Un ap­pui de pure forme ?

Les pays arabes ont ex­pri­mé leur sou­tien à la de­mande pour la re­con­nais­sance d’un Etat pa­les­ti­nien. Mais ils sont cri­ti­qués pour le manque de pres­sion exer­cée sur les Etats-unis.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Ah­med Lout­fi Ché­rine Ab­del-azim

Les pays arabes, une fois de plus, tentent de sou­te­nir la créa­tion d’un Etat pa­les­ti­nien qui se heurte à l’op­po­si­tion amé­ri­caine. Dé­jà en 2003, le monde arabe avait pro­po­sé, lors du som­met de Beyrouth, son ini­tia­tive de paix : une re­con­nais­sance d’Is­raël contre la créa­tion d’un Etat pa­les­ti­nien dans les fron­tières du juin 1967. Ce qui re­pré­sen­tait une pre­mière ap­proche réa­liste de cette ques­tion.

D’une cer­taine ma­nière, la grande ma­jo­ri­té des pays arabes ont tou­jours lais­sé à l’Egypte le soin de s’oc­cu­per du dos­sier pa­les­ti­nien pour ne ma­ni­fes­ter à cet égard que beau­coup de pas­si­vi­té. En dé­pit des re­la­tions très so­lides et des in­té­rêts com­muns entre les pays du Golfe, ces Etats pé­tro­liers ont évi­té de faire pres­sion sur Wa­shing­ton pour obli­ger Is­raël à res­pec­ter les ré­so­lu­tions in­ter­na­tio­nales sur la Pa­les­tine por­tant sur la créa­tion d’un Etat pa­les­ti­nien. Avec l’ini­tia­tive d’AbouMa­zen de faire ca­va­lier seul, les Etats arabes se sont alors en­ga­gés à sou­te­nir son ini­tia­tive.

Ain­si, les pays arabes ont conve­nu d’oeu­vrer en fa­veur de l’adhé­sion à part en­tière d’un Etat pa­les­ti­nien à l’Onu, comme l’a an­non­cé le pre­mier mi­nistre et mi­nistre qa­ta­ri des Af­faires étran­gères, cheikh Ha­mad bin Jas­sim Al-Tha­ni, pré­sident de la com­mis­sion de sou­tien à la can­di­da­ture pa­les­ti­nienne. « Les pays arabes ont dé­ci­dé de pré­sen­ter aux Na­tionsU­nies une de­mande de re­con­nais­sance d’un Etat pa­les­ti­nien de plein droit avec comme ca­pi­tale Jé­ru­sa­lemEst », a dé­cla­ré cheikh Ha­mad bin Jas­sim Al-Tha­ni lors d’une réunion des chefs de di­plo­ma­tie des pays membres de la Ligue arabe au Caire au dé­but du mois de sep­tembre. Tou­jours en ce qui concerne le Qa­tar, son am­bas­sa­deur à l’Onu est le pré­sident de l’As­sem­blée gé­né­rale. Or, son élec­tion est in­ter­ve­nue jus­te­ment en rai­son de la de­mande pa­les­ti­nienne.

C’est le Né­pal qui de­vait au dé­part être élu mais des pays afri­cains, du Moyen-Orient et cer­tains d’Asie mi­neure ont dé­ci­dé de choi­sir le Qa­ta­ri afin de sou­te­nir l’Etat pa­les­ti­nien. A rap­pe­ler que le Qa­tar compte par­mi les pays ayant des échanges com­mer­ciaux im­por­tants avec Is­raël, re­pré­sen­té par un bu­reau com­mer­cial à Do­ha. De plus, ce pe­tit pays du Golfe ouvre son ter­ri­toire aux bases mi­li­taires amé­ri­caines. Ce qui lui au­rait per­mis de jouer un rôle plus ef­fi­cace avec ses par­te­naires en fa­veur de la cause pa­les­ti­nienne.

L’autre pays au poids di­plo­ma­tique im­por­tant est l’Ara­bie saou­dite. Tout comme le Qa­tar, ce royaume main­tient des re­la­tions très étroites avec les Amé­ri­cains et pou­vait mieux faire concer­nant les droits pa­les­ti­niens en al­lant au-de­là des dé­cla­ra­tions ver­bales. Ce­pen­dant, les Pa­les­ti­niens se fé­li­citent tout de même de leur sou­tien au pro­ces­sus à l’Onu. « L’Ara­bie saou­dite a mis ses moyens po­li­tiques et di­plo­ma­tiques à la dis­po­si­tion des Pa­les­ti­niens dans cette af­faire », a dé­cla­ré Ga­mal Al-Chou­ba­ki, am­bas­sa­deur pa­les­ti­nien à Riyad. Il a re­le­vé no­tam­ment l’ar­ticle du prince saou­dien Tork AlFay­çal pu­blié dans le New York Times où il a mis en garde l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine contre l’usage de son ve­to pour blo­quer une éven­tuelle ac­cep­ta­tion de la de­mande pa­les­ti­nienne. Il a re­le­vé à cet égard qu’une telle me­sure au­rait des ré­per­cus­sions né­ga­tives sur les re­la­tions entre les Amé­ri­cains et l’Ara­bie saou­dite ain­si que le monde arabe et is­la­mique. D’autre part, les Etats-Unis ont dé­pê­ché William Pers, as­sis­tant de la se­cré­taire d’Etat, à Riyad pour convaincre l’Ara­bie saou­dite de ne pas ap­puyer la de­mande pa­les­ti­nienne.

En plus des pays du Golfe, la Jor­da­nie, très im­pli­quée dans la cause pa­les­ti­nienne de ma­nière his­to­rique et géo­gra­phique, et qui main­tient des re­la- tions di­plo­ma­tiques avec Is­raël. Of­fi­ciel­le­ment, Am­man a sou­li­gné son sou­tien à la dé­marche pa­les­ti­nienne à l’Onu. « La Jor­da­nie est le prin­ci­pal al­lié stra­té­gique des Pa­les­ti­niens et le sou­tien fon­da­men­tal des ré­fu­giés pa­les­ti­niens. Elle les ap­puie pour la ré­cu­pé­ra­tion de leurs droits lé­gi­times », a dé­cla­ré Ab­dal­lah Abou-Ra­mane, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment jor­da­nien. Il a aus­si pré­ci­sé l’im­por­tance du rôle égyp­tien dans ce même contexte, sou­li­gnant que l’Egypte contri­bue de ma­nière fon­da­men­tale aux né­go­cia­tions de paix et pour le rè­gle­ment de pro­blèmes ré­gio­naux.

Au-de­là, reste à sa­voir si les pays arabes, en gé­né­ral, sou­tiennent réel­le­ment l’ini­tia­tive pa­les­ti­nienne ou s’ils ont été pris de court par cette der­nière. Un di­plo­mate ni­gé­rian à l’Onu qui a re­quis l’ano­ny­mat a es­ti­mé qu’il n’exis­tait pas de sou­tien et d’uni­té as­sez forts de la part des pays arabes à l’égard de la de­mande pa­les­ti­nienne. Pour lui, il fau­drait que ces pays co­opèrent da­van­tage. Il a même ci­té la né­ces­si­té que les pays arabes fassent pres­sion sur les forces do­mi­nantes à l’Onu s’ils veulent vrai­ment que la de­mande pa­les­ti­nienne soit ac­cep­tée

Les dé­lé­ga­tions arabes à l’Onu sou­te­nant Ab­bass lors de son dis­cours.

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