La confré­rie aban­donne la place

Par leur ab­sence au sein des ma­ni­fes­ta­tions, les Frères mu­sul­mans es­timent sau­ver « le sang égyp­tien ». Cer­tains ana­lystes es­timent que cette po­si­tion leur se­ra pré­ju­di­ciable.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Ra­sha Ha­na­fy

Pen­dant une se­maine, sur la place Tah­rir, les Frères mu­sul­mans ont été ab­sents. Les ma­ni­fes­tants tom­baient sous les balles et gaz la­cry­mo­gènes alors que la confré­rie et son bras po­li­tique adop­taient un dis­cours qui n’a pas convain­cu.

Ven­dre­di der­nier, une ma­ni­fes­ta­tion ap­pe­lée « Droit du mar­tyr » a eu lieu à Tah­rir. Les Frères mu­sul­mans ont alors ap­pe­lé à un ras­sem­ble­ment après la prière de­vant la mos­quée d’al-azhar en signe de sou­tien à la mos­quée d’al- Aq­sa en Pa­les­tine. Des dé­cla­ra­tions ont été faites par leur porte-pa­role, Mah­moud Ghez­lane, se­lon les­quelles il s’agis­sait d’un ap­pel de l’union mon­diale des « ou­lé­mas mu­sul­mans » pour lut­ter contre la ju­daï­sa­tion qui me­nace la ville sa­crée. Il a te­nu à pré­ci­ser que « ce ras­sem­ble­ment n’est pas contre la ma­ni­fes­ta­tion de Tah­rir. La confré­rie est sur la même lon­gueur d’onde que les ma­ni­fes­tants dans leurs re­ven­di­ca­tions, mais elle est contre les moyens uti­li­sés pour les réa­li­ser ».

Es­sam Al-eriane, une autre fi­gure du Par­ti Jus­tice et Li­ber­té, (le PJD des Frères mu­sul­mans), af­firme que la confré­rie ne par­ti­cipe pas à la grande ma­ni­fes­ta­tion de Tah­rir « pour sau­ver le sang égyp­tien et évi­ter les actes de vio­lence. Nous pen­sons qu’il s’agit d’un plan vi­sant à faire ré­gner le chaos dans le pays et à faire re­por­ter les élec­tions lé­gis­la­tives ».

Le re­port du scru­tin se­rait un trau­ma­tisme pour les Frères. Pour la pre­mière fois, ils s’es­timent proches de rem­por­ter la ma­jo­ri­té par­le­men­taire, voire de di­ri­ger le pays. Forts de leur ex­pé­rience avec Nas­ser, qui a fi­ni par les mettre sur la touche, ils ne sou­haitent pas lais­ser pas­ser leur pre­mière oc­ca­sion élec­to­rale.

A leurs yeux, un re­port des élec­tions « pour­rait me­ner à ce que les mi­li­taires res­tent plus long­temps au pou­voir », ex­plique AlE­riane, vice-pré­sident du PJD. « Puisque l’ar­mée est in­ter­ve­nue après les af­fron­te­ments entre les ma­ni­fes­tants et les forces de l’ordre et qu’elle est sou­cieuse de for­mer un nou­veau gou­ver­ne­ment, pour­quoi or­ga­ni­ser une ma­ni­fes­ta­tion ? De­man­der la dé­mis­sion im­mé­diate du Conseil Su­prême des Forces Ar­mées (CSFA) em­pêche la te­nue des élec­tions et pro­longe donc le ré­gime mi­li­taire » , a- t- il ajou­té.

Une po­si­tion ju­gée trop faible Pour cer­tains ana­lystes, la po­si­tion des Frères mu­sul­mans leur a coû­té cher. Ils ris- quent de perdre des voix lors du scru­tin. « Tous ceux qui ont vu des morts à Tah­rir et dans les grandes places dans les autres gou­ver­no­rats comme Alexan­drie, Suez et Is­maï­liya re­prochent à la confré­rie son ab­sence. Ils leur re­prochent ne pas avoir ai­dé à évi­ter les vio­lences », as­sure Amr Ha­chem Ra­bie, po­li­to­logue et di­rec­teur de l’uni­té de la trans­for­ma­tion par­le­men­taire au sein du Centre des Etudes Po­li­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’al- Ah­ram.

Se­lon lui, les Frères mu­sul­mans se­ront af­fec­tés dans la pre­mière phase des élec­tions lé­gis­la­tives, mais du­rant les 2e et 3e phases, ils pour­ront ré­cu­pé­rer leur po­pu­la­ri­té, « parce que les Egyp­tiens ou­blient » , es­ti- me-t-il. Une ana­lyse re­fu­sée par les Frères. « Avant la ma­ni­fes­ta­tion, per­sonne ne sa­vait com­bien de sièges on al­lait ga­gner. Et après le ven­dre­di 25 no­vembre, per­sonne ne le sait non plus. Je suis cer­tain que notre po­si­tion est res­pec­tée par beau­coup de monde », es­time le porte-pa­role de la confré­rie, qui qua­li­fie son ab­sence de « sage ».

Cette sa­gesse a pous­sé les Frères mu­sul­mans à s’ali­gner sur la po­si­tion des mi­li­taires. Ils n’ont pas tar­dé à ap­por­ter leur sou­tien au nou­veau pre­mier mi­nistre nom­mé par le Conseil mi­li­taire en dé­pit de la contes­ta­tion de la rue et des autres forces po­li­tiques. Fa­vo­ris de cette élec­tion — car ils sont la force la mieux or­ga­ni­sée et sont lar­ge­ment plus nom­breux que les membres de l’an­cien PND — ils font leur pos­sible pour qu’elle se tienne aux dé­lais pré­vus. Pour la confré­rie, tout re­port af­fai­bli­rait sa po­si­tion. Elle mise sur la ma­jo­ri­té si­len­cieuse de la po­pu­la­tion : ces pauvres aux­quels ils viennent en aide de­puis des dé­cen­nies grâce à leur ré­seau ca­ri­ta­tif de dis­pen­saires, d’or­phe­li­nats et de dis­tri­bu­tions de nour­ri­ture. Des pauvres qui souffrent de la dé­gra­da­tion de leurs condi­tions de vie de­puis la ré­vo­lu­tion, et dont beau­coup as­pirent à un re­tour à la sta­bi­li­té po­li­tique, seul moyen pour re­lan­cer l’éco­no­mie. C’est le ré­sul­tat de ces lé­gis­la­tives qui, à cô­té de la place Tah­rir, dé­ci­de­ra de l’ave­nir de ces is­la­mistes po­li­ti­sés. Sur Twit­ter, un mes­sage d’un Pa­les­ti­nien aux Frères : « Sau­vez d’abord la mos­quée de Omar Ma­kram à Tah­rir avant de pen­ser à Al-aq­sa ! »

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