Cou­purres de pr­resse

A lire la presse, le ci­toyen a de quoi avoir le tour­nis. Les titres sont une suc­ces­sion in­in­ter­rom­pue d’in­jec­tions dépres- sives. Et les édi­tos semblent s’être don­né le mot : à qui noir­ci­ra le plus le ta­bleau !

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Na­jet Bel­ha­tem

Un édito dans le quo­ti­dien Al-Tah­rir — ce­lui de l’écri­vain Bi­lal Fadl à la plume vi­ru­lente — a cette se­maine poin­té du doigt « le groupe des pro­mo­teurs de la dé­cep­tion ». Il y a fus­ti­gé une presse qui ne pu­blie que « les in­for­ma­tions né­ga­tives se­lon l’école de (l’homme a mor­du le chien) ». Il y cri­tique éga­le­ment des « écri­vains qui ne voyaient rien qui sus­ci­tait la honte sous le ré­gime Mou­ba­rak et se sou­ciaient plu­tôt d’ob­te­nir ses fa­veurs pour oc­cu­per un poste jour­na­lis­tique plus éle­vé ou pour s’ac­ca­pa­rer une villa ou un bout de ter­rain pour leurs en­fants. Après la ré­vo­lu­tion, ils sont tous de­ve­nus des ré­vo­lu­tion­naires, mais ne cessent en même temps de se la­men­ter sur la dé­so­la­tion qui sé­vit dans le pays et sur l’in­sé­cu­ri­té et le manque de ci­visme.

Et il se peut que l’un d’eux soit juste pas­sé à la caisse pour prendre sa prime que lui oc­troie un jour­nal en dé­fi­cit. Mais ce­la ne l’em­pêche pas d’écrire un ar­ticle sur l’opportunisme qui pousse les en­sei­gnants, les mé­de­cins, les ou­vriers et les em­ployés du trans­port à ré­cla­mer plus de droits … Alors qu’il pour­rait écrire un ar­ticle pour de­man­der à ceux qui tiennent les rênes du pays de dia­lo­guer avec les ci­toyens et de ces­ser d’op­ter pour la po­li­tique de la ma­nière forte et de mettre en avant des ac­cu­sa­tions de flirt avec l’étran­ger ».

L’élé­ment dé­clen­cheur d’une telle rage est l’aveu d’un ci­toyen qui a ra­con­té à l’au­teur le quo­ti­dien de sa fa­mille qui a chan­gé de ma­nière po­si­tive de­puis la ré­vo­lu­tion. Son frère a ob­te­nu un poste dans un ins­ti­tut dé­pen­dant d’Al-Azhar après des an­nées d’at- re », l’un d’eux écrit : « J’écris ce blog en ima­gi­nant mon état et ce­lui de tout ré­vol­té as­sis de­vant son écran d’or­di­na­teur et qui lit les com­men­taires sur l’ar­ticle pro-ré­vo­lu­tion­naire qu’il vient de ré­di­ger comme Que Dieu dé­truise vos de­meures, vous avez dé­truit le pays ou C’est fi­ni, vous êtes dé­mas­qués, per­sonne ne vous écou­te­ra dé­sor­mais. Et ce­la ne se passe pas seule­ment de­vant votre écran mais aus­si quand vous discutez avec des gens mo­destes qui vous disent : Ce sont seule­ment quelques jeunes oi­sifs. Tout pour vous faire par­ve­nir à la conclu­sion qui se pro­page dans la rue : la rue n’est plus avec nous ».

L’au­teur rap­pelle que les Egyp­tiens — qui étaient tous contre Mou­ba­rak — se sont di­vi­sés suite à son dis­cours où il a ac­tion­né la corde sen­sible en di­sant qu’il vou­lait être en­ter­ré dans son pays. « Ils se sont di­vi­sés en trois camps. Le pre­mier re­grou­pait les proMou­ba­rak et ses pri­vi­li­giés. Le deuxième était consti­tué de la ca­té­go­rie pas­sive qui n’était pas des­cen­due dans la rue, alors qu’en ma­jo­ri­té, elle vo­mis­sait Mou­ba­rak. Quant au troi­sième camp, il n’a pas quit­té les lieux de ma­ni­fes­ta­tion du­rant les 18 jours … et a dé­ci­dé de pour­suivre la lutte. Et c’est ce camp qui a évin­cé Mou­ba­rak, même s’il n’a pas réus­si à li­qui­der son ré­gime. Ce camp a-t-il dis­pa­ru ? A-t-il per­du ses ef­fec­tifs ? Est-il per­du ? Non ! Il est juste at­teint d’un peu de dé­cep­tion. Nous avons juste be­soin de mo­ti­va­tion pour nous di­ri­ger une nou­velle fois vers les places de toutes les villes »

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