Le sort de TE dans l’im­passe

Al Ahram Hebdo - - Economie - Dah­lia Ré­da

L’ AN­NONCE d’une re­struc­tu­ra­tion sa­la­riale par l’ad­mi­nis­tra­tion de Te­le­com Egypt (TE) n’au­ra pas suf­fi à apai­ser la co­lère des em­ployés. « Nous re­ven­di­quons la dis­so­lu­tion du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, ac­cu­sé de cor­rup­tion, la dé­mis­sion du di­rec­teur gé­né­ral Mo­ha­mad Ab­del-Ré­him et la li­bé­ra­tion des 5 col­lègues condam­nés en pri­son », a pré­ci­sé Ah­mad Ga­lal. Cette dé­cla­ra­tion du co­or­di­na­teur gé­né­ral de la « Coa­li­tion de TE pour un vrai chan­ge­ment » est sur­ve­nue le 20 oc­tobre der­nier, après l’échec des né­go­cia­tions entre la coa­li­tion des ou­vriers et les au­to­ri­tés. La coa­li­tion re­fuse, en ef­fet, de né­go­cier avec le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion ac­tuel de TE. Elle a ain­si ap­pe­lé le gou­ver­ne­ment à sub­sti­tuer le conseil par un autre plus cré­dible, et a pro­po­sé de nom­mer à sa pré­si­dence l’ex­mi­nistre des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions par in­té­rim Ha­zem Ab­del-Azim. Les em­ployés es­timent pri­mor­dial d’évin­cer le pré­sident ac­tuel Mo­ha­mad Ab­del-Ré­him en rai­son de son im­pli­ca­tion dans des af­faires de fraude, et parce qu’il fai­sait par­tie du Par­ti Na­tio­nal Dé­mo­crate (PND), au pou­voir du­rant l’an­cien ré­gime de Mou­ba­rak.

2 jours après l’échec des né­go­cia­tions, des cen­taines d’em­ployés de TE, l’unique opé­ra­teur de ligne fixe en Egypte, se sont réunis en signe de pro­tes­ta­tion. Se­lon Ga­lal, « le rap­port is­su de l’Or­ga­nisme cen­tral des comptes a dé­voi­lé l’im­pli­ca­tion de l’ad­mi­nis­tra­tion de TE dans des pro­jets qui ont en­traî­né la perte de plus de 2 mil­liards de L.E., no­tam­ment ceux de La­kom, la fi­liale de TE et d’Oras­com Te­le­com en Al­gé­rie, avec un dé­fi­cit de 450 mil­lions de L.E. ». « Cette so­cié­té au­rait été créée à l’ori­gine par TE, afin de favoriser d’une fa­çon frau­du­leuse OT », dé­voile Ché­rif Man­sour, un tech­ni­cien au­près de TE. Le rap­port a éga­le­ment épin­glé le gas­pillage de plus de 1,6 mil­lion de L.E. chaque mois, ver­sées comme sa­laires aux 14 conseillers du PDG.

La crise ac­tuelle s’est dé­clen­chée le 12 oc­tobre der­nier, lorsque des cen­taines d’em­ployés du cen­tral de l’Opé­ra de TE se sont réunis pour si­gni­fier leur mé­con­ten­te­ment à l’égard de Mo­ha­mad Ab­del-Ré­him, en vi­site sur les lieux ce jour-là. Le ton de la contes­ta­tion s’est ra­pi­de­ment in­ten­si­fié et les em­ployés ont pris le pré­sident en otage afin de le for­cer à se sou­mettre à leurs ré­cla­ma- tions. Pour se dé­fendre, Ab­del-Ré­him a fait ap­pel à la po­lice mi­li­taire, qui a dé­pê­ché le len­de­main sur place des forces de sé­cu­ri­té. Suite à sa li­bé­ra­tion, la po­lice a in­car­cé­ré 5 em­ployés im­pli­qués dans l’af­faire et ac­cu­sés de ten­ta­tive d’as­sas­si­nat. De­puis ces évé­ne­ments, une grève par­tielle au sein de l’en­tre­prise a dé­bu­té. Sur un to­tal de 72 cen­traux (une tren­taine de cen­traux prin­ci­paux et 42 suc­cur­sales dans plu­sieurs gou­ver­no­rats du pays), 60 se sont as­so­ciés aux pro­tes­ta­tions ain­si que les em­ployés du ser­vice du ré­per­toire té­lé­pho­nique. « La grève est par­tielle, elle n’in­clut qu’une par­tie des ef­fec­tifs de chaque cen­tral, l’im­por­tant étant de gar­der le ser­vice opé­rant pour l’in­té­rêt du consom­ma­teur », pré­cise Man­sour, qui tient à ajou­ter : « Ce qui nous im­porte, c’est de s’op­po­ser à la cor­rup­tion ». Me­nace d’in­ter­rup­tion

d’In­ter­net Par ailleurs, se­lon les pro­tes­ta­taires, les au­to­ri­tés n’ont pas su ré­gler la crise. Une se­maine après son dé­clen­che­ment, le PDG de TE, Oqeil Bé­chir, a te­nu une confé­rence de presse au siège de la so­cié­té à Smart Vil­lage, qua­li­fiant les voix contes­ta­taires au sein de l’en­tre­prise de « mi­no­ri­taires ». « Leurs re­ven­di­ca­tions ne re­flètent l’avis que d’une pe­tite tranche des em­ployés. Le sa­laire de la ma­jo­ri­té s’élève à plus de 1 800 L.E. par mois au mi­ni­mum et 4 000 L.E. maxi­mum. Des sa­laires qui dé­passent ceux des so­cié­tés ho­mo­logues comme Xceed et Vo­da­fone », a-t-il af­fir­mé. De plus, Ab­del-Ré­him et Bé­chir se sont dé­fen­dus en sou­li­gnant que la so­cié­té n’avait pas en­re­gis­tré de pertes du­rant les der­nières an­nées. « Au contraire, elle a en­re­gis­tré des pro­fits at­tei­gnant 3,3 mil­liards de L.E. du­rant 2009/2010 et 1,9 mil­liard de L.E. du­rant les 6 pre­miers mois de 2011 », ont-ils an­non­cé. Bé­chir a sou­li­gné que l’en­tre­prise avait réus­si à rem­bour­ser plus de 21 mil­liards de L.E. d’ar­rié­rés d’im­pôt au Tré­sor pu­blic, no­tam­ment en se fai­sant ver­ser des fac­tures im­por­tantes non payées jusque-là. Ain­si, la so­cié­té dis­po­sait à la fin 2010 de plus de 4 mil­liards de L.E. de liquidités, contre 6,5 mil­liards de L.E. de dettes en 2005. Suite à ces an­nonces, le mi­nistre des Té­lé­com­mu­ni­ca­tions, Mo­ha­mad Sa­lem, s’est en­tre­te­nu avec les di­ri­geants de TE, en in­di­quant vou­loir conser­ver le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion en place, ain­si que son pré­sident et le PDG à leurs postes, né­gli­geant ain­si les ré­cla­ma­tions des em­ployés.

Par crainte de l’éten­due de la grève, TE a trans­mis tous les ap­pels du ré­per­toire au centre d’ap­pels de Xceed. Afin de faire pres­sion, les em­ployés de TE ont pour leur part me­na­cé de cou­per le ré­seau In­ter­net la se­maine pro­chaine, si le gou­ver­ne­ment conti­nue d’igno­rer leurs re­ven­di­ca­tions. Le ré­gu­la­teur de TE, dé­pen­dant de l’Or­ga­nisme éta­tique de contrôle des té­lé­com­mu­ni­ca­tions, n’a pas pu sa­tis­faire les deux par­ties. En charge du contrôle qua­li­ta­tif, le ré­gu­la­teur ne peut, en ef­fet, pas sta­tuer sur les de­mandes des em­ployés. « Nous ne contrô­lons que le ser­vice et son prix », as­sure Amr Ba­da­wi, pré­sident du ré­gu­la­teur.

Pour sa part, Mo­ha­mad AbouK­rich, pré­sident du syn­di­cat in­dé­pen­dant des em­ployés de TE, a sou­li­gné que cette me­nace d’in­ter­rup­tion d’In­ter­net n’était qu’une pres­sion sur le gou­ver­ne­ment pour l’obli­ger à vite ré­gler la crise. Se­lon lui, des so­lu­tions ra­pides doivent être trou­vées quant à la li­bé­ra­tion des 5 condam­nés em­pri­son­nés, ain­si qu’à pro­pos de la lutte contre la cor­rup­tion. Il semble tou­te­fois qu’une lueur d’es­poir soit en vue. Mo­ha­mad Hél­mi, em­ployé de TE et membre de la coa­li­tion, a aver­ti qu’un rè­gle­ment de la crise était at­ten­du très pro­chai­ne­ment. « Mo­ha­mad Ab­delRé­him a pro­mis que les pro­chains jours ver­ront la li­bé­ra­tion des 5 em­ployés en pri­son, afin de mettre fin à la grève », sou­ligne Man­sour, qui ajoute que cette me­sure ne suf­fi­rait pas pour apai­ser les pro­tes­ta­taires qui at­tendent de pou­voir né­go­cier avec un nou­veau conseil d’ad­mi­nis­tra­tion nom­mé très pro­chai­ne­ment. « Nous ne ter­mi­ne­rons la grève que lorsque toutes nos ré­cla­ma­tions se­ront ac­com­plies », ré­sume-t-il

Les pro­tes­ta­tions des em­ployés de TE sont ré­pan­dues par­tout dans les gou­ver­no­rats.

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