Is­la­ma­bad hausse le ton

Al Ahram Hebdo - - Monde - Ma­ha Al-cher­bi­ni

Ltés d’is­la­ma­bad.

Le vrai pa­ra­doxe est que cette ba­vure de l’otan sur­vient au len­de­main des né­go­cia­tions entre le chef de l’ar­mée pa­kis­ta­naise, le gé­né­ral Kaya­ni, et John Al­len, chef des forces de l’otan en Af­gha­nis­tan, qui se sont réunis ven­dre­di pour co­or­don­ner leurs ef­forts et trou­ver une so­lu­tion au pro­blème des drones qui tombent dru sur le Pa­kis­tan.

En re­pré­sailles, le gou­ver­ne­ment pa­kis­ta­nais a or­don­né le blo­cage des con­vois de ra­vi­taille­ment de l’otan en Af­gha­nis­tan tran­si­tant sur son ter­ri­toire, an­non­çant avoir blo­qué le Khy­ber pass aux troupes de l’otan, ES re­la­tions entre le Pa­kis­tan et ses al­liés oc­ci­den­taux, sur­tout Wa­shing­ton, se sont à nou­veau dé­gra­dées après le der­nier raid de l’otan — le plus meur­trier de­puis 2001 — qui a tué sa­me­di 28 sol­dats pa­kis­ta­nais et bles­sé 11 autres. Les hé­li­co­ptères de l’otan avaient bom­bar­dé un poste mi­li­taire pa­kis­ta­nais dans le nord-ouest du pays près de la fron­tière af­ghane pour li­qui­der les Ta­li­ban ca­chés dans cette ré­gion. Une at­taque qua­li­fiée d’« aveugle » et de « vio­la­tion à la sou­ve­rai­ne­té pa­kis­ta­naise » par les au­to­ri- qui est une route vi­tale pour l’ap­pro­vi­sion­ne­ment des sol­dats de l’otan en Af­gha­nis­tan. Fu­rieux, le pre­mier mi­nistre pa­kis­ta­nais, You­suf Ra­za Gi­la­ni, a pro­tes­té au­près de l’otan et des Etats-unis, qui di­rigent la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale en Af­gha­nis­tan, et in­ter­rom­pu son week-end pour re­ve­nir à Is­la­ma­bad s’en­tre­te­nir avec le pré­sident Asif Ali Zar­da­ri et les di­ri­geants de l’ar­mée dé­noncent une at­taque « dé­li­bé­rée ».

Haus­sant le ton contre son al­lié, Is­la­ma­bad me­nace de re­con­si­dé­rer ses re­la­tions et ses ac­cords avec Wa­shing­ton et l’otan, no­tam­ment dans les do­maines di­plo­ma­tique, mi­li­taire et du ren­sei­gne­ment. A l’is­sue d’une réunion ex­tra­or­di­naire de ses prin­ci­paux res­pon­sables, le gou­ver­ne­ment pa­kis­ta­nais a, par ailleurs, or­don­né aux Amé­ri­cains de se re­ti­rer dans les 15 jours de la base aé­rienne de Sham­si, si­tuée dans le sud-ouest du Pa­kis­tan, et a fer­mé toutes les voies d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de l’otan en Af­gha­nis­tan. Le Pa­kis­tan a plu­sieurs fois dé­non­cé, ces der­nières an­nées, des vio­la­tions de son es­pace aé­rien par l’isaf. La der­nière crise re­monte à sep­tembre der­nier, quand Is­la­ma­bad avait ac­cu­sé la force d’avoir tué trois sol­dats pa­kis­ta­nais. Is­la­ma­bad avait alors dé­jà or­don­né le blo­cage des ca­mions de ra­vi­taille­ment de l’otan. Fer­mée pen­dant près de deux se­maines, la fron­tière leur avait été rou­verte après que les Etats-unis se sont for­mel­le­ment ex­cu­sés.

En fait, une grande par­tie du ra­vi­taille­ment de l’otan en Af­gha­nis­tan est ache­mi­née par ba­teau à Ka­ra­chi (sud), prin­ci­pal port du Pa­kis­tan, puis par la route jus­qu’en Af­gha­nis­tan via Peshawar et la passe de Khy­ber ou via Quet­ta et la ville fron­tière de Cha­man (sud-ouest).

Ten­ta­tives d’apai­se­ment Dans une ten­ta­tive de conte­nir la crise pour ne pas perdre un al­lié de poids, les forces de l’otan et les EtatsU­nis ont pro­mis de me­ner une en­quête ap­pro­fon­die sur l’at­taque, la plus meur­trière ja­mais su­bie par l’ar­mée pa­kis­ta­naise de la part de l’otan qui re­proche tou­jours à l’ar­mée pa­kis­ta­naise de lais­ser les Ta­li­bans af­ghans se ré­fu­gier au Pa­kis­tan. L’am­bas­sa­deur amé­ri­cain à Is­la­ma­bad, Cameron Mun­ter, est re­ve­nu en ur­gence à Is­la­ma­bad alors qu’il était en vi­site à La­hore, dans l’est du pays, pour ren­con­trer des re­pré­sen­tants du mi­nis­tère des Af­faires étran­gères pour pré­sen­ter ses ex­cuses. Sou­li­gnant l’im­por­tance des liens avec le Pa­kis­tan, le se­cré­taire amé­ri­cain à la Dé­fense, Leon Pa­net­ta, et la se­cré­taire d’etat, Hilla­ry Clin­ton, ont pré­sen­té leurs « pro­fondes con­do­léances », en pré­ci­sant sou­te­nir « l’in­ten­tion de l’otan de lan­cer une en­quête im­mé­diate » sur l’at­taque.

Quant au com­man­dant de l’isaf, le gé­né­ral John R. Al­len, il a pré­sen­té ses con­do­léances aux fa­milles des vic­times tuées ou bles­sées dans l’ac­ci­dent. Se­lon la ver­sion de l’isaf, le bom­bar­de­ment a eu lieu après que des hé­li­co­ptères ar­més eurent été aver­tis par des sol­dats pa­kis­ta­nais de l’im­mi­nence d’une at­taque des Ta­li­bans.

Ce bom­bar­de­ment risque de tendre da­van­tage les re­la­tions entre les EtatsU­nis et le Pa­kis­tan, en prin­cipe al­liés de­puis 2001 dans la guerre contre le ter­ro­risme. Cette ba­vure de l’otan illustre aus­si l’ab­sence de co­or­di­na­tion entre Wa­shing­ton et Is­la­ma­bad dans la lutte contre l’in­sur­rec­tion. En fait, les re­la­tions entre les deux al­liés se sont en par­ti­cu­lier dé­té­rio­rées après le raid des forces spé­ciales amé­ri­caines en mai der­nier au cours du­quel Os­sa­ma bin La­den a été tué

De grandes ma­ni­fes­ta­tions ont dé­fer­lé dans les rues du Pa­kis­tan, dé­non­çant le raid de l’otan.

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