui de 2008 afin de per­pé­tuer un hé­ri­tage qui fait dé­sor­mais par­tie de l’his­toire contem­po­raine du géant asia­tique et de sa ca­pi­tale.

*ANDRÉS LÓPEZ RODRÍGUEZ est un jour­na­liste es­pa­gnol in­dé­pen­dant ba­sé en Chine.

Le 21 jan­vier 2018, le Fes­ti­val qué­bé­cois de la glace et de la neige a lieu à Bei­jing dans le cadre de la 9e Sai­son de la glace et de la neige du Nid d’oi­seau.

Lo­go des Jeux olym­piques d’hi­ver 2022.

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