Un Ko­weït peu ave­nant

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Na­dine Al­fred

Dans ce pays du Golfe, dé­mo­cra­tique com­pa­ré à ses voi­sins, les quo­ti­diens ac­cordent des pages en­tières à la si­tua­tion en Egypte, sur­tout de­puis la chute de Mou­ba­rak. Une Egypte qui avait sou­te­nu mi­li­tai­re­ment le Ko­weït pour chas­ser les troupes de Sad­dam en 1990. Une po­si­tion qui, se­lon cer­tains Ko­weï­tiens, mé­rite « un geste de gra­ti­tude en­vers Mou­ba­rak ». Ain­si à la grande stu­peur des Egyp­tiens, des avo­cats ko­weï­tiens sont ve­nus dé­fendre le pré­sident dé­chu Hos­ni Mou­ba­rak.

Se­lon l’avo­cate Ba­chayer

Al- Ha­bib, qui a dé­bar­qué au Caire par­mi six autres avo­cats, « la moi­tié de la po­pu­la­tion égyp­tienne sou­tient Mou­ba­rak et veut son re­tour au pou­voir. Il ne faut ja­mais se li­mi­ter aux mé­faits d’une per­sonne et ou­blier ses bien­faits. Parce qu’en fin de compte, Dieu nous ju­ge­ra tous … Mou­ba­rak n’est ni Kadha­fi ni Ba­char Al-As­sad. Cet homme a réa­li­sé beau­coup de choses tout au long de sa vie et c’est in­croyable que l’on in­sulte un di­ri­geant qui était à la tête du pays pen­dant une tren­taine d’an­nées. Pour ne pas ré­jouir nos en­ne­mis de notre mal­heur, il faut ré­soudre cette af­faire entre nous en évi­tant de pu­blier les dé­tails » . Les Ko­weï­tiens vé­nèrent Mou­ba­rak, c’est dé­cla­ré. Et pour eux, « c’est le lea­der de la na­tion arabe, le se­cond plus im­por­tant après Ga­mal Ab­delNas­ser ».

La po­si­tion de ces ju­ristes bé­né­voles a cho­qué en Egypte et di­vi­sé au Ko­weït, où cer­tains de leurs confrères ont dé­ci­dé de faire le contraire et se mettre dans le camp des vic­times et ac­cu­ser Mou­ba­rak. Sur les ré­seaux so­ciaux Twit­ter et Fa­ce­book, les Ko­weï­tiens ex­pliquent : « Mou­ba­rak vous a ser­vis avec les mains des Egyp­tiens. Ceux qui ont per­du leur vie dans la guerre étaient des Egyp­tiens. Ceux qui vous ont ac­cueillis chez eux sont aus­si les Egyp­tiens. Et ceux que vous in­sul­tez main­te­nant sont tou­jours les Egyp­tiens ».

Mais à la té­lé, c’est un autre lan­gage à l’égard des Egyp­tiens. La chaîne koweïtienne Scoop n’épargne au­cune oc­ca­sion pour af­fi­cher sa po­si­tion contre la ré­vo­lu­tion égyp­tienne et son sou­tien à l’ex-raïs. La spea­ke­rine et res­pon­sable de la chaîne Fa­gr Al-Said es­time que la chaîne dé­fend l’idée de « ne pas in­sul­ter un sym­bole arabe, sym­bole de l’Egypte pour plus de 30 ans. C’est vous (les Egyp­tiens) qui avez dit au­pa­ra­vant : on l’a choi­si, on l’a choi­si. Pour­quoi alors le re­je­tez­vous main­te­nant ? » . Loin des mé­dias, l’his­toire du pe­tit Bas­sem Fa­thi est un autre exemple de cette hos­ti­li­té à l’égard du 25 jan­vier. Elève en cin­quième pri­maire, Bas­sem, qui vit au Ko­weït avec ses pa­rents, a été ren­voyé de son école pour avoir de­man­dé à son ins­ti­tu­teur : « Pour­quoi n’avez-vous pas fait de ré­vo­lu­tion ici ? ». Le pe­tit a été alors ac­cu­sé d’in­ci­ta­tion à la ré­vo­lu­tion.

Alors, quand Mah­moud Ba­kri écrit dans l’heb­do­ma­daire Al-Os­boue : « Dé­fendre Mou­ba­rak main­te­nant veut dire ef­fec­tuer un pas contre le peuple et les forces ar­mées égyp­tiennes », il avait bien rai­son

Les Ko­weï­tiens semblent être les pro-Mou­ba­rak les plus exal­tés.

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