Muus­suull­maann … Ssaal­laaf­fiisst­tee … Raat­tiioonnn­neell

Al Ahram Hebdo - - Visages - La­miaa Al-sa­da­ty

DIF­FI­CILE de cer­ner le per­son­nage. Il a connu plu­sieurs vies, et dans cha­cune d’elles son idéo­lo­gie s’est trans­for­mée, son mode de vie a évo­lué, son ap­pa­rence a chan­gé. Une per­pé­tuelle mu­ta­tion, en plus d’un chan­ge­ment conti­nu de lieux : Egypte, Ara­bie saou­dite, Yé­men … Os­sa­ma AlKous­sy a un long par­cours en quête de l’es­sence de la re­li­gion. Per­sua­dé que mieux com­prendre l’is­lam per­met­trait de se re­trou­ver soi-même, sa quête n’a abou­ti qu’une fois de re­tour dans son pays na­tal, là où il a connu sa pre­mière dé­rive. « Avec mes col­lègues, nous sommes les vic­times de l’émergence des Frères mu­sul­mans sous Sa­date, qui leur avait don­né le feu vert pour éli­mi­ner ses ad­ver­saires de gauche. Et il l’a payé cher », af­firme Os­sa­ma Al-Kous­sy. Ce quin­qua­gé­naire ne laisse pas in­dif­fé­rent. Son es­prit a été mar­qué par presque tous les re­mous des an­nées 1970 et 1980.

Après un brillant bac­ca­lau­réat, AlKous­sy s’ins­crit en fa­cul­té de mé­de­cine. Comme tous les jeunes gens de la classe moyenne, il passe ses va­cances d’été à Londres, y exerce de pe­tits mé­tiers pour s’ache­ter les ou­vrages né­ces­saires à ses études. « J’étais net­toyeur dans un res­tau­rant. Le pro­prié­taire était sa­tis­fait de mon tra­vail, alors, au bout de quelques mois, il m’a pro­po­sé de gé­rer l’éta­blis­se­ment. Mais je de­vais ren­trer au Caire pour mes études », ra­conte Al-Kous­sy. Pour­tant, Londres était pour lui un sym­bole de li­ber­tés so­ciale et in­tel­lec­tuelle. Nor­mal pour un jeune homme né à l’époque nas­sé­rienne. « L’op­pres­sion, la peur et la pru­dence ont été à cette époque en­ra­ci­nées dans notre âme et es­prit » , ex­plique-t-il. Son dé­part à Londres lui avait

C’était vers la fin de 1973, et un ami m’a per­sua­dé d’al­ler prier à la mos­quée. J’ai com­men­cé alors à fré­quen­ter des gens plus âgés à l’ap­pa­rence dif­fé­rente, la barbe col­lier. Ce qui était peu com­mun à l’époque. Ils se sont fait ar­rê­ter mais nous trans­met­taient, en ca­chette, des pam­phlets et tracts sur les idées de Sayed Qotb ( père spi­ri­tuel de la pen­sée du Tak­fir et du Ji­had) ». La vie d’Os­sa­ma Al-Kous­sy bas­cule alors. « J’ai consi­dé­ré mes pa­rents comme des mé­créants. Mon père tra­vaillait dans un gou­ver­ne­ment apos­tat et ma mère ne pre­nait au­cune po­si­tion sur la si­tua­tion de mon père » . Du coup, il se re­trouve iso­lé, évi­tant de sa­luer ses pa­rents ou même de par­ta­ger un re­pas avec eux. « Je por­tais la djel­la­ba à la fa­cul­té pour me dis­tin­guer de cette so­cié­té de ja­hi­liya (époque pré-is­la­mique). Le fa­na­tisme n’a ces­sé de croître comme pris dans une boule de neige … J’ai adhé­ré au groupe de Ab­dal­lah AlSa­mawy » . A tra­vers ce groupe, il dé­couvre le concept d’al-mou­bayaa (l’al­lé­geance) ba­sée sur l’obéis­sance ab­so­lue à l’émir. Puis, par l’in­ter­mé­diaire de ce groupe, il se ma­rie.

En 1977, Al-Kous­sy in­tègre le camp is­la­mique de l’uni­ver­si­té. Une par­ti­ci­pa­tion qui lui a per­mis de se rendre en Ara­bie saou­dite pour le pe­tit pè­le­ri­nage. Fas­ci­né par les cercles d’éru­dits en théo­lo­gie de La Mecque, il brille par son as­si­dui­té. « J’étais de­ve­nu un dis­ciple du cheikh yé­mé­nite Mo­q­bel Al-Wa­dei. Avec ce sa­vant émi­nent, j’ai étu­dié la science du ha­dith (dires du pro­phète). Et j’ai don­né l’oc­ca­sion d’ob­ser­ver cette so­cié­té, de se construire in­tel­lec­tuel­le­ment. « C’était une so­cié­té libre, mais pas tout à fait idéale. J’ai sen­ti qu’il lui man­quait quelque chose ».

Il re­vient au Caire avec une al­lure et un style bien bri­tan­niques. « com­pris ce que si­gni­fiait le sa­la­fisme » . Mais un in­ci­dent vient per­tur­ber sa vie d’étu­diant. Cer­tains dis­ciples du cheikh Al-Wa­dei se re­trouvent im­pli­qués dans la prise de la Grande Mos­quée de La Mecque en 1979. Ré­sul­tat : le cheikh, ain­si que ses adeptes sont ex­pul­sés. « De re­tour au Caire, je suis en­tré en po­lé­mique avec l’émir de Ja­maat Al-Sa­mawy, in­vo­quant ce que j’ai ap­pris avec le cheikh Al-Wa­dei. Alors, on m’avait ren­voyé et même es­sayé de me prendre ma femme. Mais elle a re­fu­sé de me quit­ter » .

Quelque temps après, Al-Kous­sy dé­cide de re­par­tir. Cette fois-ci pour re­joindre son maître à pen­ser au Yé­men. Six ans s’écoulent, riches en évé­ne­ments. « Ma femme et moi étions bouche bée de­vant la té­lé­vi­sion, quand on a an­non­cé l’as­sas­si­nat de Sa­date, par des as­sas­sins dé­nom­més Kha­led Al-Is­lam­bou­li et Ab­del-Ha­mid Chaw­qi ... des pa­rents de ma femme ! Je me suis tou­jours dit que si j’avais été en Egypte à cette époque, ils ne se­raient pas pas­sés à l’acte ». Et d’ajou­ter : « Les is­la­mistes sont la cause de la ré­gres­sion du pays. Ce sont eux qui ont ai­dé le mou­ve­ment des Of­fi­ciers libres à ac­cé­der au pou­voir, qui ont tué Sa­date et fa­ci­li­té la tâche à Mou­ba­rak ».

En 1996, il dé­cide de tour­ner la page. Il ins­crit ses en­fants à l’école, ce qu’il re­fu­sait de­puis des an­nées. Il

Ja­lons 1954 : Nais­sance au Caire. 1972 : Ins­crip­tion à la fa­cul­té de mé­de­cine, Uni­ver­si­té de Aïn-Chams. 1977 : Dé­part pour l’Ara­bie saou­dite. 1979-1985 : Ins­tal­la­tion au Yé­men. 1998-2001 : En­seigne dans des centres is­la­miques à New York, dans le Mi­chi­gan et d’autres Etats amé­ri­cains. 2005 : Re­tour aux études de mé­de­cine. 2008 : Ob­ten­tion de di­plôme uni­ver­si­taire. De­puis 1996 : Imam et pré­di­ca­teur de la mos­quée Al-Ha­di Al-Mo­ham­ma­di à Aïn-Chams. dé­cide plus tard de re­prendre ses études à la fa­cul­té de mé­de­cine.

Au­jourd’hui, avec une barbe tein­tée au hen­né et des lu­nettes qui cachent ses yeux bleus, le cheikh Os­sa­ma Al-Kous­sy a l’al­lure d’un sa­la­fiste. Sauf que les sa­la­fistes ne portent pas de cos­tumes. « Il faut tou­jours être en har­mo­nie avec la so­cié­té dans la­quelle on vit. A chaque lieu, sa te­nue ves­ti­men­taire. Il faut res­pec­ter cette règle tant que ce n’est pas en contradiction avec la re­li­gion. Par exemple, à la mos­quée, je porte la djel­la­ba », ex­plique Al-Kous­sy. Sui­vant cette lo­gique, il trouve li­cite qu’une femme porte le pan­ta­lon, puisque son corps est cou­vert.

Du coup, ses opi­nions sont ré­fu­tées par un grand nombre de chei­khs soi-di­sant re­pré­sen­tants du mou­ve­ment sa­la­fiste. Ces der­niers ont ré­cem­ment émis un com­mu­ni­qué re­fu­sant à Os­sa­ma Al-Kous­sy sa qua­li­té de membre du mou­ve­ment, le qua­li­fiant plu­tôt d’« an­ti­sa­la­fiste ». Une sé­rie d’ac­cu­sa­tions : un agent de la Sû­re­té de l’Etat, le muf­ti de Ha­bib Al-Ade­ly (ex-mi­nistre de l’In­té­rieur, ac­tuel­le­ment en dé­ten­tion), l’homme le plus dan­ge­reux d’Egypte … « J’ai l’im­pres­sion d’être mon­sieur X ! » , sou­rit Al-Kous­sy, tout en main­te­nant son air calme. Il est conscient qu’une guerre est dé­cla­rée contre lui, no­tam­ment sur le site Fa­ce­book. Mais il se jus­ti­fie : « Mon rap­port avec le ré­gime ren­ver­sé était plu­tôt pa­ci­fique. Ce qui me des­sert par­fois » . Tou­te­fois, il consi­dère que le vrai fos­sé qui le sé­pare de ses condis­ciples se si­tue sur­tout au ni­veau de la concep­tion du sa­la­fisme. « Je le conçois comme un man­haj (mé­thode) et non comme un mou­ve­ment po­li­tique. On m’at­taque parce que je re­fuse de faire par­tie du groupe. Je re­fuse d’être un re­pré­sen­tant du mou­ve­ment sa­la­fiste. Per­sonne n’a le droit de se pré­sen­ter ain­si ou de par­ler au nom du sa­la­fisme. Au­tre­ment, on doit être plus ex­pli­cite, fon­der un par­ti po­li­tique et se pro­cla­mer porte-pa­role de ce par­ti » , sou­ligne-t-il.

Dans un en­tre­tien té­lé­vi­sé, le cheik ex­plique son point de vue sur le sa­la­fisme : « Au ni­veau lin­guis­tique, le mot arabe as­sa­la­fiyah (le sa­la­fisme) pro­vient éty­mo­lo­gi­que­ment du mot sa­laf (les pré­dé­ces­seurs) ou les com­pa­gnons du pro­phète Mo­ha­mad. Ce­la nous amène alors à l’ac­cep­tion idéo­lo­gique d’après la­quelle le sa­la­fisme fait ré­fé­rence aux pre­miers mu­sul­mans, ayant sui­vi au pied de la lettre le Co­ran et la sun­na (les tra­di­tions de Mo­ha­mad) » . Ain­si il consi­dère que l’is­lam et le sa­la­fisme consti­tuent les deux re­vers de la mé­daille. Car pour lui, le sa­la­fisme si­gni­fie sim­ple­ment le re­tour aux ori­gines.

Les sa­la­fistes, très cri­ti­qués, consti­tuent aux yeux de tous un épou­van­tail, no­tam­ment par les plus li­bé­raux. « Car les gens ne connaissent que deux fi­gures : l’une si­tuée à l’ex­trême droite avec Os­sa­ma bin La­den, ap­prou­vant l’em­ploi de la force pour chan­ger ce qui est ju­gé contre l’is­lam. Et l’autre, à l’ex­trême gauche, avec Mah­moud Lot­fi Amer, qui a vou­lu mettre fin à la vie d’El­Ba­ra­dei et du cheikh Qa­ra­da­wi. Ce groupe consi­dère illi­cite tout acte d’op­po­si­tion contre le pré­sident, trou­vant que les croyants­su­jets doivent obéis­sance à leur chef, sui­vant les concepts re­li­gieux ». Alors une ques­tion s’im­pose : où se si­tue Al-Kous­sy par rap­port à ces deux ten­dances ? « Je m’iden­ti­fie en tant que mu­sul­man sa­la­fiste, non en tant qu’is­la­miste qui prône la rai­son ».

Pour ce, il s’est ex­cu­sé, après avoir émis quelques opi­nions et même mo­di­fié par­fois cer­tains ju­ge­ments. De quoi faire aug­men­ter le nombre de ses op­po­sants. Lui qui re­fu­sait au dé­part de se dres­ser contre le gou­ver­nant comme les autres sa­la­fistes et qui a qua­li­fié la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier de fit­na (sé­di­tion), a com­plè­te­ment mo­di­fié sa po­si­tion. Il a pré­ci­sé ul­té­rieu­re­ment qu’il était illi­cite de re­cou­rir aux armes pour ex­pri­mer son mé­con­ten­te­ment : « La ques­tion ré­side donc en la fa­çon de s’ex­pri­mer. Et comme la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier était pa­ci­fiste, je l’ai sou­te­nue ». Cer­tains le consi­dèrent donc par­mi « les mé­ta­mor­pho­sés », c’est-à-dire ceux dont la po­si­tion a chan­gé au len­de­main de la ré­vo­lu­tion. « L’is­lam est une re­li­gion ba­sée sur le sa­voir, le dia­logue et la rai­son. Et je ne vois au­cun in­con­vé­nient à se re­mettre en cause ou à se dé­cla­rer fau­tif. La re­con­nais­sance d’une vé­ri­té est une ver­tu ».

La dé­cla­ra­tion d’Al-Kous­sy, fa­rou­che­ment cri­ti­quée par le cheikh Yas­ser Bo­rha­mi, vice-pré­sident du mou­ve­ment sa­la­fiste en Egypte, voire ju­gée illi­cite, a été la sui­vante : « Je ne suis pas contre le fait d’avoir un pré­sident chré­tien ou une femme. C’est une fonc­tion à rem­plir : elle ne doit être liée ni à la confession ni au genre, mais doit re­po­ser plu­tôt sur la com­pé­tence » . Un avis du cheikh sa­la­fiste qui sou­tient l’Etat sé­cu­laire et opte pour Ba­ra­dei

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