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Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine -

Al-Ah­ram Heb­do : Les élec­tions tu­ni­siennes sont im­por­tantes. Quel se­ra, se­lon vous, leur im­pact sur le prin­temps arabe ?

Né­vine Mos­saad : La chute des ré­gimes de Bin Ali et de Mou­ba­rak n’a pas été un abou­tis­se­ment, mais le dé­but d’une longue lutte pour la dé­mo­cra­tie. C’est pour­quoi les pays voi­sins suivent de près le pro­ces­sus de tran­si­tion et de cons­truc­tion d’un nou­vel Etat en Tu­ni­sie. Ces élec­tions re­pré­sentent un test ca­pi­tal pour la dé­mo­cra­tie à court et à long terme, pour les Tu­ni­siens et pour les autres pays de la ré­gion. Si elles se dé­roulent bien, avec une tran­si­tion dé­mo­cra­tique ef­fec­tuée sans sur­en­chère re­li­gieuse, ce­la don­ne­ra un coup de pouce aux pro­chains scru­tins, qui au­ront lieu le mois pro­chain en Egypte et au Ma­roc. A l’in­verse, si ce­la tourne mal, les ré­gimes au­to­ri­taires tou­jours en place en pro­fi­te­ront pour bran­dir une nou­velle fois la me­nace is­la­miste et s’en ser­vir de pré­texte pour res­ter au pou­voir.

— Comment cette ex­pé­rience peut-elle gui­der l’Egypte qui s’ap­prête aus­si à vivre ses pre­mières élec­tions post-Mou­ba­rak ?

— C’est dé­jà ra­té pour l’Egypte ! Les dé­buts des deux ré­vo­lu­tions ont été les mêmes mais il ap­pa­raît que les fins ne se­ront pas les mêmes. Les Tu­ni­siens res­tent sur le bon che­min de la ré­vo­lu­tion. Chez nous, la mau­vaise ges­tion de la ré­vo­lu­tion est sur le point de la sa­per. La Tu­ni­sie a fait son choix dès le dé­but de suivre l’ordre lo­gique des choses en ce qui concerne la tran­si­tion vers un Etat dé­mo­crate en com­men­çant par une as­sem­blée cons­ti­tuante char­gée de ré­di­ger une nou­velle Consti­tu­tion consen­suelle et re­pré­sen­ta­tive de tous les spectres de la so­cié­té. Et sur­tout de suivre les ob­jec­tifs de la ré­vo­lu­tion. Ain­si, ils coupent le che­min à toute dé­rive. En re­vanche, l’Egypte a adop­té un ca­len­drier lar­ge­ment dif­fé­rent.

— Ne pen­sez-vous pas que suivre le ca­len­drier tu­ni­sien en Egypte au­rait pu mo­di­fier la si­tua­tion ?

— Ce­la au­rait pu évi­ter à l’Egypte cet état de frag­men­ta­tion des forces po­li­tiques. Au dé­but, l’es­prit de solidarité était fort et do­mi­nant et il était plus fa­cile de se réunir au­tour des as­pi­ra­tions de la ré­vo­lu­tion. Plus im­por­tant en­core : ceci au­rait pu nous per­mettre d’abou­tir à un ré­gime re­pré­sen­ta­tif de la ré­vo­lu­tion et de ses ob­jec­tifs.

— Le spectre d’une mon­tée is­la­miste est-il ef­frayant dans les deux pays ?

— Au­jourd’hui, cette ques­tion re­vient sur toutes les lèvres. Le risque d’une con­fis­ca­tion des ac­quis des ré­vo­lu­tions dans les deux pays par les is­la­mistes me­nace tou­jours : c’est un dan­ger à ne pas igno­rer. En Egypte, comme en Tu­ni­sie, les ren­ver­se­ments des ré­gimes au­to­cra­tiques ont ren­for­cé l’in­fluence des mou­ve­ments is­la­mistes, au­pa­ra­vant ré­pri­més. La mon­tée is­la­miste risque de nous faire re­ve­nir à une époque obs­cu­ran­tiste pire que l’époque des­po­tique dé­chue.

— Le sta­tut des is­la­mistes de la Tu­ni­sie est-il dif­fé­rent de ce­lui des is­la­mistes en Egypte ?

— Le cas tu­ni­sien est dif­fé­rent que ce­lui de l’Egypte. Les is­la­mistes tu­ni­siens, pri­vés de pa­role sous le ré­gime de Bin Ali, se servent de l’es­pace de li­ber­té que leur a of­fert la ré­vo­lu­tion pour ten­ter d’im­po­ser leur vi­sion de la so­cié­té aux dé­pens des va­leurs laïques du pays. Tou­te­fois, la Tu­ni­sie a une longue his­toire de laï­ci­té qui fait par­tie in­té­grante de sa culture. Sa laï­ci­té a été pro­té­gée par le ré­gime de Bin Ali, ce qui a obli­gé les lea­ders des mou­ve­ments is­la­mistes à se ré­fu­gier en exil pour un temps. Ce­la veut dire que ces mou­ve­ments n’ont pas eu la chance d’in­fluen­cer la so­cié­té et de pos­sé­der des bases so­lides sur la scène po­li­tique.

En re­vanche, en Egypte, les Frères mu­sul­mans et les sa­la­fistes sont pas­sés sur le de­vant de la scène. Le ter­rain semble être plus pro­pice à une is­la­mi­sa­tion à long terme. Les is­la­mistes de l’Egypte — en dé­pit de la ré­pres­sion su­bie pen­dant des dé­cen­nies — ont tou­jours été pré­sents sur la scène po­li­tique et so­ciale. Ils étaient pré­sents au Par­le­ment et dans les syn­di­cats, ce qui leur a per­mis d’avoir des bases po­pu­laires et po­li­tiques.

— Quelles chances les cou­rants is­la­mistes ont-ils de ma­ni­pu­ler la scène po­li­tique en Tu­ni­sie?

— C’est re­la­tif. La ques­tion pri­mor­diale ici c’est : de quels is­la-

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