La crise de la Ligue arabe

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Mas­soud Al-hen­nawy

CES der­nières dé­cen­nies, la Ligue arabe a pris l’ha­bi­tude de sou­te­nir les ré­gimes de ses membres dans toutes les causes in­ter­na­tio­nales, ré­gio­nales ou in­ternes, qu’ils aient rai­son ou pas, et même aux dé­pens de leur peuple dans cer­tains cas.

Avec le nou­veau vent du prin­temps arabe qui souffle sur la ré­gion, avec les ré­vo­lu­tions de co­lère po­pu­laire et les cris d’in­jus­tice qui ont dé­vas­té les pays arabes et re­ten­ti dans le monde en­tier, il est de­ve­nu im­pos­sible pour la Ligue arabe de conti­nuer à jouer le même rôle. Elle a es­sayé de jouer un rôle dif­fé­rent et d’adop­ter une po­li­tique équi­li­brée qui prenne en consi­dé­ra­tion les in­té­rêts des peuples sans pour au­tant, et en même temps, mé­con­ten­ter les di­ri­geants. Elle est donc ap­pa­rue sous une forme nou­velle et étrange in­adap­tée à sa struc­ture et à sa na­ture.

Ceci est ap­pa­ru clai­re­ment dans la po­si­tion de la Ligue arabe en­vers la crise li­byenne, lors­qu’elle a ge­lé le mem­ber­ship de la Li­bye pour la pre­mière fois de son his­toire, et lors­qu’elle a don­né le feu vert aux forces de l’Otan pour ef­fec­tuer ses opé­ra­tions mi­li­taires dans les ter­ri­toires li­byens. Le fait qui lui a va­lu de nom­breuses cri­tiques.

Ce qui s’est pas­sé dans la réunion ex­tra­or­di­naire des mi­nistres des Af­faires étran­gères der­niè­re­ment te­nue au siège de la Ligue pour dis­cu­ter la crise sy­rienne ne dif­fère pas beau­coup. Bien que la Ligue ait es­sayé de ne pas ré­pé­ter l’er­reur com­mise dans la crise li­byenne, que ce soit en s’éloi­gnant de de­man­der l’in­gé­rence in­ter­na­tio­nale en Sy­rie ou de ge­ler son mem­ber­ship à la Ligue arabe, elle s’est trou­vée dans une si­tua­tion bien em­bar­ras­sante. La Ligue arabe s’est trou­vée face à des cri­tiques acerbes des deux cô­tés. L’op­po­si­tion a qua­li­fié la dé­ci­sion de la Ligue de lettre morte, en pré­ci­sant qu’elle re­pré­sente un ca­deau di­plo­ma­tique pour le ré­gime sy­rien quand le ré­gime arabe n’a pas réus­si à faire pres­sion sur lui pour le pous­ser à mettre un terme à l’op­pres­sion, aux meurtres et aux tor­tures. Quant à la Sy­rie, elle a consi­dé­ré la dé­ci­sion comme une in­gé­rence dans ses af­faires in­ternes. Elle a confir­mé, par l’in­ter­mé­diaire du pré­sident de sa dé­lé­ga­tion à la réunion, que les no­tions de l’ac­tion arabe conjointe sont ré­gies par des règles et des consi­dé­ra­tions loin­taines de l’in­té­rêt arabe. Elle a éga­le­ment de­man­dé à la Ligue d’as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés de ma­nière pra­tique et de res­pec­ter la charte de l’Onu et le prin­cipe de la non-in­gé­rence dans les af­faires in­ternes des pays. Non seule­ment cette po­si­tion anéan­tit tout es­poir dans la pos­si­bi­li­té d’opé­rer une réa­li­sa­tion im­por­tante ou même mi­nime ou de trou­ver une so­lu­tion à la crise sy­rienne, mais elle place aus­si la Ligue arabe dans une crise dan­ge­reuse l’obli­geant à trou­ver une nou­velle for­mule pour agir avec un seul vi­sage clair et net avec les pro­chaines crises

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