L’egypte en état d’ébul­li­tion

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine -

DEUX RÉUNIONS, l’une avec le ma­ré­chal Tan­ta­wi, chef du Conseil su­prême des forces ar­mées, l’autre avec les forces po­li­tiques. Mo­ha­mad El­ba­ra­dei, em­blème du chan­ge­ment, est ap­pe­lé par les ma­ni­fes­tants à di­ri­ger le nou­veau gou­ver­ne­ment de « sa­lut ». Tan­ta­wi lui pro­pose en re­vanche de for­mer un conseil de « conseillers » pour les mi­li­taires, ac­tuels di­ri­geants du pays. L’op­po­sant au ré­gime de Mou­ba­rak dé­cline l’offre et ré­pond né­ga­ti­ve­ment aus­si à une de­mande de vi­der la place Tah­rir. « Les jeunes ne me suivent pas, c’est moi qui les suis », au­rait-il dit au nu­mé­ro 1 du pays, d’après des sources proches.

Dans la soi­rée, l’an­cien di­rec­teur de l’agence ato­mique re­çoit des chefs de par­tis, des membres de la Coa­li­tion des jeunes du 25 jan­vier, des per­son­na­li­tés po­li­tiques et quelques jour­na­listes. Il s’en suit un com­mu­ni­qué. « Je suis prêt à re­non­cer à ma can­di­da­ture à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique pour conduire un gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal », in­dique El­ba­ra­dei dans le texte. Sur la place Tah­rir, il est dé­jà dé­si­gné comme pre­mier mi­nistre, 2 autres noms, 2 autres can­di­dats à la pré­si­den­tielle sont avan­cés pour l’as­sis­ter, Ab­del-mo­neim Aboul-fo­touh et Ham­dine Sab­ba­hi (un is­la­miste et un nas­sé­rien).

Dans le même temps, c’est un membre du CSFA, Mam­douh Cha­hine, qui passe à la té­lé. A moins de 48 heures d’un scru­tin dé­ci­sif, les pre­mières lé­gis­la­tives de­puis la chute de Mou­ba­rak, il fait des dé­cla­ra­tions « sur­pre­nantes ». En gros, se­lon lui, le nou­veau Par­le­ment « ne pour­ra pas for­mer de nou­veau gou­ver­ne­ment » et ne pour­ra pas non plus dé­po­ser une mo­tion de cen­sure contre l’ac­tuel ca­bi­net de Ka­mal Al-gan­zou­ri ! Un an­cien pre­mier mi­nistre du ré­gime de Mou­ba­rak est de re­tour à la tête de l’exé­cu­tif au grand mé­con­ten­te­ment des ma­ni­fes­tants (lire page 5). L’egypte qui vote n’est di­ri­gée par au­cun gou­ver­ne­ment. Ce­lui de Gan­zou­ri de­vrait at­tendre la fin du pre­mier tour pour être for­mé, et ce­lui de Es­sam Cha­raf sor­tant ne peut pas ac­cé­der au siège du Conseil des mi­nistres, les en­trées étant blo­quées par un sit-in des ma­ni­fes­tants qui ré­clament un trans­fert du pou­voir à une au­to­ri­té ci­vile.

En une se­maine de vio­lents af­fron­te­ments avec la po­lice, les ma­ni­fes­tants ont réus­si à dé­cro­cher un ca­len­drier plus ac­cé­lé­ré : des pré­si­den­tielles au dé­but de l’été pro­chain et non en 2013, comme l’avaient es­pé­ré les mi­li­taires. Ces der­niers sont fu­rieux contre « la rue et les mé­dias », si on en croit, les mots de Tan­ta­wi dans son pre­mier dis­cours aux Egyp­tiens. Il re­jette les « cri­tiques » for­mu­lées à l’en­contre des mi­li­taires et parlent d’une mis­sion « loin d’être fa­cile comme l’ima­ginent cer­tains », en ré­fé­rence à la ges­tion de l’egypte de l’après-mou­ba­rak. Le ma­ré­chal ne pré­sente pour­tant au­cune ex­cuse pour les morts tom­bés la se­maine der­nière sous l’op­pres­sion des forces de sé­cu­ri­té. Il se con­tente d’un simple re­gret. Il a fal­lu at­tendre un com­mu­ni­qué sur Fa­ce­book, pour que le CSFA ex­prime « ses re­grets et pré­sente ses pro­fondes ex­cuses pour la mort en mar­tyr des en­fants loyaux de l’egypte du­rant les ré­cents évé­ne­ments de la place Tah­rir ». Tan­ta­wi, lui, avait plu­tôt par­lé de « morts » et non de « mar­tyrs », de quoi rap­pe­ler le fa­meux dis­cours de Mou­ba­rak après le dé­clen­che­ment de la ré­vo­lu­tion.

Beau­coup d’autres pa­ral­lèles sont à faire entre les mots de l’an­cien pré­sident et ceux de son mi­nistre de la Dé­fense. Lors­qu’il af­firme que « les forces ar­mées ne convoitent pas le pou­voir », il peine à cal­mer la co­lère des pro­tes­ta­taires. Au contraire, il l’at­tise en af­fir­mant que le CSFA est prêt à re­tour­ner aux ca­sernes, mais suite à un ré­fé­ren­dum po­pu­laire, ou­bliant ain­si que c’est cette place Tah­rir qui conteste la ges­tion qui l’avait ap­por­té à la tête du pays et non un ré­fé­ren­dum.

Alors qu’il pro­non­çait son dis­cours, les af­fron­te­ments se sont pour­sui­vis aux abords de la place Tah­rir, mais aus­si dans d’autres villes du pays, et ont fait of­fi­ciel­le­ment 38 morts, en grande ma­jo­ri­té sur la place du Caire.

El­ba­ra­dei, can­di­dat à la pré­si­den­tielle, se dit prêt à di­ri­ger un gou­ver­ne­ment de sa­lut et re­non­cer au poste-clé du pays.

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