La Djette des re­mix sen­suels

MU­SIQUE Une des pre­mières ar­tistes à dé­fendre les so­no­ri­tés de la tech­no mi­ni­male ber­li­noise, Jenn­ni­fer Cardini, icône de la mu­sique élec­tro­nique eu­ro­péenne, vient de se pro­duire pour la pre­mière fois en Egypte. Re­tour sur un suc­cès.

Al Ahram Hebdo - - Arts - Né­vine La­meï

C’ES­Tun vrai DJ qui donne en­vie de bou­ger, de rê­ver et qui pro­voque des fris­sons à chaque note. Il s’agit de la Djette ni­çoise Jen­ni­fer Cardini, 37 ans, nom­mée par ses fans « l’am­bas­sa­drice douée d’une élec­tro fran­çaise aven­tu­reuse ». Une qua­li­fi­ca­tion mé­ri­tée pour cette Djette qui sait jouer sur l’émo­tion de son pu­blic à tra­vers une mu­sique élec­tro sen­suelle af­fir­mant sans dé­tour l’in­ten­si­té dra­ma­tique de son style. Groove et so­no­ri­tés douces ont pro­vo­qué un chaud et froid dans les corps et les âmes. C’est sur ces sen­sa­tions pa­ra­doxales que s’est dé­rou­lée la soi­rée French Touch de Cardini, le 22 sep­tembre der­nier, à l’Ins­ti­tut fran­çais d’Egypte.

Cardini, l’une des pre­mières filles à s’im­po­ser sur les dan­ce­floors fran­çais puis in­ter­na­tio­naux, a joué der­rière les pla­tines — outre son tou­chant re­mix ti­ré de l’al­bum One in Other (2010), du la­bel fran­çais Kill the DJ de Ch­loé Thévenin — presque tous les titres stars des DJ in­ter­na­tio­naux au style raf­fi­né, sexy et dé­pouillé. Elle a no­tam­ment re­pris les mix du DJ néo-zé­lan­dais Con­nan Mo­ka­sin (de l’al­bum Fo­re­ver Dol­phin (2001) pro­duit par le la­bel Phan­ta­sy) qui ren­voient à une forme de folk mu­sic, un peu hy­bride qui tend vers le jazz ou la pop psy­ché­dé­lique. Les re­prises du DJ bré­si­lien Gui Bor­ra­to et son al­bum The Drill, au style plus éclec­tique et ryth­mé, furent ce­pen­dant la vraie ré­vé­la­tion du ta­lent de Cardini.

C’est avec Kom­pakt que Cardini sort en 2005, son pre­mier mix in­ti­tu­lé Lust, disque aux beats vio­lents et abruptes qui rem­por­ta un suc­cès im­por­tant dans le mi­lieu élec­tro. « Mes re­mix partent de deux émo­tions. L’émo­tion de dé­but et l’émo­tion de la fin que j’es­saie de re­lier. Il y a des mo­ments plus house, des mo­ments plus dark. Il y a un mo­ment où j’avais peur que ce soit li­néaire, mais en fait ça va bien dans le mix », af­firme Cardini.

De ce choix va­rié de styles, bien équi­li­bré par ailleurs, il est dif­fi­cile de dé­fi­nir une ligne di­rec­trice par­ti­cu­lière. Les re­mix de Cardini partent un peu dans tous les sens : de l’hyp­no­tique à l’émou­vant, du dark au mé­lo­dique, ils dé­sta­bi­lisent au­tant qu’ils en­chantent. Pour Cardini, pour être ré­pu­tée une seule chose compte : jouer le bon titre au bon mo­ment. « De par mes re­mix, j’aime at­ti­rer l’au­di­teur, le lâ­cher quelque part puis le ré­cu­pé­rer et l’ame­ner ailleurs. Une in­tro nar­co­tique, un in­ter­lude sen­suel, une mon­tée trou­blante et un fi­nal car­ré­ment ly­rique. Une sé­lec­tion qui laisse l’au­di­teur rê­veur et en­chaîne des ryth­miques im­pec­cables : groove sombre et im­pla­cable d’elec­tro­ni­ca, house soul­full et tech­no mi­ni­male ber­li­noise », dé­taille Cardini qui vient de créer son propre la­bel, Cor­res­pon­dant, por­tant le même nom de ses soi­rées au Rex, à Pa­ris. Les titres joués au Caire pro­ve­naient en par­ti de son propre la­bel : au­tant de mix poin­tus, aux dé­parts as­sez mi­ni­maux puis qui se trans­forment pro­gres­si­ve­ment en house per­cu­tante avec des boucles plus or­ga­niques voire tri­bales. Slow Mo­tion d’Ed­na, Sco­pic Drive de To­mas More ou Sweet In­sain­ty de Cle­ment Meyer font par­tie de ces titres. « Avec Cor­res­pon­dant, je veux li­vrer un truc plus in­time, plus in­tem­po­rel et créa­tif, qui va pou­voir s’écou­ter plus long­temps qu’une com­pi­la­tion de clubs mu­si­caux où on met tous les tubes du mo­ment qui nous saoule tous au bout de quelques mois », dé­voile la Djette. Ce­la fait plus de quinze ans que Cardini, cette pas­sion­née de ta­touages, im­pose son al­lure de gar­çonne af­fran­chie der­rière les pla­tines eu­ro­péennes. Ses in­fluences viennent de De­troit, Chi­ca­go et Co­logne. En 1990, elle ar­rive à Pa­ris où elle fait la ren­contre de Sex­toy avec qui elle forme les Pus­sy Killers. En 1998, elle prouve son ta­lent en te­nant des sets abra­sifs, sombres et moites au Rex Club ni­çois où elle se pro­duit en pa­ral­lèle à trois autres grands clubs : Fra­bric à Londres, Nit­sa à Bar­ce­lone et Le Pa­no­ra­ma bar de Ber­lin. Ac­tuel­le­ment, Cardini tra­vaille sur un nou­veau pro­jet d’al­bum. « Mon al­bum as­sez sombre, mi­ni­mal et mé­lan­co­lique, n’est pas for­cé­ment un al­bum tech­no ou dan­ce­floor. Je pense que ce­lui-là se­ra as­sez in­ti­miste et per­son­nel. Un al­bum qui ra­conte l’his­toire de ma vie », conclut-elle

Une sen­si­bi­li­té tech­no, as­sez deep.

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