La fier­té des femmes

A l’école Tah­rir si­tuée dans la cir­cons­crip­tion d’hé­lio­po­lis, pour la ma­jo­ri­té des femmes, c’est pour la pre­mière fois qu’elles mettent les pieds dans un bu­reau de vote. Re­por­tage.

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Da­lia Ab­del-sa­lam

LUN­DI 28 no­vembre 2011 à 8h15, 15 mi­nutes après l’ou­ver­ture du bu­reau de vote, la queue était de 400 mètres de lon­gueur. Les Egyp­tiennes sont sor­ties en masse pour vo­ter pour la pre­mière fois de leur vie pour la plu­part dans ce bu­reau d’hé­lio­po­lis.

Les forces de po­lice et de l’ar­mée étaient bien là, ins­pi­rant confiance à celles qui crai­gnaient pour leur sé­cu­ri­té per­son­nelle. Une di­rec­trice d’école se ré­jouit de vivre cette ex­pé­rience de vote pour la pre­mière fois. « Les ré­sul­tats de toutes les élec­tions pré­cé­dentes étaient connus d’avance. Le vote n’avait donc au­cun sens », af­firme-t-elle.

Au­jourd’hui, ce n’est plus le cas. La voix d’ama­ni Tew­fiq, em­ployée au Conseil Su­prême des An­ti­qui­tés, ira pour le cou­rant li­bé­ral « pour lui ga­ran­tir une re­pré­sen­ta­tion au par­le­ment aus­si forte que le poids pré­su­mé du cou­rant is­la­miste ».

Tout près d’elle, Chaï­maa Mo­ha­mad, pharmacienne en ni­qab, at­tend son tour. Elle se dit prête à mon­trer son vi­sage à l’in­té­rieur du bu­reau de vote pour que l’on s’as­sure de son iden­ti­té. « Je n’ai ja­mais sui­vi aveu­glé­ment les frères mu­sul­mans ou les sa­la­fistes. Je lis beau­coup, je surfe sur le net et j’ai un compte Fa­ce­book », dit-elle comme pour conju­rer un pré­ju­gé qu’elle res­sent.

Di­na Ha­la­wa qui tra­vaille dans une com­pa­gnie mul­ti­na­tio­nale, est pré­oc­cu­pée par un autre su­jet. Le sys­tème uni­no­mi­nal qui dé­cide du tiers du Par­le­ment lui per­met de choi­sir 2 can­di­dats, un par­mi les agri­cul­teurs et les ou­vriers, et un par­mi les can­di­dats d’autres pro­fes­sions. Mais elle a dé­ci­dé de vo­ter pour deux can­di­dats ap­par­te­nant à cette der­nière ca­té­go­rie parce que « le nombre d’ou­vriers dans la cir­cons­crip­tion d’hé­lio­po­lis est trop in­fé­rieur par rap­port au nombre des pro­fes­sion­nels et que, de toute fa­çon, la loi ga­ran­tit aux ou­vriers un mi­ni­mum de 50 % de sièges ». Ra­cha Al-khou­ly, in­gé­nieure, a dé­ci­dé, de vo­ter pour un can­di­dat de chaque ca­té­go­rie pour « évi­ter de don­ner sa voix à un can­di­dat qui n’en a pas be­soin ».

Iman Gho­neim, avo­cate et membre du par­ti du ca­na­pé (nou­velle ex­pres­sion uti­li­sée pour iro­ni­ser sur les Egyp­tiens po­li­ti­que­ment pas­sifs), re­grette quant à elle la sup­pres­sion du quo­ta des femmes qui leur a ga­ran­ti 64 sièges au der­nier par­le­ment. « Pour­quoi on an­nule le quo­ta des femmes et non ce­lui des pay­sans et ou­vriers ? Pour­tant, ce sont les femmes qui risquent de perdre leur re­pré­sen­ta­tion au Par­le­ment », dé­nonce-t-elle. Sa voi­sine, Iman Akef, n’est pas tout à fait d’ac­cord : « A mon avis, s’il existe par­mi les can­di­dats des femmes qui mé­ritent de ga­gner, elles y par­vien­dront sans quo­ta ».

Dans le tu­multe des jeux d’équi­li­brisme di­cho­to­miques qui op­posent jeunes et vieux, is­la­mistes et li­bé­raux, ou­vriers et pro­fes­sion­nels, il pa­rait que beau­coup d’églises ont dé­ci­dé d’ai­der leurs fi­dèles à choi­sir leurs can­di­dats en leur pro­po­sant des listes toutes faites. « Mais ce ne sont que des pro­po­si­tions », af­firment des re­li­gieuses ca­tho­liques de l’école Notre-dame qui at­ten­daient cal­me­ment leur tour. « Tout ce que l’église a fait c’est de nous sen­si­bi­li­ser pour que nous soyons ca­pables de choi­sir les can­di­dats qui puissent ai­der l’egypte à tra­ver­ser cette phase tran­si­toire avec moins de dé­gâts », af­firme l’une d’elles

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