Jour­née his­to­rique

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Ola Ham­di

FI­NIES les scènes clas­siques des élec­tions : des bus trans­por­tant les fonc­tion­naires pour vo­ter en masse pour le par­ti du pré­sident, ou des voyous payés par les hommes d’af­faires en quête d’im­mu­ni­té par­le­men­taire pour ter­ri­fier leurs concur­rents, ou en­core des forces de po­lice blo­quant les ac­cès des bu­reaux de vote à tel ou tel cou­rant op­po­sant. En ce lun­di, jour­née inau­gu­rale d’un ma­ra­thon lé­gis­la­tif « his­to­rique », l’at­mo­sphère était tout autre dans la cir­cons­crip­tion de Qasr Al-nil qui com­prend une di­zaine de quar­tiers cai­rotes où 171 can­di­dats et 10 listes de par­tis po­li­tiques sont en lice.

Ecole se­con­daire d’al-ibra­hi­miya dans le quar­tier de Qasr Al-nil : « C’est un bu­reau de vote ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lin. Les élec­teurs, dont les pre­miers ve­nus fai­saient dé­jà la queue de­puis le pe­tit ma­tin, conti­nuent à af­fluer en grand nombre. Une heure après l’ou­ver­ture du bu­reau, nous avions dé­jà ac­cueilli plus de 300 élec­teurs, dont la plu­part des per­sonnes sont âgées », af­firme le juge qui contrôle le bu­reau, re­fu­sant de dé­cli­ner son nom.

Kha­led Mah­moud, à la re­traite, exerce son droit de vote pour la pre­mière fois de sa vie : « Nos voix ont fi­na­le­ment une va­leur. Cette fois-ci, il n’y au­ra pas de place pour la fraude », dit-il sur un ton en­thou­siaste. Il ajoute qu’il a ap­pe­lé tous ses amis pour les en­cou­ra­ger à al­ler vo­ter et « vivre ce jour his­to­rique de l’egypte ». « J’ai dé­ci­dé de don­ner ma voix aux can­di­dats et for­ma­tions po­li­tiques les plus jeunes, ce sont eux l’ave­nir et l’es­poir du pays », af­firme-t-il.

Et Ta­req Ché­rif, in­for­ma­ti­cien, 26 ans, dit avoir une dif­fi­cul­té à choi­sir par­mi les can­di­dats et les listes. « La cam­pagne élec­to­rale n’a pas réus­si à nous pré­sen­ter des pro­grammes sé­pa­rés ou des can­di­dats qui sortent du lot », se plaint-il. Lui aus­si, il pense op­ter pour la jeune coa­li­tion « la Ré­vo­lu­tion conti­nue ».

Un autre in­dé­cis, Amr Is­maïl Ram­zi, réa­li­sa­teur, 29 ans, a chan­gé son avis ce ma­tin même. « Au dé­but, j’ai pen­sé à boy­cot­ter les élec­tions à cause des évé­ne­ments qui ont eu lieu à la place Tah­rir. Mais fi­na­le­ment, j’ai dé­ci­dé d’al­ler vo­ter pour l’ac­ti­viste Ga­mi­la Is­maïl. C’est mieux que de lais­ser le champ libre aux is­la­mistes », dit-il. Comment il a ré­sout son di­lemme ? « Ces élec­tions peuvent être une pre­mière étape pour don­ner le pou­voir à une ins­tance dé­mo­cra­ti­que­ment élue, si ce­la se réa­lise, les mar­tyrs n’au­ront pas per­du leur vie pour rien », ex­plique Ram­zi.

Nous nous dé­pla­çons vers le bu­reau de vote des femmes. De­vant l’école de Qasr Al-dou­ba­ra, dans la rue Qasr AlAï­ni, au centre du Caire, une longue file d’at­tente de femmes de tous âges dé­borde jusque dans la rue. Les pe­tites dis­cus­sions vont bon train, his­toire de trom­per l’en­nui. Dé­jà, cer­taines élec­trices dis­cutent des prio­ri­tés éco­no­miques, po­li­tiques et so­ciales du fu­tur par­le­ment. Soad Mo­ha­mad, 50 ans, femme au foyer, va vo­ter Frères mu­sul­mans dans l’es­poir qu’ils s’in­té­res­se­ront aux dos­siers du chô­mage et de la ré­forme du sys­tème édu­ca­tif. Un choix qui pro­voque l’hu­mour d’une autre femme : « Dé­jà hommes et femmes sont sé­pa­rés dans les bu­reaux de vote, vous ima­gi­nez la si­tua­tion si les Frères viennent nous gou­ver­ner ? ».

Dans le quar­tier po­pu­laire d’ab­dine, une grande par­tie des élec­teurs disent avoir ré­pon­du à l’ap­pel de crainte de de­voir payer l’amende de 500 L.E. im­po­sée par le gou­ver­ne­ment aux élec­teurs qui s’abs­tiennent de vo­ter. Ici, la pré­sence sé­cu­ri­taire et mi­li­taire est beau­coup plus vi­sible. Les par­ti­sans du par­ti des Frères mu­sul­mans oc­cupent un ca­fé juste en face du bu­reau de vote de l’école pri­maire Al-weh­da AlA­ra­biya. Ils se pro­posent pour ai­der les élec­teurs per­dus dans les dé­marches à suivre. Et ils ont du pain sur la planche. At­tiya Ka­ram, une femme âgée, vient de dé­bar­quer, vi­si­ble­ment elle ignore tout des can­di­dats et des par­tis pour qui elle est cen­sée vo­ter, of­frant du coup une belle oc­ca­sion aux gens du ca­fé pour lui pro­po­ser les can­di­dats du Li­ber­té et Jus­tice. Ici, la queue bouge un peu trop len­te­ment, le juge res­pon­sable du bu­reau l’ex­plique par le fait que le cas de Mme Ka­ram est loin d’être unique, « beau­coup sont ve­nus sans trop sa­voir de quoi il s’agit », confie-t-il tou­jours sous le cou­vert de l’ano­ny­mat.

C’est presque la même si­tua­tion à Ez­be­kiya, un autre quar­tier po­pu­laire. Mal­gré l’ab­sence des hommes de main qui mar­quaient ce genre d’évé­ne­ments, Yous­sef Rizq, se­cré­taire, 30 ans, n’est tou­jours pas ras­su­ré. « Main­te­nant que les élec­tions sont éta­lées sur deux jours, il faut que des élec­teurs s’or­ga­nisent pour mon­ter la garde de­vant les bu­reaux de vote pen­dant la nuit pour veiller aux urnes, sur­tout que la po­lice s’est re­ti­rée de­puis la ré­vo­lu­tion », ap­pelle-t-il tra­his­sant un hé­ri­tage de sus­pi­cion bien an­cré

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