De quel sa­lut na­tio­nal par­lons-nous ?

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Mo­ha­med Sal­mawy

LES DIS­COURS se sont mul­ti­pliés ces der­niers jours, de­puis la ma­ni­fes­ta­tion mil­lion­naire du ven­dre­di 25 no­vembre qui a abou­ti à la dé­mis­sion du pre­mier mi­nistre, Es­sam Cha­raf, sur le be­soin du pays à convo­quer un gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal, sur­tout à ce stade cri­tique. Mais per­sonne ne s’est sou­cié de pré­ci­ser la si­gni­fi­ca­tion de ce sa­lut na­tio­nal tel­le­ment re­quis. Voire même les sug­ges­tions, les vi­sions sur le­dit gou­ver­ne­ment et ses pré­ro­ga­tives ont di­ver­gé.

Nous avons en­ten­du que cer­taines per­son­na­li­tés à qui on a pro­po­sé le gou­ver­ne­ment ont re­ven­di­qué des pré­ro­ga­tives dont elles n’ont pas dé­voi­lé les li­mites. Nous avons éga­le­ment en­ten­du que le Conseil mi­li­taire a re­je­té de telles pré­ro­ga­tives pour cer­taines per­sonnes, alors qu’il les a ap­prou­vées pour d’autres. Ka­mal Al-gan­zou­ri, qui a été en­fin ap­pe­lé à for­mer le gou­ver­ne­ment, a an­non­cé qu’il avait ob­te­nu des pré­ro­ga­tives dé­pas­sant celles de n’im­porte quel autre gou­ver­ne­ment tout au long des 60 der­nières an­nées. Bien que nous ne sa­vions pas à juste titre de quels pou­voirs il s’agit. On se de­mande, puisque le Conseil mi­li­taire a au­to­ri­sé ces pou­voirs ja­mais connus de­puis 60 ans, pour­quoi cer­taines per­son­na­li­tés, à qui le Conseil a pro­po­sé cette mis­sion, l’ont re­fu­sée ?

Puis­qu’on ne sait rien à ce pro­pos, fo­ca­li­sons plu­tôt sur ce que nous sa­vons. Le gou­ver­ne­ment qu’on ap­pelle à for­mer à cette étape, qui donne la prio­ri­té au pro­ces­sus élec­to­ral, ne peut en au­cun cas être le même gou­ver­ne­ment qui ré­sou­dra les pro­blèmes éco­no­miques de l’egypte, ou bien ceux se rap­por­tant à l’édu­ca­tion, à la san­té ou aux zones in­for­melles. Comment ce gou­ver­ne­ment va-t-il mettre en place les pro­grammes et les po­li­tiques sus­cep­tibles de ré­soudre ces pro­blèmes tant qu’il ne sait pas s’il conti­nue­ra ou non après les élec­tions ? Pro­ba­ble­ment, vu la na­ture des choses, il ne conti­nue­ra pas.

A l’heure ac­tuelle, il nous faut un gou­ver­ne­ment d’élec­tions, c’est-à-dire un gou­ver­ne­ment ayant pour mis­sion es­sen­tielle d’ef­fec­tuer des élec­tions lé­gis­la­tives avec ses deux vo­lets (As­sem­blée du peuple et Conseil consul­ta­tif), et plus tard, les élec­tions pré­si­den­tielles ain­si que le ré­fé­ren­dum qui se­ra ef­fec­tué sur la nou­velle Consti­tu­tion pré­vue après les élec­tions.

Telle doit être la mis­sion du pro­chain gou­ver­ne­ment et rien d’autre dans les mois qui viennent. Par­ler au­tre­ment se­rait brouiller les cartes. Le gou­ver­ne­ment qui doit trai­ter avec le reste des dos­siers est ce­lui qui vien­dra après les élec­tions et non pas ce­lui qui les ef­fec­tue­ra. Il n’y a d’ailleurs au­cun in­con­vé­nient de don­ner l’ap­pel­la­tion de gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal à n’im­porte le­quel des deux. Mais à con­di­tion que nous dé­ter­mi­nions à cha­cun d’eux la mis­sion que lui dictent les don­nées po­li­tiques et tem­po­relles en­tou­rant sa for­ma­tion.

En di­sant que le nou­veau gou­ver­ne­ment a pour mis­sion es­sen­tielle d’ef­fec­tuer les élec­tions et non pas la ré­so­lu­tion des pro- blèmes d’un pays ac­cu­mu­lés tout au long de 30 ans, ce­la ne di­mi­nue en rien son im­por­tance, mais c’est plu­tôt le contraire, il lui ac­corde un plus grand poids. Le pro­ces­sus élec­to­ral, de­puis les lé­gis­la­tives, en pas­sant par le ré­fé­ren­dum sur la Consti­tu­tion jus­qu’aux pré­si­den­tielles, est la base es­sen­tielle qui por­te­ra l’édi­fice du nou­veau ré­gime dé­mo­cra­tique, cette as­pi­ra­tion qui était à l’ori­gine de l’écla­te­ment de la ré­vo­lu­tion.

Si nous par­lons main­te­nant d’un gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal, doit-il sau­ver la pa­trie sous les cir­cons­tances ac­tuelles plu­tôt que de ga­ran­tir l’ac­com­plis­se­ment du pre­mier pas dans l’opé­ra­tion de la cons­truc­tion de l’édi­fice dé­mo­cra­tique ?

Avons-nous be­soin main­te­nant et jus­qu’à l’abou­tis­se­ment du pro­ces­sus dé­mo­cra­tique d’un gou­ver­ne­ment qui ré­for­me­rait le sys­tème édu­ca­tif ou qui pal­lie­rait le dé­fi­cit bud­gé­taire, ou bien qui trai­te­rait avec le pro­blème de la pol­lu­tion de l’en­vi­ron­ne­ment ou de la pla­ni­fi­ca­tion ur­baine ? Le vrai sa­lut à l’heure ac­tuelle se­rait de faire abou­tir les élec­tions et le ré­fé­ren­dum sur la Consti­tu­tion. En­suite, il se­ra pos­sible l’ac­ces­sion d’un gou­ver­ne­ment qui ins­tau­re­rait les pro­grammes re­la­tifs aux dif­fé­rents dos­siers de­puis l’édu­ca­tion, jus­qu’à l’éco­no­mie, la san­té et le lo­ge­ment.

Les re­quêtes et les sug­ges­tions des voix qui se sont éle­vées les der­niers jours se sont di­ver­si­fiées. D’au­cuns re­ven­di­que­raient la for­ma­tion d’un nou­veau conseil pré­si­den­tiel qui se­ra une nou­velle en­ti­té à ajou­ter à celles exis­tant dé­jà. Alors que d’autres ap­pellent à ac­cor­der au gou­ver­ne­ment des pré­ro­ga­tives al­lant au-de­là des pré­ro­ga­tives na­tu­relles qui étaient le lot des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs au temps de la pré­si­dence de la Ré­pu­blique qui a été trans­mise au Conseil mi­li­taire. Un troi­sième camp re­ven­dique un gou­ver­ne­ment re­pré­sen­tant toutes les ca­té­go­ries et mou­ve­ments po­li­tiques sans dis­cri­mi­na­tion au­cune. Je ne vois pas comment un seul gou­ver­ne­ment pour­rait ras­sem­bler toutes les ca­té­go­ries et tous les mou­ve­ments po­li­tiques qui se sont ac­crus ré­cem­ment, à tel point qu’il est de­ve­nu im­pos­sible pour n’im­porte quel gou­ver­ne­ment, avec ses 30 sièges, de réunir toutes les cou­leurs de l’ac­tuel arc-en­ciel po­li­tique.

Sans doute, tous ces avis, avec les dif­fé­rences qui existent entre eux, s’ima­ginent qu’un tel gou­ver­ne­ment « ima­gi­naire » re­pré­sente un vé­ri­table sa­lut pour la pa­trie. D’autres avis ap­pellent à une an­nu­la­tion to­tale des élec­tions et une pro­ro­ga­tion de la pé­riode tran­si­toire pour une autre an­née, après que le Conseil mi­li­taire a ap­prou­vé der­niè­re­ment de mettre un terme à la pé­riode tran­si­toire et re­mettre le pou­voir à une au­to­ri­té ci­vile élue d’ici 1er juillet. Les te­nants de cet avis voient sans doute que dans l’an­nu­la­tion ou le re­port du pro­ces­sus dé­mo­cra­tique ré­side le sa­lut de la na­tion. Au­cun gou­ver­ne­ment n’est en me­sure de réa­li­ser toutes ces sug­ges­tions, sur­tout si sa du­rée de vie ex­pi­re­ra dans les quelques mois qui viennent. Nous de­vons consen­tir à al­ler de l’avant en ef­fec­tuant les élec­tions qui nous trans­fé­re­raient à une nou­velle étape qui a beau­coup tar­dé. Si ce nou­veau gou­ver­ne­ment ac­com­plit cette mis­sion his­to­rique avec suc­cès, il au­ra sau­vé ef­fec­ti­ve­ment le pays des dan­gers qui le guettent et l’au­ra éga­le­ment sau­vé de ces sug­ges­tions contra­dic­toires qui cir­culent de­puis la ma­ni­fes­ta­tion mil­lion­naire du 18 no­vembre

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