S’im­pli­quer ou res­ter libre ?

Al Ahram Hebdo - - Idées - Ra­sha Ha­na­fy et Al­ban de Mé­non­ville

Quelques mois après l’ap­pel du pré­sident de l’union des écri­vains égyp­tiens, Mo­ha­med Sal­mawy, de­man­dant aux écri­vains d’adhé­rer aux nou­veaux par­tis po­li­tiques, les in­tel­lec­tuels res­tent di­vi­sés. Sal­mawy, lui-même membre du par­ti Les Egyp­tiens libres, « ne sait pas comment la vie po­li­tique peut avan­cer si les in­tel­lec­tuels res­tent ab­sents et iso­lés ». Comme lui, cer­tains écri­vains ac­ceptent de s’im­pli­quer di­rec­te­ment sans y voir de contradiction avec leur tra­vail.

« Le ro­man­cier pos­sède ses propres idées sur l’ave­nir. Les par­tis concré­tisent ces idées sur le ter­rain. Quand j’étais jeune, j’étais membre du Par­ti com­mu­niste. En­suite, j’ai adhé­ré au par­ti Al-ta­gam­moe pen­dant sept ans. Au­jourd’hui, je suis membre au Par­ti so­cial-dé­mo­crate so­cia­liste. Je suis im­pli­qué dans le tra­vail des par­tis po­li­tiques de­puis 1985 », ex­plique le ro­man­cier Ibra­him Ab­delMé­guid. Ibra­him Daoud, écri­vain et jour­na­liste, es­time qu’il est du de­voir d’un écri­vain de s’im­pli­quer sans pour au­tant for­cé­ment sou­te­nir un par­ti po­li­tique. « Le tra­vail des écri­vains est ba­sé sur le chan­ge­ment du pré­sent », dit-il. Un pré­sent au­quel ils doivent, comme tout le monde, par­ti­ci­per.

C’est par­fois même le suc­cès en li­brai­rie qui offre aux écri­vains une au­dience plus large, fai­sant de leurs confé­rence ou séances de dé­di­caces de vé­ri­tables tri­bunes po­li­tiques. In­con­nu avant la sor­tie de son best­sel­ler, l’im­meuble Ya­cou­bian, en 2002, Alaa Al-as­wa­ny est de­ve­nu de­puis un op­po­sant mé­dia­ti­sé. Les cen­taines de mil­liers d’exem­plaires ven­dus de par le monde lui ont ou­vert les portes d’un pu­blic plus large.

De plus en plus pré­sent en Eu­rope, il cherche à mo­bi­li­ser, à faire com­prendre la si­tua­tion en Egypte tout en conti­nuant à dé­non­cer la cor­rup­tion et la mon­tée de l’ex­tré­misme. Sa no­to­rié­té lui per­met d’avoir ac­cès à des sup­ports comme li­bé­ra­tion ou d’im­pri­mer à grande échelle ses tri­bunes pa­rues dans les jour­naux égyp­tiens. Pour As­wa­ny, il sem­ble­rait que s’en­ga­ger dans le réel po­li­tique n’est pas moins im­por­tant que l’écri­ture lit­té­raire même. S’il conseille cer­tains po­li­tiques, son ac­tion mi­li­tante de­meure plus dans l’op­po­si­tion que dans la pro­mo­tion. Car se battre pour des idées est mal­gré tout bien éloi­gné d’une cam­pagne po­li­tique d’un quel­conque par­ti. Et peu d’écri­vains font corps en tout point avec les pro­grammes d’un Wafd ou d’un par­ti Nas­sé­rien. Un der­nier stade qui n’est pour­tant pas rare, cer­tains écri­vains de­ve­nant par­fois membre du gou­ver­ne­ment. Ce fut le cas de Ta­ha Hus­sein. « Ses idées sur la so­cié­té lui ont fait oc­cu­per le poste de mi­nistre de l’edu­ca­tion », ex­plique Sa­mia Meh­rez, pro­fes­seure de lit­té­ra­ture à l’uni­ver­si­té amé­ri­caine.

Voir de loin Pour­tant, cer­tains es­timent qu’il existe un risque lié à une trop forte im­pli­ca­tion. L’écri­vain est sou­vent consi­dé­ré comme ce­lui qui est le plus à même de per­ce­voir une so­cié­té et un contexte dans leur en­semble. Le risque étant de perdre toute dis­tance avec les évé­ne­ments. « Tant que l’écri­vain sait gar­der une dis­tance avec son tra­vail, il peut par­ti­ci­per aux par­tis po­li­tiques », es­time Ab­del-mé­guid.

Mais au-de­là d’une adhé­sion à un par­ti po­li­tique, d’autres im­pli­ca­tions sont pos­sibles, plus per­son­nelles et moins contrai­gnantes po­li­ti­que­ment. « Je pense qu’un ro­man­cier n’est pas obli­gé d’adhé­rer à un par­ti. On peut s’im­pli­quer dif­fé­rem­ment en écri­vant des ar­ticles ou en par­ti­ci­pant à des réunions dans la rue. Pour moi, l’écri­vain doit être neutre, et cette neu­tra­li­té ne se réa­lise que lors­qu’il reste en de­hors de la scène po­li­tique pour pou­voir la com­prendre dans son en­semble », af­firme Ibra­him Daoud.

Si cer­tains sont de fa­rouches op­po­sants pré­sents sur tous les fronts po­li­tiques, so­ciaux ou éco­no­miques, d’autres crient haut et fort qu’un écri­vain ne doit pas suivre de par­ti po­li­tique par­ti­cu­lier. « Je n’ai ja­mais adhé­ré à un par­ti po­li­tique et je n’y adhé­re­rai ja­mais. Tout écri­vain doit être in­dé­pen­dant. Les par­tis pour­raient avoir les mêmes prin­cipes que les miens au­jourd’hui. Mais ils pour­raient chan­ger dans l’ave­nir. Tout par­ti po­li­tique change ses prin­cipes et ses idées avec le temps. Je le dis clai­re­ment, je ne par­ti­ci­pe­rai ja­mais à au­cun par­ti po­li­tique » , in­siste Ba­haa Ta­her, ro­man­cier et lau­réat du Prix in­ter­na­tio­nal pour fic­tion arabe à sa 1re ver­sion en 2008.

« L’im­pli­ca­tion des écri­vains va­rie en force. Cer­tains sont sur Tah­rir, d’autres se contentent de don­ner un avis dis­tant. Mais dans l’his­toire mo­derne de l’egypte, les écri­vains ont tou­jours été liés à la po­li­tique », pour­suit Sa­mia Meh­rez. La ré­vo­lu­tion n’a donc rien chan­gé sur ce plan ? Se­lon le pro­fes­seur de lit­té­ra­ture, la ré­vo­lu­tion n’a pas été le dé­clen­cheur de plus d’im­pli­ca­tion po­li­tique des écri­vains, à une ex­cep­tion près. « La jeune gé­né­ra­tion n’était pas for­cé­ment pré­oc­cu­pée par la po­li­tique. Elle n’avait connu que l’ère Mou­ba­rak. Sur ces jeunes, la ré­vo­lu­tion a eu un im­pact si­gni­fi­ca­tif. Les écri­vains entre 20 et 30 ans sont dé­sor­mais sou­vent en pre­mière ligne dans les ma­ni­fes­ta­tions ». Un point qui peut lais­ser pen­ser qu’ils le se­ront en­core dans 10 ou 20 ans.

Ver­ra-t-on émer­ger da­van­tage de lit­té­ra­ture en­ga­gée ? Un style d’écri­ture ré­vo­lu­tion­naire ver­ra-t-il le jour suite à la ré­vo­lu­tion ? « Il n’y a pas for­cé­ment de lien entre les idées po­li­tiques d’un écri­vain et les su­jets qu’il aborde dans ses ro­mans », pour­suit Meh­rez. Exi­lé, Al­bert Cos­se­ry était ex­clu du monde po­li­tique. Mais tous ses ro­mans ren­ferment une forte dose d’es­prit ré­vo­lu­tion­naire et d’ap­pels à la déso­béis­sance. Agir par et dans la lit­té­ra­ture de­meure bel et bien le cré­neau po­li­tique des écri­vains

Les pe­tits­fils de Mah­fouz pour­ront cé­lé­brer le 11 dé­cembre pen­dant la jour­née de la nar­ra­tion égyp­tienne au Caire, à Alexan­drie et à Lou­q­sor » , a pré­ci­sé Ta­ha Ab­del- Mo­neim, co­or­di­na­teur de la cé­ré­mo­nie qui sou­haite que ce jour soit re­con­nu an­nuel­le­ment au ni­veau mon­dial. Il a pré­ci­sé l’iti­né­raire pré­vu par une marche aux bou­gies et aux fleurs jus­qu’à la mai­son du No­bel, puis en pré­sence de sa femme et de ses deux filles une re­pré­sen­ta­tion de la com­pa­gnie des arts po­pu­laires, et le reste des ac­ti­vi­tés ar­tis­tiques se pro­dui­ront dans une des mai­sons ap­par­te­nant au pa­tri­moine ar­chéo­lo­gique dans le quar­tier d’al- Ga­ma­liya, ce­lui qui a té­moi­gné de la nais­sance de l’au­teur des Fils de la mé­di­na. Le car­na­val conti­nue­ra dans la rue his­to­rique d’al- Moez Li­dine Al­lah AlFa­te­mi et se clô­tu­re­ra à Beit AlSé­hei­mi par la par­ti­ci­pa­tion de 30 écri­vains qui don­ne­ront leurs té­moi­gnages, al­ter­nés par des concerts mu­si­caux et une soi­rée don­née par la com­pa­gnie mu­si­cale Es­kin­de­rel­la.

L’or­ga­nisme égyp­tien gé­né­ral du livre ( GEBO) a inau­gu­ré deux sa­lons du livre la se­maine der­nière. Le pre­mier est dans le gou­ver­no­rat de Da­miette à la bi­blio­thèque gé­né­rale Misr et se tien­dra jus­qu’au 7 dé­cembre. Et le se­cond est or­ga­ni­sé à l’uni­ver­si­té du Sud de la Val­lée à Qé­na, en Haute- Egypte, jus­qu’au 5 dé­cembre. Une ré­duc­tion de 20 % au­ra lieu sur les pu­bli­ca­tions et les livres du GEBO.

Les ma­ni­fes­ta­tions de la place Tah­rir ont pro­fon­dé­ment mar­qué les ac­ti­vi­tés cultu­relles de l’uni­ver­si­té amé­ri­caine du Caire, si­tuée à la rue Mo­ha­mad Mah­moud, qui té­moigne des ré­pres­sions de la po­lice contre les ma­ni­fes­tants. Elle a ain­si an­nu­lé, la se­maine der­nière, une ren­contre avec le mi­nistre du Lo­ge­ment, de même qu’une confé­rence avec Cha­den Ta­gued­dine, pro­fes­seure des études orien­tales et de lit­té­ra­ture com­pa­rée à l’uni­ver­si­té de Min­ne­so­ta aux Etats- Unis, au­tour du pen­chant pour la tra­duc­tion im­pé­riale à l’époque de la re­nais­sance en Egypte.

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