Ap­pli­quer de nou­velles ré­gu­la­tions

Al Ahram Hebdo - - Economie - Né­vine Ka­mel

Il est urgent de re­mettre la trans­pa­rence fi­nan­cière sur l’agenda na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal. Il est prio­ri­taire pour les gou­ver­ne­ments d’aug­men­ter la trans­pa­rence de leurs en­ti­tés éta­tiques et de ren­for­cer leurs contraintes lé­gales », af­firme Emile van der Does de Wille­bois, spé­cia­liste du sec­teur fi­nan­cier au­près de la Banque mon­diale.

Cette ré­ac­tion fait suite à l’an­nonce des au­to­ri­tés égyp­tiennes, quelques jours plus tôt, du gel des ac­tifs suisses de la fa­mille Mou­ba­rak. Ac­tifs d’un mon­tant de 327 mil­lions d’eu­ros.

Les Na­tions-Unies, par l’en­tre­mise du bu­reau spé­cial char­gé de la lutte contre la cor­rup­tion, ont pu­blié un rap­port qui four­nit aux di­ri­geants des re­com­man­da­tions vi­sant à in­ten­si­fier les ef­forts in­ter­na­tio­naux contre l’éva­sion fis­cale et la cor­rup­tion. « Les ré­vo­lu­tions de la ré­gion arabe ont dé­voi­lé de larges opé­ra­tions de cor­rup­tion, com­mises par les chefs d’Etat ain­si que par des res­pon­sables du gou­ver­ne­ment. Il est temps pour les nou­veaux décideurs po­li­tiques d’en­tre­prendre des me­sures concrètes afin de ré­duire les op­por­tu­ni­tés de com­mettre des actes de cor­rup­tion dans le fu­tur et de créer plus de trans­pa­rence », af­firme le rap­port. Ce­lui-ci en­cou­rage « les maîtres du monde » à lan­cer des in­ves­ti­ga­tions pour sa­voir comment les res­pon­sables ont abu­sé de la struc­ture lé­gale du pays pour ca­cher des ac­tifs vo­lés.

Le res­pon­sable égyp­tien char­gé de ré­cu­pé­rer les avoirs pla­cés à l’étran­ger par les di­ri­geants du ré­gime dé­chu a an­non­cé, la se­maine der­nière, que les fils de Hos­ni Mou­ba­rak ont pla­cé 327 mil­lions d’eu­ros en Suisse. Les au­to­ri­tés hel­vé­tiques en­quêtent sur des ac­cu­sa­tions de blan­chi­ment d’ar­gent por­tées contre Alaa Mou­ba­rak et deux autres per­son­na­li­tés de l’an­cien ré­gime. « La com­mis­sion a ob­te­nu des in­for­ma­tions confir­mant que les fils de Mou­ba­rak ont des comptes dans des banques suisses sur les­quels se trouvent 327 mil­lions d’eu­ros, dont 300 mil­lions d’eu­ros pour Alaa » , écrit As­sem Al-Go­ha­ri, chef de l’Au­to­ri­té des gains illé­gaux, dans un com­mu­ni­qué pu­blié lun­di 17 oc­tobre.

Hos­ni Mou­ba­rak et ses fils Ga­mal et Alaa sont ac­tuel­le­ment ju­gés pour cor­rup­tion et abus de pou­voir. Les pays eu­ro­péens ont par ailleurs ac­cep­té de ge­ler les avoirs de l’an­cien chef d’Etat et de 18 de ses col­la­bo­ra­teurs. Les deux fils de l’an­cien pré­sident, Ga­mal et Alaa, sont no­tam­ment par­te­naires dans une hol­ding ba­sée à Chypre et aux îles Cay­mans. La banque EFG-Hermes au­rait aus­si joué un rôle dans cer­taines opé­ra­tions en Egypte. Ga­mal et Alaa s’étaient, semble-t-il, as­so­ciés à Wa­lid Ka­ba, un Bri­tan­nique d’ori­gine jor­da­nienne. En 1996, Alaa Mou­ba­rak et Wa­lid Ka­ba ont en ef­fet quit­té leur tra­vail à la Bank of Ame­ri­ca à Londres pour créer une banque d’in­ves­tis­se­ment, Me­din­vest, ba­sée à Londres.

D’après le re­gistre de la Banque Cen­trale de Chypre, le nom de Ka­ba ap­pa­raît une se­conde fois, comme par­te­naire de Alaa Mou­ba­rak, dans une so­cié­té nom­mée Bul­lion et ba­sée à Chypre. Dans tous ces fonds, la for­mule est la sui­vante : Alaa est membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion avec Ka­ba, et Ga­mal en est le di­rec­teur.

Leur par­te­naire en Egypte n’est autre que la banque d’in­ves­tisse- ment EFG-Hermes. En 2003, un fonds com­mun est créé : EFGHermes pour l’in­ves­tis­se­ment pri­vé (EHPE), qui gère des ca­pi­taux à hau­teur de 919 mil­lions de dol­lars.

Outre la fa­mille Mou­ba­rak, comme le ré­vèle tou­jours AlGo­ha­ri, le prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur de l’an­cien raïs, Hus­sein Sa­lem, et sa fa­mille pos­sèdent des avoirs pour une va­leur de 2,9 mil­liards d’eu­ros. Ils ont trans­for­mé cette for­tune en liquidités puis l’ont pla­cée sur des comptes à Hong­kong, aux Emi­rats arabes unis et dans d’autres pays.

Hus­sein Sa­lem, son fils et sa fille ont été condam­nés par contu­mace à sept ans de pri­son et à une amende de plus de 4 mil­liards de dol­lars pour l’ac­qui­si­tion illé­gale de leur for­tune. Hus­sein Sa­lem est aus­si confron­té à une ac­cu­sa­tion de blan­chi­ment de la part des au­to­ri­tés es­pa­gnoles.

« La com­mis­sion dis­pose d’une quan­ti­té d’in­for­ma­tions et de do­cu­ments re­la­tifs aux for­tunes amas­sées par les per­son­na­li­tés de l’an­cien ré­gime. Mais le mo­ment n’est pas en­core ve­nu de les di­vul­guer », af­firme AlGo­ha­ri. Il as­sure que les au­to­ri­tés suisses ef­fec­tuent ac­tuel­le­ment des in­ves­ti­ga­tions contre Alaa Mou­ba­rak, l’ex-mi­nistre du Tourisme, Zoheir Ga­ra­na, et l’homme d’af­faires Yas­sin Man­sour. Les peines sont li­mi­tées à 5 ans de pri­son pour ce type de crime. « La confi­den­tia­li­té des in­for­ma­tions est très im­por­tante. Les ac­cu­sés es­sayent tou­jours de ma­ni­pu­ler les chiffres afin de ca­cher leurs comptes », ajoute Go­ha­ri.

Les au­to­ri­tés égyp­tiennes semblent fi­na­le­ment s’in­té­res­ser con­crè­te­ment à ces dos­siers. Comme le note Hos­sam Is­sa, pré­sident du co­mi­té en charge de la ré­cu­pé­ra­tion des for­tunes illé­gales, de nou­velles me­sures « pour­raient lui fa­ci­li­ter cer­taines étapes. Les au­to­ri­tés suisses, qui ont en­ta­mé elles aus­si des in­ves­ti­ga­tions contre la fa­mille Mou­ba­rak et quelques re­pré­sen­tants de l’an­cien gou­ver­ne­ment, n’at­tendent plus que les preuves qu’étaient cen­sées lui four­nir les au­to­ri­tés égyp­tiennes ».

Un res­pon­sable de l’am­bas­sade suisse, qui a re­quis l’ano­ny­mat, le confirme : « La Suisse pour­rait ai­der l’Egypte à ré­cu­pé­rer l’ar­gent des Mou­ba­rak avant la fin du pro­cès ». Les autres pays eu­ro­péens pour­raient em­boî­ter le pas à la Suisse et dé­voi­ler d’eux-mêmes les avoirs illé­gaux de l’an­cien ré­gime pré­sents sur leur sol. A dé­faut d’une forte mo­ti­va­tion du Conseil Su­prême des Forces Ar­mées (CSFA) à ins­tau­rer une plus grande trans­pa­rence, les pays étran­gers im­pli­qués dans ces dos­siers pour­raient chan­ger la donne. Pour l’ins­tant ce­pen­dant, tout reste en­core très flou

Les fils de Mou­ba­rak font face à une nou­velle ac­cu­sa­tion.

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