Vers un air un peu plus pur ?

Al Ahram Hebdo - - Environnement - Da­lia Ab­del-sa­lam

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Nle sait, les char­bon­nières, ces lieux où le bois est trans­for­mé en char­bon, fi­gurent par­mi les prin­ci­pales causes de la pol­lu­tion de l’air. Elles sont en par­tie res­pon­sables du fa­meux « smog » qui, chaque an­née en au­tomne, s’ins­talle dans le ciel du Caire. De­puis des an­nées, le gou­ver­ne­ment dé­ploie des ef­forts pour li­mi­ter les émis­sions no­cives is­sues des char­bon­nières, sans vé­ri­table ré­sul­tat.

Ce­pen­dant, une ini­tia­tive qui ré­gle­ra peut-être le pro­blème vient d’être lan­cée. Il s’agit de mo­der­ni­ser ces char­bon­nières en y in­té­grant des fours mo­dernes, à la fois plus ren­tables et moins pol­luants. « Nous avons trou­vé en Ukraine des fours pour trans­for­mer le bois en char­bon sans nuire à l’en­vi­ron­ne­ment et dont les spé­cé­fi­ci­tés et le coût nous pa­raissent ap­pro­priés. Le mi­nistre Ma­gued Georges a pas­sé un contrat avec les Ukrai­niens pour im­por­ter un de ces fours afin de l’ex­pé­ri­men­ter et voir si ça donne des ré­sul­tats », com­mente Hi­cham Is­sa, de l’AEAE (Agence Egyp­tienne pour les Af­faires de l’En­vi­ron­ne­ment).

La dé­ci­sion dé­fi­ni­tive de rem­pla­cer les an­ciennes char­bon­nières par ces fours ukrai­niens ne se­ra prise qu’après avoir ex­pé­ri­men­té l’un de ces fours. Des centres de re­cherche me­su­re­ront les ni­veaux d’émis­sion toxique des fours qui se­ront alors com­pa­rés aux normes fixées par la loi sur l’en­vi­ron­ne­ment. « Un four ukrai­nien vient d’ar­ri­ver au port de Da­miette. Il se­ra trans­fé­ré dans quelques jours à Qa­liou­biya. Nous avons be­soin d’un ter­rain de 200 mètres car­rés et d’un socle en bé­ton car le poids du four est de 14 tonnes. Lorsque le four fonc­tion­ne­ra, il fau­dra sur­veiller deux choses : le ni­veau des émis­sions toxiques et la qua­li­té du char­bon. S’il s’avère que ces fours donnent une meilleure qua­li­té de char­bon avec un ni­veau d’émis­sion dans les normes de la loi sur l’en­vi­ron­ne­ment, nous in­ci­te­rons les pro­prié­taires de char­bon­nières à in­té­grer ces fours avec l’aide du Fonds pour la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment », as­sure Hi­cham Is­sa.

Le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment re­çoit chaque an­née des cen­taines de plaintes des ha­bi­tants des gou­ver­no­rats de Qa­liou­biya et de Char­qiya qui souffrent de toutes sortes de ma­la­dies pul­mo­naires à cause de la fu­mée qui se dé­gage des char­bon­nières. Pour lut­ter contre ces fu­mées toxiques, l’AEAE, avec l’aide de l’As­so­cia­tion égyp­tienne des pro­duc­teurs de Char­bon, a com­men­cé à cher­cher des al­ter­na­tives ef­fec­tives aux char­bon- nières ac­tuelles, trop pol­luantes.

C’est l’As­so­cia­tion égyp­tienne des pro­duc­teurs de Char­bon qui as­su­me­ra la res­pon­sa­bi­li­té de convaincre les pro­prié­taires de char­bon­nières d’ache­ter ces fours mo­dernes. Pour Mo­ha­mad Fa­rag AlSa­wal­hi, pré­sident de l’as­so­cia­tion, ce se­ra une tâche dif­fi­cile mais pas im­pos­sible. « Le gou­ver­ne­ment et le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment s’oc­cupent de la qua­li­té de l’air mais nous, nous sommes des in­dus­triels, il faut nous par­ler éco­no­mie pour ar­ri­ver à nous convaincre », com­mence AlSa­wal­hi. Se­lon lui, le nou­veau four ukrai­nien est fiable au ni­veau éco­no­mique. Dans une char­bon­nière tra­di­tion­nelle, on a be­soin de 5 tonnes de bois pour pro­duire une tonne de char­bon, dans le nou­veau four, 3 tonnes de bois donnent une tonne de char­bon. « Une char­bon­nière tra­di­tion­nelle rap­porte 5 000 L.E. par mois, mais le pro­prié­taire paye des amendes pou­vant at­teindre les 2 000 L.E. par mois à cause des émis­sions no­cives. Le four ukrai­nien rap­porte 14 000 L.E. par mois et ses émis­sions sont dans les normes de la loi », as­sure Al-Sa­wal­hi. Et d’ajou­ter que si ces nou­veaux fours entrent en ser­vice, les Cai­rotes sen­ti­ront une amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de l’air.

Les char­bon­nières tra­di­tion­nelles dé­gagent des taux de mo­noxyde de car­bone ex­trê­me­ment éle­vés (entre 1 200 et 1 850 mil­li­grammes par mètre cube), tan­dis qu’avec les nou­veaux fours ukrai­niens, ces taux bais­se­ront, pour se si­tuer entre 120 et 176 mil­li­grammes par mètre cube. Se­lon Al-Sa­wal­hi, il y a un autre avan­tage dans le nou­veau sys­tème : le pro­prié­taire de la char­bon­nière n’au­ra pas be­soin de lais­ser le bois en plein air sur les ter­rains agri­coles afin qu’il sèche. Le nou­veau sys­tème ac­cepte le bois hu­mide et fonc­tionne par­fai­te­ment.

Un pro­blème très an­cien Les char­bon­nières re­pré­sentent un vrai pro­blème pour l’en­vi­ron­ne­ment de­puis très long­temps. De­puis la no­mi­na­tion d’un mi­nistre d’Etat pour les Af­faires de l’en­vi­ron­ne­ment en 1997, un in­té­rêt crois­sant a été ac­cor­dé au pro­blème de la pol­lu­tion de l’air. La pre­mière mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment, Na­dia Ma­kram Ebeid, avait ef­fec­tué plu­sieurs cam­pagnes d’ins­pec­tion sur les char­bon­nières et en avait fer­mé quelques-unes. Ma­gued Georges, ac­tuel mi­nistre, a fait du pro­blème du smog sa grande prio­ri­té. Les char­bon­nières si­tuées dans les gou­ver­no­rats de Qa­liou­biya et de Char­qiya de­vraient donc pro­chai­ne­ment évo­luer afin de contri­buer à ré­duire la pol­lu­tion du Caire.

Le mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment a lan­cé du­rant le mois d’août une cam­pagne d’ins­pec­tion de 3 jours dans la ré­gion de Toukh dans le gou­ver­no­rat de Qa­liou­biya, où se trouvent un grand nombre de char­bon­nières. Les ins­pec­teurs de la cam­pagne, di­ri­gée par Yas­ser Kha­lil, ont dres­sé des pro­cès-ver­baux contre 33 char­bon­nières qui n’étaient pas conformes aux normes de la loi sur l’en­vi­ron­ne­ment, un pre­mier pas.

At­wa Hus­sein, di­rec­teur du dé­par­te­ment du Grand-Caire et du Fayoum au sein de l’AEAE, avait an­non­cé en 2008 un plan de lutte contre la pol­lu­tion ré­sul­tant des char­bon­nières. Les pro­prié­taires de char­bon­nières qui ne se confor­maient pas à la loi sur l’en­vi­ron­ne­ment étaient contraints de chan­ger d’ac­ti­vi­té ou de trans­fé­rer leurs char­bon­nières en de­hors des zones ha­bi­tées, con­for­mé­ment à la loi n°453/1954. Le gou­ver­ne­ment leur don­nait un dé­lai de 60 jours pour dé­ci­der du sort de la char­bon­nière. En­suite, des me­sures étaient prises. Les pro­prié­taires des char­bon­nières contre­ve­nantes payaient des amendes com­prises entre 1 000 et 20 000 L.E., con­for­mé­ment à l’ar­ticle 40 de la loi sur la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. « Au pire, la char­bon­nière était fer­mée », a dé­cla­ré At­wa Hus­sein en 2008.

Mais tous ces ef­forts n’ont pas ré­glé le pro­blème. Le nombre de char­bon­nières tra­di­tion­nelles ne cesse d’aug­men­ter. Se­lon les der­nières sta­tis­tiques du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment, l’Egypte compte 1 820 char­bon­nières, mais Mo­ha­mad Fa­rag Al-Sa­wal­hi as­sure que leur nombre dé­passe les 3 500. « Se­lon les sta­tis­tiques, le gou­ver­no­rat de Qa­liou­biya compte 176 char­bon­nières et puisque c’est mon gou­ver­no­rat, je sais très bien qu’il en compte plus de 400 », conclut Al-Sa­wal­hi. Le pro­blème est plus vaste qu’il ne pa­raît …

Avec la nou­velle tech­no­lo­gie, on n’a pas be­soin de lais­ser le bois un an pour sé­cher.

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