L’af­gha­nis­tan ne peut se pas­ser de ses voi­sins

Al Ahram Hebdo - - Monde - Ma­ha Al-cher­bi­ni

LES ETATS-UNIS passent au deuxième acte. Alors que les forces in­ter­na­tio­nales s’ap­prêtent à se re­ti­rer du « bour­bier af­ghan » d’ici 2014, la se­cré­taire d’Etat amé­ri­caine, Hilla­ry Clin­ton, a ef­fec­tué cette se­maine une tour­née en Asie cen­trale, dans les pays voi­sins de l’Af­gha­nis­tan, pour sol­li­ci­ter leur aide à « sta­bi­li­ser », à « sé­cu­ri­ser », voire à « ai­der » ce pays en pé­ril. Af­fir­mant l’en­ga­ge­ment de son pays en fa­veur de l’Af­gha­nis­tan, Mme Clin­ton a en­ta­mé sa vi­site par le « ci­me­tière af­ghan » où elle a ren­con­tré le pré­sident Ha­mid Kar­zaï et d’autres res­pon­sables af­ghans. Au me­nu des dis­cus­sions fi­gu­raient d’éven­tuelles dis­cus­sions de paix avec les ta­li­bans et le trans­fert aux forces af­ghanes de la sé­cu­ri­té du pays. Les pré­pa­ra­tifs des confé­rences sur l’ave­nir de l’Af­gha­nis­tan, qui doivent avoir lieu en no­vembre à Is­tan­bul et en dé­cembre à Bonn, étaient éga­le­ment évo­qués. A la fin de sa vi­site à Kaboul, la se­cré­taire d’Etat amé­ri­caine a mis l’ac­cent sur l’un des ob­jec­tifs ma­jeurs de sa vi­site : ap­pe­ler les in­sur­gés ta­li­bans « à prendre part à l’ave­nir pa­ci­fié de l’Af­gha­nis­tan sous peine d’être at­ta­qués sans ré­pit ».

Fi­nis­sant sa vi­site à Kaboul, Mme Clin­ton est pas­sée à l’étape la plus cri­tique de sa tour­née — celle de sa vi­site au Pa­kis­tan — avec qui les re­la­tions se sont for­te­ment en­ve­ni­mées de­puis le raid uni­la­té­ral des Amé­ri­cains qui a tué Os­sa­ma bin La­den le 2 mai der­nier. N’ou­blions pas que le Pa­kis­tan reste le voi­sin le plus re­dou­table de l’Af­gha­nis­tan. Il est tou­jours ac­cu­sé par les au­to­ri­tés af­ghanes et amé­ri­caines de sou­te­nir les ta­li­bans qui com­mettent des at­ten­tats ré­gu­liers à Kaboul.

Signe de l’im­por­tance de cette vi­site, qui se dé­roule à un mo­ment cri­tique des re­la­tions amé­ri­ca­no-pa­kis­ta­naises, Mme Clin­ton était ac­com­pa­gnée du nou­veau di­rec­teur de la CIA et an­cien com­man­dant des forces in­ter­na­tio­nales en Af­gha­nis­tan, Da­vid Pe­traeus, et du nou­veau nu­mé­ro un de l’ar­mée amé­ri­caine, le gé­né­ral Mar­tin Demp­sey. Se­lon les ana­lystes, cette vi­site avait un double ob­jec­tif : convaincre le Pa­kis­tan d’agir contre le ré­seau ta­li­ban Ha­q­qa­ni sur son sol et ten­ter d’apai­ser les re­la­tions entre les deux pays.

A Is­la­ma­bad, Mme Clin­ton a ap­pe­lé le pré­sident pa­kis­ta­nais, Asif Ali Zar­da­ri, la mi­nistre des Af­faires étran­gères, Hi­na Rab­ba­ni Khar, et d’autres res­pon­sables po­li­tiques, à prendre « dans les jours ou les se­maines » à ve­nir des « me­sures fortes » pour éra­di­quer les re­fuges de re­belles ta­li­bans af­ghans sur son ter­ri­toire, et les pous­ser à faire la paix avec le gou­ver­ne­ment de Kaboul. « Nous de­vons concen­trer notre at­ten­tion sur les ta­li­bans pa­kis­ta­nais, les ta­li­bans af­ghans, les membres du ré­seau Ha­q­qa­ni et les autres groupes ter­ro­ristes, et ten­ter de les in­té­grer au pro­ces­sus de paix et, en cas d’échec, les em­pê­cher de per­pé­trer de nou­velles vio­lences et de tuer des in­no­cents », a dé­cla­ré Mme Clin­ton, sou­li­gnant l’im­por­tance du Pa­kis­tan dans la ré­so­lu­tion du conflit af­ghan.

Cher­chant à apai­ser les re­la­tions bi­la­té­rales ten­dues, Mme Clin­ton a par­lé aux di­ri­geants pa­kis­ta­nais d’un ton ré­so­lu, mais de ma­nière moins agres­sive que d’autres res­pon­sables amé- ri­cains qui s’en étaient pris ré­cem­ment au « double jeu » de leur al­lié vis-à-vis des is­la­mistes. En sep­tembre der­nier, le pré­dé­ces­seur du gé­né­ral Demp­sey, l’ami­ral Mike Mul­len, était al­lé plus loin en dé­cri­vant le ré­seau Ha­q­qa­ni comme le bras ar­mé du Pa­kis­tan en Af­gha­nis­tan.

Af­fir­mant que Wa­shing­ton ne pour­ra ja­mais se pas­ser de son al­lié pa­kis­ta­nais, Mme Clin­ton a ap­pe­lé les au­to­ri­tés pa­kis­ta­naises à sou­te­nir les Etats-Unis sur les deux axes de leur stra­té­gie af­ghane : in­ci­ter les ta­li­bans à né­go­cier la paix et in­ten­si­fier les opé­ra­tions mi­li­taires pour neu­tra­li­ser leurs at­taques.

Cour­ti­ser les autres voi­sins Avant de clô­tu­rer sa tour­née en Asie cen­trale, la se­cré­taire d’Etat amé­ri­caine s’est ren­due dans deux autres pays voi­sins de l’Af­gha­nis­tan : le Tad­ji­kis­tan puis l’Ouz­bé­kis­tan, pour dis­cu­ter des moyens né­ces­saires à sé­cu­ri­ser Kaboul, en­li­sée dans la vio­lence ta­li­bane. Il s’agit de la pre­mière vi­site de Mme Clin­ton au Tad­ji­kis­tan, pays pauvre d’Asie cen­trale, qui pos­sède une fron­tière po­reuse de 1 340 km avec l’Af­gha­nis­tan. Sa­me­di, la se­cré­taire d’Etat a ren­con­tré le pré­si- dent de cette an­cienne Ré­pu­blique so­vié­tique, Emo­ma­li Ra­kh­mon, dans la ca­pi­tale Dou­chan­bé, avant de se rendre en Ouz­bé­kis­tan voi­sin, pour éga­le­ment y ren­con­trer le pré­sident, Is­lam Karimov. A l’is­sue de sa tour­née, la se­cré­taire d’Etat amé­ri­caine n’a pas ca­ché que son pays vou­drait ob­te­nir le sou­tien des pays voi­sins de l’Af­gha­nis­tan dans son pro­gramme d’aide à l’Af­gha­nis­tan. S’ex­pri­mant sous cou­vert d’ano­ny­mat, un des res­pon­sables ac­com­pa­gnant Mme Clin­ton a af­fir­mé que son pays pri­vi­lé­gie le tran­sit via l’Ouz­bé­kis­tan de ma­té­riel non mi­li­taire pour ap­pro­vi­sion­ner les troupes amé­ri­caines en Af­gha­nis­tan, compte te­nu des in­cer­ti­tudes liées au Pa­kis­tan. « A tra­vers le Pa­kis­tan, c’est plus court et moins cher. Mais c’est une bonne chose via l’Ouz­bé­kis­tan aus­si, car nos re­la­tions sont sou­vent dif­fi­ciles avec le Pa­kis­tan. Nous de­vons tou­jours être prêts à ré­duire ou, dans le pire des cas, à ces­ser le tran­sit via ce pays », a ex­pli­qué ce res­pon­sable. En­vi­ron 50 % des car­gai­sons ache­mi­nées par voie ter­restre en Af­gha­nis­tan le sont par train via l’Ouz­bé­kis­tan. Outre ce point, les Etats-Unis et l’Ouz­bé­kis­tan ont dis­cu­té de la co­opé­ra­tion ré­gio­nale ain­si que de l’im­pli­ca­tion de l’Ouz­bé­kis­tan et du Tad­ji­kis­tan dans la re­cons­truc­tion de l’éco­no­mie af­ghane.

L’Ouz­bé­kis­tan et le Tad­ji­kis­tan jouent un rôle im­por­tant en fa­veur de la coa­li­tion mi­li­taire in­ter­na­tio­nale en Af­gha­nis­tan. En fé­vrier 2009, les deux pays ont ac­cep­té le tran­sit par leurs ter­ri­toires des ap­pro­vi­sion­ne­ments des­ti­nés à cette der­nière. Après l’in­ter­ven­tion en Af­gha­nis­tan en 2001, les Etats-Unis dis­po­saient d’une base aé­rienne en Ouz­bé­kis­tan. Ta­chkent en a or­don­né la fer­me­ture après les cri­tiques oc­ci­den­tales sur la ré­pres­sion san­glante d’un sou­lè­ve­ment en mai 2005 dans l’est du pays.

La tour­née de Mme Clin­ton en Asie cen­trale est une ten­ta­tive pour as­su­rer au « bé­bé af­ghan », qui fait ses pre­miers pas dans le monde de l’in­dé­pen­dance, un ave­nir plus sûr avant d’être dé­lais­sé com­plè­te­ment par sa « mère »

La vi­site de Mme Clin­ton à Is­la­ma­bad était l’étape la plus im­por­tante de sa tour­née en Asie cen­trale.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.