Sor­tir de la crise est-il un rêve ?

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

Une vio­lence dé­so­lante, celle qui s’est pas­sée place Tah­rir, le haut lieu de la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. Des scènes hor­ribles. Les té­moins ocu­laires sont sous le choc comme tous les Egyp­tiens qui ont une conscience na­tio­nale. Et sans le moindre doute, ils font as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té aux po­li­ciers de la bri­gade an­ti-émeutes. Ils ont char­gé quelques cen­taines de per­sonnes, sa­me­di, qui étaient res­tées sur la place en guise de sit-in après la fin du « Ven­dre­di de la der­nière chance » avec une vio­lence in­ouïe pro­vo­quant le re­tour des ma­ni­fes­tants. Et tout d’un coup, on a vu une crise s’amor­cer dont on ne sait pas quand elle pour­ra se ter­mi­ner. La place Tah­rir est de­ve­nue un lieu de contes­ta­tion per­ma­nent des au­to­ri­tés mi­li­taires et du gou­ver­ne­ment. Il y a eu une fois de plus un manque de confiance dans les des­seins des au­to­ri­tés en place. Vont-ils vrai­ment re­mettre le pou­voir aux ci­vils et dans quelles condi­tions ? La dé­si­gna­tion de Ka­mal Al-gan­zou­ri comme chef d’un gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal a élar­gi le fos­sé entre ré­vo­lu­tion­naires et Conseil mi­li­taire. L’in­sé­cu­ri­té règne et des élé­ments « in­trus » sont poin­tés du doigt. Ce­la fait long­temps qu’on parle de ces élé­ments sans pou­voir les iden­ti­fier. De toute fa­çon, ce qui compte c’est qu’il y a eu un ex­cès d’usage de la force et qu’une vraie épu­ra­tion est à faire pour re­trou­ver une po­lice qui pro­tège les ci­toyens et leur bien. D’autre part, on peut re­mar­quer une res­sem­blance entre cette pé­riode de tran­si­tion et celle de la Rou­ma­nie. Ain­si, un ex­pert fran­çais, Jé­rôme Heur­teau, lors d’un ré­cent congrès à Nice sur la vio­lence dans les cas d’émeutes, a fait une ana­lyse de la vio­lence en Rou­ma­nie, sur la pé­riode de la tran­si­tion qui ouvre des op­por­tu­ni­tés fa­vo­rables à cer­tains groupes po­li­tiques ou so­ciaux dans leur conquête du pou­voir ou leur vo­lon­té de se main­te­nir au pou­voir. Pour lui, l’uti­li­sa­tion par le pou­voir po­li­tique des mi­neurs rou­mains, très bien or­ga­ni­sés et en­ca­drés par des struc­tures syn­di­cales proches de l’an­cien ré­gime, va don­ner lieu à des ma­ni­fes­ta­tions très vio­lentes en fa­veur du pou­voir post-com­mu­niste di­ri­gé dans les an­nées 1990 par Ion Ilies­cu. En 1990, 1991 et 1999, les ma­ni­fes­ta­tions de mi­neurs met­tront un terme aux pro­tes­ta­tions de l’op­po­si­tion de­vant l’in­ac­tion ré­for­ma­trice du gou­ver­ne­ment post-com­mu­niste à l’époque do­mi­né par d’an­ciens res­pon­sables com­mu­nistes. L’ac­ti­visme des mi­neurs de­vien­dra une forme de ré­gu­la­tion par la vio­lence des op­po­si­tions. Ce­la res­semble bien à l’ac­tion des ca­ciques de l’an­cien ré­gime qui ont re­cours aux bal­ta­guis pour se main­te­nir après la chute de l’an­cien dic­ta­teur. Sor­tir de la crise en Egypte est-il de­ve­nu un rêve ?

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