In­ter­con­nec­ter l’afrique

Al Ahram Hebdo - - Afrique -

Les 4 et 5 oc­tobre 2011 se te­nait à Nai­ro­bi (Ke­nya) un Fo­rum sur l’in­ves­tis­se­ment di­rect étran­ger dans les terres agri­coles en Afrique. Or­ga­ni­sé par la Banque Afri­caine de Dé­ve­lop­pe­ment (BAD), la Com­mis­sion de l’Union Afri­caine (CUA) et la Com­mis­sion Eco­no­mique des Na­tions-Unies pour l’Afrique (CEA), le fo­rum a exa­mi­né les In­ves­tis­se­ments Di­rects Etran­gers (IDE) dans le fon­cier en Afrique. Ayant éla­bo­ré une pers­pec­tive afri­caine sur le fon­cier à par­tir de l’in­ves­tis­se­ment, le fo­rum a pro­po­sé un cadre « d’in­ter­ven­tions concrètes pour la mise en oeuvre de la dé­cla­ra­tion de l’UA sur les ques­tions fon­cières ».

Au mois de sep­tembre 2011, Ox­fam pu­bliait son rap­port sur les tran­sac­tions fon­cières de par le monde. Pu­blié sous le titre in­di­ca­tif « Terres et pou­voirs », le rap­port fait état de la ruée sur les terres agri­coles par des en­tre­prises in­ter­na­tio­nales qui s’ap­pro­prient des terres sans consul­ta­tion préa­lable, sans dé­dom­ma­ge­ment et par­fois par la vio­lence.

Le rap­port d’Ox­fam ré­vèle que dans le cadre de tran­sac­tions fon­cières « à grande échelle », plus de 35 mil­lions d’hec­tares de terres afri­caines ont été « ven­dues, louées ou concé­dées » à des in­ves­tis­seurs étran­gers et à des élites lo­cales.

Il s’avère que, pous­sés par la né­ces­si­té d’at­ti­rer des in­ves­tis­seurs, cer­tains gou­ver­ne­ments afri­cains n’hé­sitent pas à leur oc­troyer des conces­sions au dé­tri­ment des droits et sur­tout aux be­soins des com­mu­nau­tés lo­cales. En outre, comme au­cune po­li­tique fon­cière n’existe en Afrique à ce jour, les in­ves­tis­seurs — na­tio­naux et étran­gers — réus­sissent à ob­te­nir des conces­sions ex­trê­me­ment « at­trayantes », re­con­naissent les ob­ser­va­teurs. Ain­si, des mil­liers d’hec­tares ont pas­sé dans les mains d’in­ves­tis­seurs bri­tan­niques, chi­nois, saou­diens, in­diens et autres.

En 2009, un groupe de trois in­ves­tis­seurs saou­diens ayant ren­con­tré Meles Ze­na­wi, pre­mier mi­nistre éthio­pien, avaient réus­si à ob­te­nir une conces­sion de terres agri­coles pour des plan­ta­tions de blé, d’orge et de riz. En in­ves­tis­sant 375 mil­lions de riyals (en­vi­ron 100 mil­lions de dol­lars), les in­ves­tis­seurs saou­diens avaient aus­si ob­te­nu non seule­ment une dis­pen­sa­tion fis­cale s’éta­lant sur plu­sieurs an­nées mais aus­si le droit d’ex­por­ter toute leur pro­duc­tion.

Ox­fam ex­plique que cette ruée vers les terres agri­coles en Afrique est for­te­ment connec­tée au be­soin crois­sant de nom­breux pays d’ac­croître leur pro­duc­tion de den­rées ali­men­taires hors de leurs fron­tières et ga­ran­tir ain­si la sé­cu­ri­té ali­men­taire à leurs ci­toyens. Ini­tia­tive qui se met en oeuvre au dé­tri­ment d’autres po­pu­la­tions et qui af­fecte no­tam­ment les femmes, qui pro­duisent jus­qu’à 80 % des den­rées ali­men­taires dans cer­tains pays et dont l’ac­cès à la terre de­meure une bar­rière for­mi­dable.

S’il est vrai que la crois­sance des in­ves­tis­se­ments étran­gers ou na­tio­naux ap­porte des avan-

les prê­teurs de dette pri­vi­lé­giée su­bor­don­née dans des condi­tions ap­pro­priées sont peu nom­breux », d’autres pensent que le dé­fi­cit d’in­fra­struc­tures en Afrique sub-sa­ha­rienne consti­tue un im­por­tant frein à la pra­tique des af­faires, alors qu’il existe une de­mande crois­sante d’in­ves­tis­se­ments et d’autres types d’as­sis­tance dans les in­dus­tries de base, de l’agro-in­dus­trie et des res­sources na­tu­relles. tages au ni­veau ma­cro-éco­no­mique des Etats afri­cains et pro­duit des op­por­tu­ni­tés pour éle­ver le ni­veau de vie des Afri­cains, les éco­no­mistes es­timent que les ac­qui­si­tions fon­cières à « grande échelle » par ces in­ves­tis­seurs « privent les po­pu­la­tions lo­cales de l’ac­cès à leurs res­sources sou­ve­raines ». D’autres voix, comme celles des éco­lo­gistes et en­vi­ron­ne­men­ta­listes, s’élèvent aus­si contre ces ac­qui­si­tions qui se font sou­vent au dé­tri­ment des po­pu­la­tions lo­cales. Ceux-là re­con­naissent que ces ac­qui­si­tions pré­sentent éga­le­ment des risques en­vi­ron­ne­men­taux qui peuvent sou­vent en­traî­ner non seule­ment la perte de la bio­di­ver­si­té mais don­ner nais­sance à des conflits so­ciaux.

Lors de la plé­nière du fo­rum de Nai­ro­bi, les dis­cus­sions ont por­té sur plu­sieurs su­jets et no­tam­ment sur l’état des lieux des IDE dans le fon­cier en Afrique, sur l’étude des meilleures pra­tiques re­la­tives aux IDE dans le fon­cier et sur la Fa­ci­li­té afri­caine de sou­tien juridique, par­ti­cu­liè­re­ment sur les droits fon­ciers des femmes et des IDE dans le fon­cier, étude pré­pa­rée par Ox­fam UK. Les ex­perts du fon­cier, les mi­nistres afri­cains en charge du fon­cier, des chefs tra­di­tion­nels, des par­le­men­taires, des re­pré­sen­tants des or­ga­ni­sa­tions de la so­cié­té ci­vile, des or­ga­ni­sa­tions agri­coles, des or­ga­ni­sa­tions fé­mi­nines et des opé­ra­teurs du sec­teur pri­vé ont dé­bat­tu toutes ces ques­tions afin de pou­voir pré­sen­ter « Le Plan d’Ac­tion » de Nai­ro­bi sur le fon­cier en Afrique. Le Plan d’Ac­tion per­met­tra de dé­ve­lop­per une pers­pec­tive afri­caine sur les in­ves­tis­se­ments di­rects étran­gers re­la­tifs au fon­cier et pro­po­ser des so­lu­tions pour mettre fin à l’ac­ca­pa­re­ment des terres. En at­ten­dant de mettre ce Plan d’Ac­tion en oeuvre, les ob­ser­va­teurs sou­haitent que le Co­mi­té de la Sé­cu­ri­té Ali­men­taire ( CSA) mon­diale de l’Onu, qui de­vrait se réunir bien­tôt à Rome, fasse un pre­mier dans cette di­rec­tion et adopte des « lignes di­rec­trices cré­dibles sur les ré­gimes fon­ciers en fa­veur des plus pauvres et des femmes »

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