Nas­ser : cette idole !

Ga­mal Ab­del-nas­ser … Le rêve ras­semble une tren­taine d’oeuvres sur le lea­der pan­arabe. Un re­grou­pe­ment qui tourne à l’ad­mi­ra­tion sans borne, dé­nué de ré­flexion sur les vi­sions du zaïm.

Al Ahram Hebdo - - Arts -

GLOIRE à Ga­mal Ab­del-Nas­ser ! A la ga­le­rie Pi­cas­so, une ex­po­si­tion lui est consa­crée, sa­cra­li­sant un peu plus une ad­mi­ra­tion par­ta­gée pour le lea­der pan­arabe. Une quin­zaine d’ar­tistes ont pris le zaïm comme mo­dèle et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont (presque) tous fait preuve d’un na­tio­na­lisme et d’une fier­té pa­trio­tique sans dé­faut. Com­po­sée de por­traits plus ou moins réa­listes et plus ou moins réus­sis, l’ex­po­si­tion s’avère da­van­tage po­li­tique qu’ar­tis­tique.

L’idée peut sem­bler de mau­vais goût : une ga­le­rie d’art n’ayant pas vrai­ment vo­ca­tion à se trans­for­mer en mau­so­lée où s’alignent en tout genre les hom­mages à l’an­cien pré­sident. Quel est le but ? Mon­trer que, comme les saints chré­tiens du Moyen Age, Nas­ser est une source d’ins­pi­ra­tion ? Que ses réa­li­sa­tions et son cha­risme pro­curent aux peintres des fon­da­tions pro­pices à la créa­tion ? Nas­ser fut sur bien des plans un homme ex­cep­tion­nel. De par ses idées, il ins­pi­ra à son époque toute une par­tie du monde. Est-ce que ce sont ces idées que les ar­tistes ont vou­lu mettre sur toile ou son vi­sage, son corps lourd et puis­sant ? La ga­le­rie se trans­forme en temple païen où les fi­dèles viennent rendre hom­mage au dieu Nas­ser. Il ne s’agit pas de dis­cu­ter les vi­sions nas­sé­riennes ou le bien-fon­dé des ac­tions qu’il me­na. Non : il s’agit d’ado­ra­tion, de culte, d’ido­lâ­trie.

L’idée d’une col­lec­tion de por­traits de Nas­ser ali­gnés sur des murs blancs n’a rien à voir avec une quel­conque vi­sion ar­tis­tique. Cer­tains col­lec­tionnent des pos­ters de Ma­don­na, d’autres des toiles de Nas­ser. Les deux sont aus­si stu- pides : pour la pre­mière au­tant écou­ter sa mu­sique et pour le se­cond au­tant ré­flé­chir à ses idées.

Par­mi les toiles et les des­sins ex­po­sés : pas de chef-d’oeuvre mais quelques réa­li­sa­tions de qua­li­té. Pour peindre un tel su­jet, l’ar­tiste a deux so­lu­tions. Soit il tra­vaille à par­tir de pho- tos et tente de rendre l’au­ra phy­sique de Nas­ser et c’est l’échec as­su­ré. Soit il construit une ré­flexion sur les ac­tions et les vi­sions de Nas­ser et tente d’in­clure des idées po­li­tiques dans son oeuvre et là, il a une chance de réus­sir. Lorsque l’on dit : « J’aime Nas­ser », il ne s’agit pas de l’homme lui-même mais bien de ses idées. Quelques ar­tistes n’ont pas com­pris ce­la et leur amour pour le lea­der arabe s’est trans­for­mé en un amour pour son phy­sique — certes im­pres­sion­nant par sa car­rure — mais ar­tis­ti­que­ment tout à fait ano­din. Un cer­tain nombre d’oeuvres res­semble donc à ces af­fiches de Mou­ba­rak qui par­se­maient le pays il y a en­core quelques mois : une mau­vaise pro­pa­gande.

Un Ha­med Oweis du mi­lieu des an­nées 1960, Le Sol­dat, vient entre autres re­le­ver le ni­veau. Tout comme Bah­gou­ry qui offre une re­pré­sen­ta­tion ori­gi­nale aux ac­cents cu­biques, un peu à la ma­nière d’un Sa­mir Ra­fie. D’autres, comme Hind Al-Tou­ni, signent des oeuvres qu’ils au­raient mieux fait de dé­truire : le tra­vail de Tou­ni étant en gé­né­ral de qua­li­té. Di­sons-le haut et fort : cet « ali­gne­ment nas­sé­rien » est un échec. La faute en re­vient à la ga­le­rie car les oeuvres, si elles n’étaient pas ras­sem­blées sous une ban­nière dont le but est in­com­pré­hen­sible, au­raient, pour la plu­part, un in­té­rêt ar­tis­tique. Ou au moins his­to­rique. Avis aux col­lec­tion­neurs de por­traits de Ma­don­na et aux ido­lâtres de Nas­ser ! Jus­qu’au 25 oc­tobre, à la ga­le­rie Pi­cas­so. 30, rue Has­san As­sem, Za­ma­lek. Tél. : 2736 7544. De 10h30 à 21h (sauf le di­manche)

Om­ni­pré­sent sur la scène égyp­tienne de­puis quelques an­nées, Adel Al-Si­wi a un dé­faut : créer trop. Des di­zaines, des cen­taines d’oeuvres par an, pour la plu­part sur pa­pier ou sur bois. Adepte du do­ré, le peintre sé­duit par ses coups de pin­ceau s’ins­pi­rant de cer­taines créa­tures my­tho­lo­giques. Si­wi cherche donc à amé­lio­rer la qua­li­té de ses sup­ports en of­frant, comme ici, une toile de grande di­men­sion. Mal­gré tout, le pa­pier convient mieux à son style que la no­blesse d’une toile, pa­pier qu’il sait si bien trans­for­mer en ob­jet pré­cieux (ga­le­rie Mas­sar)

Le temps nas­sé­rien par Ha­med Oweis.

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