Le graf­fi­ti : dés­in­hi­bi­teur de l’art tra­di­tion­nel

Al Ahram Hebdo - - Arts -

ILS SONT pré­sents par­tout et pos­sèdent un mes­sage émi­nem­ment po­li­tique. Sous les ponts, sur des murs ou des bâ­ti­ments, les cou­leurs ar­rivent, les images ap­pa­raissent. En quelques mois, le graf­fi­ti a ac­quis une ma­tu­ri­té de plu­sieurs an­nées. Le res­pon­sable de cette en­vo­lée si­gni­fi­ca­tive ? La ré­vo­lu­tion, seule­ment la ré­vo­lu­tion.

Les dé­buts furent ce­pen­dant dif­fi­ciles et un cer­tain nombre de tags ou de graffs furent ef­fa­cés par des ci­toyens aux « bonnes in­ten­tions » dou­teuses. Trou­ver un « Mou­ba­rak, dé­gage » écrit sur un mur qui en­toure Tah­rir re­lève dé­sor­mais de l’im­pos­sible. Seules les ins­crip­tions peu en vue sub­sistent. C’est dom­mage, l’His­toire mé­ri­te­rait d’en conser­ver quelques-uns. Mais la na­ture du tag ou du graf­fi­ti n’est-elle pas d’être éphémère ? D’autres ap­pa­raissent sur les fa­çades fraî­che­ment re­peintes de blanc et le cycle conti­nue.

La ga­le­rie Town­house, tou­jours en quête de nou­velles formes d’ex­pres­sion, a cette fois réus­si son pa­ri : don­ner un cadre à la hau­teur de la qua­li­té des graf­fi­tis. Car ré­su­mer cette forme de créa­tion en un simple « art de rue » pro­ve­nant de jeunes sans édu­ca­tion ar­tis­tique se­rait se si­tuer bien loin du phé­no­mène. Bank­sy, cé­lèbre graf­feur an­glo-saxon connu no­tam­ment pour ses des­sins sur le mur qui sé­pare Is­raël de la Pa­les­tine, a prou­vé que le graf­fi­ti pou­vait ri­va­li­ser sans honte avec les formes d’art plus tra­di­tion­nelles.

En Egypte, un dé­nom­mé Kei­ser est dé­sor­mais un ar­tiste en vogue connu pour ses pan­das qui rap­pellent l’at­ti­tude de l’an­cien pré­sident. Pré­sent à Town­house, il réus­sit une fois de plus à fondre son des­sin dans le contexte. C’est toute la force du graf­fi­ti : s’adap­ter à la dis­po­si­tion des lieux, en l’oc­cur­rence une usine désaf­fec­tée.

Kei­ser n’est qu’un exemple par­mi d’autres et les graffs ont de belles chances de de­ve­nir une des formes d’art les plus po­pu­laires du pays. Fa­ciles à com­prendre, sou­vent lu­diques, mo­queurs ou cy­niques, ils in­ter­pellent le re­gard par leur pré­sence in­at­ten­due d’une rue à l’autre. Aux Etats-Unis, les graffs ont ra­pi­de­ment été in­té­grés à d’autres formes d’art et sont ren­trés avec force dans les ga­le­ries. L’Egypte sui­vra-t-elle le même che­min ? En pro­po­sant au re­gard du plus grand nombre des ex­pres­sions de qua­li­té, le graff ne peut avoir qu’un im­pact po­si­tif sur l’in­té­rêt du pu­blic pour des formes plus clas­siques comme la pein­ture ou la sculp­ture. Il est une porte d’en­trée pour ceux qui n’osent pas fran­chir les pas qui les sé­parent du monde de l’art.

En bri­sant les fron­tières et en ren­trant dans les ga­le­ries, le graff de­vien­dra une forme d’ins­pi­ra­tion pri­vi­lé­giée pour les peintres des der­nières gé­né­ra­tions. Alors que les nou­velles formes d’ex­pres­sion comme les vi­déo-mon­tages ou les ins­tal­la­tions ne par­viennent pas à se bâ­tir une per­son­na­li­té af­fir­mée en Egypte, le graff, plus ré­cent en­core, a dé­jà fait ses preuves. Un dé­tour par Town­house s’im­pose à ceux qui veulent sa­voir ce que se­ra l’art en Egypte lors des an­nées à ve­nir

Le 28 sep­tembre, à la ga­le­rie Town­house, 10 rue Al-Na­ba­ra­wi, Centre-ville. De 10h à 14h et de 18h à 21h.

Ce bronze, de près d’un mètre de hau­teur, date de 1975. Ré­cem­ment mis en vente par les des­cen­dants du sculp­teur — au style dif­fé­rent mais tout aus­si ta­len­tueux que Mah­moud Mo­kh­tar —, il de­meure une su­blime in­car­na­tion du pa­trio­tisme su­bli­mé de son au­teur. Mais l’ar­ri­vée bru­tale sur le mar­ché de plu­sieurs di­zaines d’oeuvres du sculp­teur peu avant la ré­vo­lu­tion a sa­tu­ré la de­mande. S’il s’agit d’une des oeuvres les plus ex­pres­sives de Sé­gui­ni, la force qui s’en dé­gage n’a tou­jours pas sé­duit d’ache­teur ( ga­le­rie Za­ma­lek)

Graffs et mes­sages po­li­tiques, deux in­sé­pa­rables.

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