Les is­la­mistes raflent 25 % des sièges

Le par­ti de la Jus­tice et du Dé­ve­lop­pe­ment est le grand vain­queur des der­nières lé­gis­la­tives. Il sou­haite for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion par­ta­gé entre res­pect de la mo­nar­chie et vo­lon­té de ré­forme.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - M. S.

POUR la pre­mière fois de l’his­toire du royaume ché­ri­fien, les is­la­mistes mo­dé­rés ar­rivent en tête des lé­gis­la­tives. Ils se disent prêts à for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion. « Nous sommes dis­po­sés à en­ta­mer des concer­ta­tions avec les autres par­tis » , a dé­cla­ré Ab­de­li­lah Ben­ki­rane, di­ri­geant du Par­ti de la Jus­tice et du Dé­ve­lop­pe­ment ( PJD), une for­ma­tion qui se veut à « ré­fé­rence is­la­mique » et « mo­nar­chiste ».

Les is­la­mistes de ce par­ti ont rem­por­té 107 sièges sur 395. Le par­ti Is­ti­q­lal ( in­dé­pen­dance) de l’ac­tuel pre­mier mi­nistre Ab­bas El Fas­si ob­tient 60 sièges, sui­vi par le Ras­sem­ble­ment Na­tio­nal des In­dé­pen­dants ( RNI) du mi­nistre de l’economie et des Fi­nances, Sa­la­hed­dine Me­zouar, avec 52 sièges.

Com­men­tant ces ré­sul­tats, Ab­de­li­lah Ben­ki­rane a an­non­cé qu’il s’agis­sait « d’une vic­toire franche. Mais on a be­soin d’al­liances pour tra­vailler en­semble. Notre ob­jec­tif est d’as­su­rer la sta­bi­li­té du pays, tout en re­ven­di­quant des ré­formes avec fer­me­té ».

Le scru­tin a connu une forte par­ti­ci­pa­tion, avec un taux de 45,4 %, contre 37 % en 2007, se­lon les chiffres of­fi­ciels. Cette par­ti­ci­pa­tion en hausse a été un fac­teur dé­ter­mi­nant dans le suc­cès du PJD grâce à une mo­bi­li­sa­tion de ses sym­pa­thi­sants dans les centres ur­bains du pays où il est le mieux im­plan­té.

En ré­ac­tion à ces ré­sul­tats, quelques mil­liers de ma­ni­fes­tants ont dé­fi­lé di­manche der­nier dans plu­sieurs villes du Royaume pour contes­ter les chiffres of­fi­ciels. Cette dé­mons­tra­tion ré­pon­dait à l’ap­pel du Mou­ve­ment du 20 fé­vrier. Ce der­nier est com­po­sé de ra­di­caux is­la­mistes et de gauche ain­si que d’étu­diants. Cette mou­vance ma­ni­feste ré­gu­liè­re­ment chaque di­manche pour ré­cla­mer plus de dé­mo­cra­tie, des ré­formes po­li­tiques et dé­non­cer la cor­rup­tion.

Avec trois pe­tits par­tis de gauche, le mou­ve­ment des jeunes contes­ta­taires du 20 fé­vrier et l’as­so­cia­tion is­la­miste ra­di­cale Adl wal ih­sane ( jus­tice et bien­fai­sance, non re­con­nue) avaient ap­pe­lé les Ma­ro­cains à boy­cot­ter ce scru­tin. Ce suc­cès des is­la­mistes mo­dé­rés in­ter­vient cinq mois après une ré­forme consti­tu­tion­nelle dé­ci­dée par le roi Mo­ha­med VI qui sti­pule que le chef du gou­ver­ne­ment est choi­si au sein du par­ti ar­ri­vé en tête des élec­tions.

Une fois les ré­sul­tats dé­fi­ni­tifs an­non­cés, Ben­ki­rane, 57 ans, a ré­ité­ré son al­lé­geance au roi Mo­ha­med VI. « Le roi est le chef de l’etat et au­cune dé­ci­sion im­por­tante ne peut être prise en Conseil des mi­nistres sans la vo­lon­té du roi. Les Ma­ro­cains in­sistent pour gar­der leur mo­nar­chie, mais ils veulent qu’elle évo­lue avec eux » , a- t- il com­men­té.

Sauf sur­prise, Ab­de­li­lah Ben­ki­rane de­vrait être dé­si­gné dans les pro­chains jours par le sou­ve­rain pour for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion, comme le veulent les usages po­li­tiques. De fait, le pro­chain gou­ver­ne­ment de­vra né­ces­sai­re­ment com­po­ser avec le pa­lais qui conserve de larges pré­ro­ga­tives.

Fort de ce score his­to­rique, le PJD a an­non­cé qu’il était prêt à ou­vrir des trac­ta­tions avec d’autres for­ma­tions pour for­mer un gou­ver­ne­ment. Plu­sieurs par­tis de l’ac­tuel gou­ver­ne­ment se sont dé­cla­rés prêts à par­ti­ci­per aux concer­ta­tions : l’is­ti­q­lal et l’union So­cia­liste des Forces Po­pu­laires ( USFP), le RNI et le Par­ti Au­then­ti­ci­té et Mo­der­ni­té ( PAM), deux for­ma­tions li­bé­rales proches du pa­lais royal et membres de l’ac­tuelle coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale.

Plus de 30 par­tis — re­pré­sen­tés par 7 100 can­di­dats — ont par­ti­ci­pé aux lé­gis­la­tives pour dé­si­gner les 395 dé­pu­tés du Par­le­ment. Le vote était su­per­vi­sé par 4 000 ob­ser­va­teurs ma­ro­cains et étran­gers dont une dé­lé­ga­tion du Conseil de l’eu­rope.

Ben­ki­rane a as­su­ré que l’es­sen­tiel de son pro­gramme au­ra deux axes : la dé­mo­cra­tie et la bonne gou­ver­nance. Un avis par­ta­gé par plu­sieurs res­pon­sables de ce par­ti. Se­lon le chef du groupe par­le­men­taire du PJD, Lah­cen Daou­di, le pro­chain gou­ver­ne­ment se­ra tou­te­fois confron­té à un cli­mat so­cial ten­du, avec un taux de chô­mage su­pé­rieur à 30 % chez les jeunes.

Es­sayant d’ob­te­nir une place dans le nou­veau gou­ver­ne­ment, le mi­nistre Ala­mi, en charge de la mo­der­ni­sa­tion des sec­teurs pu­blics dans le gou­ver­ne­ment ac­tuel, a « fé­li­ci­té le PJD après cette opé­ra­tion élec­to­rale, celle- ci étant une vic­toire de la dé­mo­cra­tie dans notre pays ».

Pour sa part, le pre­mier se­cré­taire de L’USFP, Ab­del- Wa­hed Al- Ra­di, a dé­cla­ré que le « dia­logue et la concer­ta­tion sont ou­verts ». Ce­pen­dant, le PJD a re­fu­sé la par­ti­ci­pa­tion d’un par­ti en rai­son d’an­ciennes di­ver­gences. « Nous sommes prêts à me­ner des concer­ta­tions avec tous les par­tis, sauf avec le PAM » , a dé­cla­ré Ben­ki­rane. Ce par­ti est consi­dé­ré comme la bête noire du PJD.

Par cette vic­toire, le Ma­roc de­vient le troi­sième pays mu­sul­man du bas­sin mé­di­ter­ra­néen à être di­ri­gé par un par­ti is­la­miste, avec la Tur­quie et la Tu­ni­sie

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