Le manque de trans­pa­rence est dé­non­cé

Al Ahram Hebdo - - Afrique - Sabah Sa­bet

APRÈS un pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle or­ga­ni­sé le 11 oc­tobre dans le calme, les Li­bé­riens vont vrai­sem­bla­ble­ment de­voir se pré­pa­rer à un se­cond tour de­ve­nu qua­si cer­tain. L’op­po­si­tion li­bé­rienne a dé­jà dé­ci­dé sa­me­di der­nier de se re­ti­rer du pro­ces­sus élec­to­ral en cours, dé­non­çant de nom- breuses fraudes. Cette dé­ci­sion a été prise alors que le dé­pouille­ment des bul­le­tins de vote est en cours et que les ré­sul­tats dé­fi­ni­tifs sont tou­jours in­con­nus. D’après les ré­sul­tats par- tiels four­nis par la Com­mis­sion élec­to­rale, l’écart s’est en­core res­ser­ré entre la can­di­date sor­tante El­len John­son-Sir­leaf, No­bel de la paix 2011, et son prin­ci­pal ad­ver­saire, Wins­ton Tub­man, can­di­dat du prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion, le CDC. John­son-Sir­leaf est cré­di­tée de 44 % des voix, contre 31 % à Wins­ton Tub­man. Tan­dis que le troi­sième can­di­dat, Prince John­son, an­cien chef de guerre, n’a ob­te­nu, lui, que 11,4 % des voix se­lon les ré­sul­tats pro­vi­soires. Pour rem­por­ter la pré­si­den­tielle au pre­mier tour, un can­di­dat doit ob­te­nir la ma­jo­ri­té ab­so­lue (50 % plus une voix). Dans le cas contraire, les deux can­di­dats les mieux pla­cés dis­putent un se­cond tour.

Mais ces chiffres et ces ré­sul­tats n’ont pas de va­leur pour l’op­po­si­tion qui a dé­jà pris sa dé­ci­sion. Par­mi les six par­tis d’op­po­si­tion qui se sont re­ti­rés du pro­ces­sus fi­gurent les par­tis de deux concur­rents : le Congrès pour le Chan­ge­ment Dé­mo­cra­tique (CDC), de Wins­ton Tub­man, et l’Union na­tio­nale pour le pro­grès dé­mo­cra­tique (NUDP) de l’ex-chef de guerre Prince John­son. « Nous nous re­ti­rons du pro­ces­sus, car il n’est pas dé­mo­cra­tique et il y a de nom­breuses fraudes », a dé­cla­ré une source proche de l’op­po­si­tion et qui a gar­dé l’ano­ny­mat. De sa part, le CDC a in­di­qué s’être plaint au­près des ob­ser­va­teurs in­ter­na­tio­naux, de l’Onu et de la Com­mis­sion élec­to­rale na­tio­nale (NEC) « de l’in­clu­sion se­crète de 800 000 bul­le­tins sup­plé­men­taires » mis en cir­cu­la­tion et dis­tri­bués pour le vote.

Cette pra­tique a été qua­li­fiée par les par­tis d’op­po­si­tion de « scan­da­leuse ». L’op­po­si­tion s’in­ter­roge où se trouvent ces bul­le­tins et re­proche à la com­mis­sion élec­to­rale de ne pas don­ner d’in­for­ma­tions à ce su­jet. Wins­ton a fait de l’at­tri­bu­tion du prix No­bel de la paix à El­len John­son-Sir­leaf une autre po­lé­mique. Se­lon lui, cette ré­com­pense est in­ac­cep­table, non mé­ri­tée et pro­vo­ca­trice, sur­tout qu’elle lui a été don­née seule­ment quatre jours avant les élec­tions. Forte mo­bi­li­sa­tion consta­tée Le pre­mier tour de la pré­si­den­tielle a été or­ga­ni­sé le mar­di 11 oc­tobre, en même temps que des lé­gis­la­tives et des sé­na­to­riales. Le taux de par­ti­ci­pa­tion dans les bu­reaux dont les bul­le­tins ont été comp­tés est lé­gè­re­ment au-des­sus de 70 % et confirme la forte mo­bi­li­sa­tion consta­tée le jour du vote. Par ailleurs, et mal­gré les pro­tes­ta­tions de l’op­po­si­tion, la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale s’est fé­li­ci­tée de la bonne te­nue des élec­tions li­bé­riennes. Les ob­ser­va­teurs in­ter­na­tio­naux qui ont sur­veillé les élec­tions ont tous sa­lué « la ma­nière pa­ci­fique et la forte mo­bi­li­sa­tion des Li­bé­riens ». James Fro­mayan, pré­sident de la NEC, s’était ré­joui de la bonne te­nue du scru­tin, af­fir­mant qu’avec ces élec­tions, ses conci­toyens avaient choi­si « l’urne contre le fu­sil ».

De sa part, le procureur de la Cour Pé­nale In­ter­na­tio­nale ( CPI), Luis Mo­re­no-Ocam­po, a mis en garde la classe po­li­tique li­bé­rienne en af­fir­mant que le re­cours à la vio­lence ne se­ra pas to­lé­ré et que ses ser­vices sur­veillaient de près les dé­ve­lop­pe­ments liés aux élec­tions. « Je porte une grande at­ten­tion aux ac­tions et dé­cla­ra­tions de la classe po­li­tique, et en par­ti­cu­lier des can­di­dats à la pré­si­den­tielle, même après les élec­tions » , a-t-il dé­cla­ré.

Le Li­be­ria a été en­san­glan­té et ra­va­gé par deux guerres ci­viles, de 1989 à 2003, qui ont fait quelque 250 000 morts et des cen­taines de mil­liers de bles­sés, en dé­trui­sant ses in­fra­struc­tures et son éco­no­mie. Le chô­mage y at­teint en­core au­jourd’hui 80 % de la po­pu­la­tion ac­tive et la ma­jo­ri­té des Li­bé­riens vivent dans l’ex­trême pau­vre­té. Ain­si, même si la pré­si­dente sor­tante El­len John­son-Sir­leaf a pris une bonne lon­gueur d’avance, rien n’est en­core joué au Li­be­ria. Ain­si, les Li­bé­riens vont vrai­sem­bla­ble­ment de­voir se pré­pa­rer à re­tour­ner aux urnes pour un se­cond tour pré­vu le 8 no­vembre d’après un ca­len­drier pré­vi­sion­nel de la NEC

Mal­gré la bonne te­nue, des élec­tions pré­si­den­tielles du pre­mier tour, les Li­bé­riens vont se pré­pa­rer à un se­cond tour pré­vu le 8 no­vembre.

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