An­nu­la­tions en cascade

Al Ahram Hebdo - - Voyages - Da­lia Fa­rouq

NOU­VEAU coup de fouet pour le sec­teur du tourisme. A peine com­men­çait-il à sor­tir de l’im­passe que les ré­cents évé­ne­ments l’ont fait re­plon­ger dans le rouge. La sai­son d’hi­ver s’an­non­çait pro­met­teuse, mais les der­nières an­nu­la­tions ont per­tur­bé ce rêve de com­pen­sa­tion des pertes. « Ces der­niers jours, il y a eu beau­coup d’an­nu­la­tions, sur­tout en pro­ve­nance des mar­chés bri­tan­nique, al­le­mand, fran­çais et ja­po­nais. Pour­tant, les ré­ser­va­tions du dé­but de la sai­son étaient pro­met­teuses et les opé­ra­teurs es­ti­maient pou­voir com­pen­ser une part de leurs pertes des trois pre­miers tri­mestres de l’an­née », ex­plique Sa­mi Mah­moud, vice-pré­sident de l’or­ga­nisme de la Pro­mo­tion Tou­ris­tique (OPT).

L’OPT a re­çu des rap­ports des 17 bu­reaux de pro­mo­tion tou­ris­tique ré­par­tis dans l’en­semble du monde af­fir­mant l’in­quié­tude des tour-opé­ra­teurs ain­si que des res­pon­sables du tourisme face aux actes de vio­lence en Egypte. Dans le but de sor­tir de la crise qui touche le sec­teur du tourisme, le mi­nis­tère avait en­ta­mé, juste après la chute du ré­gime de Mou­ba­rak, une cam­pagne pu­bli­ci­taire vi­sant à mettre en évi­dence les points po­si­tifs de la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. Le slo­gan était : di­gni­té, li­ber­té et éga­li­té so­ciale. Mais face aux vio­lences, les cam­pagnes pu­bli­ci­taires sont im­puis­santes à re­lan­cer le tourisme.

Les tou­ristes ré­flé­chissent dé­sor­mais mille et une fois avant d’op­ter pour l’egypte. « L’ar­ri­vée des élec­tions, dont le ca­len­drier s’étend du 28 no­vembre au 10 jan­vier, et les af­fron­te­ments meur­triers de Tah­rir ont créé de sé­rieuses pertes pour le sec­teur du tourisme et ont nui à tous nos ef­forts de pro­mo­tion tou­ris­tique », ex­plique Sa­mi Mah­moud. Le nombre de tou­ristes russes a no­tam­ment di­mi­nué de 30 % en­vi­ron de­puis le dé­but du mois de no­vembre.

El­ha­mi Al-zayyat craint que l’egypte ne sorte de la carte du tourisme mon­dial si les vio­lences ne prennent pas fin i mmé­diate

ment. « Il est cer­tain que les évé­ne­ments de la place Tah­rir au­ront un im­pact né­ga­tif sur le nombre de tou­ristes et les ré­ser­va­tions à ve­nir. On note de nom­breuses an­nu­la­tions, sur­tout en ce qui concerne les hô­tels du Caire, de Lou­q­sor et d’as­souan. Pour­tant, nous sommes cen­sés être en haute sai­son, à quelques se­maines des fêtes de Noël et du nou­vel an », déses­père Al-zayyat. Se­lon lui, la si­tua­tion ne re­de­vien­dra nor­male que lorsque les élec­tions lé­gis­la­tives pren­dront fin et que la sta­bi­li­té po­li­tique ré­gne­ra.

Se­lon l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale du tourisme, il y a 45 % de vi­si­teurs en moins au pre­mier tri­mestre 2011. Une si­tua­tion qui ne s’est ja­mais réel­le­ment amé­lio­rée de­puis, mal­gré des re­prises pas­sa­gères.

Ap­pels à la pru­dence Un cer­tain nombre de pays ont ap­pe­lé leurs res­sor­tis­sants à la pru­dence. Evo­quant une « tran­si­tion po­li­tique ten­due », le Quai d’or­say conseille aux Fran­çais de res­ter « im­pé­ra­ti­ve­ment éloi­gnés des ras­sem­ble­ments » dans ses conseils aux voya­geurs. L’al­le­magne re­com­mande la même pru­dence, « sur­tout pour les centres ur­bains et la place Tah­rir » au Caire où se trouve le Mu­sée égyp­tien. Même to­na­li­té au Royaume-uni et en Bel­gique, tan­dis que l’as­so­cia­tion des tour-opé­ra­teurs fran­çais CE­TO in­vite à évi­ter le centre du Caire

pour se rendre aux Py­ra­mides de Gui­za.

Le mi­nis­tère po­lo­nais des Af­faires étran­gères dé­con­seille vi­ve­ment de se rendre main­te­nant dans la ca­pi­tale égyp­tienne, au Caire. Il de­mande à tous les res­sor­tis­sants po­lo­nais de faire très at­ten­tion, et no­tam­ment d’évi­ter les ras­sem­ble­ments, même ceux qui pour­raient sem­bler pa­ci­fiques. « Les nou­velles de la vio­lence en Egypte dif­fu­sées en di­rect sur les dif­fé­rentes chaînes sa­tel­lites de par le monde vont af­fec­ter le tourisme dans le pays en gé­né­ral et pas seule­ment au Caire. On parle de vio­lences et de meurtres en Egypte, ce qui af­fecte l’image de tout le pays », re­prend AlZayyat. Pas de re­prise avant 2013 Pour­tant, plu­sieurs com­pa­gnies tra­vaillant sur le mar­ché égyp­tien as­surent qu’il n’existe au­cune in­quié­tude concer­nant les sé­jours en mer Rouge, dans les sta­tions bal­néaires du Si­naï comme Charm AlC­heikh, Hur­gha­da et Mar­sa Alam. Cer­tains tour-opé­ra­teurs s’af­fichent se­reins, comme Je­tair en Bel­gique, pour qui « l’am­biance des va­cances n’est au­cu­ne­ment me­na­cée », ou le Da­nois Star Tour se­lon qui nul ne songe à an­nu­ler son voyage, les clients ayant an­ti­ci­pé « la si­tua­tion po­li­tique ». Un op­ti­misme ce­pen­dant loin d’être gé­né­ra­li­sé.

L’al­le­mand TUI Deut­schland, le Sué­dois Fri­ti­dre­sor ou en­core les Fran­çais Nou­velles Fron­tières et Marmara ont sus­pen­du leurs étapes au Caire jus­qu’à fin no­vembre. Comme le dit le pa­tron du CE­TO, Re­né-marc Chik­li, cette nou­velle flam­bée de vio­lences « tombe au plus mal » pour le tourisme qui fait vivre un Egyp­tien sur sept.

Elle sur­vient en ef­fet au dé­but de la haute sai­son sur la­quelle le sec­teur mi­sait pour rat­tra­per une an­née plom­bée par les dé­fec­tions en masse. « Nous avons l’offre la plus di­ver­si­fiée sur cette des­ti­na­tion. Mais l’egypte, qui re­pré­sen­tait 70 % de notre chiffre d’af­faires, ne re­pré­sente plus que 20 %. Les sé­jours en Afrique et en Eu­rope ont pris le pas sur notre des­ti­na­tion phare », ex­plique Tew­fiq Ghat­tas, de STI Voyages, qui es­time la si­tua­tion égyp­tienne très pré­oc­cu­pante.

« Au Ras­sem­ble­ment in­ter­na­tio­nal du tourisme à Londres il y a deux se­maines, nous avons re­mar­qué l’in­quié­tude gran­dis­sante des tour-opé­ra­teurs. Ils nous ont dit : ga­ran­tis­sez sé­cu­ri­té et sta­bi­li­té et en­suite seule­ment on cher­che­ra à vendre l’egypte », se la­mente Sar­wat Al-aga­mi, pré­sident de la Chambre d’hô­tel­le­rie à Lou­q­sor.

Le taux d’oc­cu­pa­tion à Lou­q­sor ne dé­passe pas les 15 %, alors que ce­lui des croi­sières sur le Nil ne dé­passe 5 %. « Le tourisme en Egypte ne re­pren­dra pas son ni­veau ha­bi­tuel avant 2013 », conclut Al-aga­mi

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