Un bal de chefs de gou­ver­ne­ments

De­puis le dé­clen­che­ment de la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier, trois gou­ver­ne­ments se sont suc­cé­dé. Ils sont tous les trois tom­bés sous la pres­sion de la place Tah­rir.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Ché­rine Ab­del- Azim

Oc­cu­pant 35 jours seule­ment le poste, le gé­né­ral Ah­mad Cha­fiq a été le chef du gou­ver­ne­ment le plus contes­té. An­cien mi­nistre de l’avia­tion, Cha­fiq a été nom­mé pre­mier mi­nistre par le pré­sident dé­chu Mou­ba­rak du­rant ses der­niers jours au pou­voir. Un choix ju­gé de pure forme afin d’apai­ser la co­lère des ma­ni­fes­tants. Cha­fiq a es­sayé de se rap­pro­cher des ré­vo­lu­tion­naires en écar­tant les mi­nistres ac­cu­sés de leur loyau­té en­vers l’an­cien ré­gime. Il les a rem­pla­cés par d’autres nou­veaux vi­sages qui ont été dans le camp de l’op­po­si­tion pen­dant l’ère Mou­ba­rak. Ce mi­nistre connu par son pul­lo­ver bleu s’est ré­vé­lé in­ca­pable de sa­tis­faire les re­ven­di­ca­tions des pro­tes­ta­taires. Toutes ses ten­ta­tives pour plaire ont été vaines. Les ré­vo­lu­tion­naires n’ont ja­mais ou­blié qu’ah­mad Cha­fiq a prê­té ser­ment de­vant Mou­ba­rak. Les ap­pels pour son li­mo­geage n’ont pas ces­sé. Des ma­ni­fes­ta­tions im­menses ont été or­ga­ni­sées pour ré­cla­mer son dé­part. Mais mal­gré toutes les pres­sions, il n’a pas bou­gé. C’est après une que­relle en di­rect, lors d’une émis­sion té­lé­vi­sée dif­fu­sée sur une chaîne pri­vée op­po­sant Ah­mad Cha­fiq et l’homme d’af­faires Na­guib Sa­wi­rès aux écri­vains Ham­di Qan­dil et Alaa Al- As­wa­ny, que Cha­fiq est vi­ré. Une dé­ci­sion ac­cueillie par une grande joie par les jeunes de Tah­rir. Cer­tains parlent en­core de sor­tie de mil­liards de L. E. hors de l’egypte en fa­veur de Mou­ba­rak et de ses col­la­bo­ra­teurs du­rant les 35 jours de son ca­bi­net.

Au dé­but du mois de mars, c’est le tour d’une autre personnalité ap­par­te­nant à l’époque de Mou­ba­rak qui prend les rênes du gou­ver­ne­ment. C’est Es­sam Cha­raf. Bien qu’il ait dé­mar­ré très fort, son man­dat est ju­gé ca­tas­tro­phique. Mi­nistre des Trans­ports en 2005, Cha­raf a été li­mo­gé par Mou­ba­rak, lors­qu’il a ten­té de faire des en­quêtes après le nau­frage du car- fer­ry d’al- Sa­lam, cau­sant la mort de plus de 1 000 pas­sa­gers. Une po­si­tion qui l’a rap­pro­ché des Egyp­tiens. Dès sa no­mi­na­tion, les jeunes lui ont de­man­dé de faire le ser­ment à la place Tah­rir. Il y est des­cen­du le pre­mier ven­dre­di de son man­dat où il a été cha­leu­reu­se­ment ac­cueilli par les Egyp­tiens. Une lune de miel qui n’a pas du­ré long­temps. Toutes ses ten­ta­tives de se rap­pro­cher du peuple étaient in­ef­fi­caces, sur­tout que le pays à ce mo­ment- là a vé­cu des in­ci­dents meur­triers : des af­fron­te­ments in­ter­con­fes­sion­nels, les ba­vures de Mas­pe­ro, les évé­ne­ments du Conseil des mi­nistres et de la rue Mo­ha­mad Mah­moud … La sé­cu­ri­té du pays al­lait de mal en pis. On pointe du doigt le mi­nistre de l’in­té­rieur, Mah­moud Al- Es­sa­wi, à la re­traite de­puis 15 ans, pour ce manque de sé­cu­ri­té. Iro­nie du sort : la place Tah­rir, qui a ré­cla­mé la no­mi­na­tion de Cha­raf au poste de pre­mier mi­nistre au dé­but, a ap­pe­lé à son li­mo­geage. Plu­sieurs ma­ni­fes­ta­tions ont été or­ga­ni­sées. Sous la pres­sion, Es­sam Cha­raf dé­mis­sionne.

Après des né­go­cia­tions in­ter­mi­nables entre le Conseil Su­prême des Forces Ar­mées ( CSFA) et plu­sieurs per­son­na­li­tés pour choi­sir le nou­veau pre­mier mi­nistre, le CSFA a sur­pris tout le monde en choi­sis­sant Ka­mal Al- Gan­zou­ri. Agé de 78 ans, Gan­zou­ri a été pre­mier mi­nistre de 1996 à 1999. Après 10 ans d’ab­sence de la scène, il re­prend du ser­vice. Ses in­ter­views té­lé­vi­sées lui ont va­lu la sym­pa­thie de beau­coup d’egyp­tiens. Mais sa no­mi­na­tion était un choc pour les ré­vo­lu­tion­naires qui avaient pro­po­sé une liste de noms. Ré­sul­tat : des sit- in de­vant le siège du Conseil des mi­nistres l’ont em­pê­ché d’ac­cé­der à son bu­reau pen­dant des se­maines. Comme les autres pre­miers mi­nistres pré­cé­dents de­puis la ré­vo­lu­tion, des in­ci­dents fâ­cheux conti­nuent à se pro­duire et des mar­tyrs tombent, mal­gré l’amé­lio­ra­tion de la sé­cu­ri­té. Cer­tains ob­ser­va­teurs qua­li­fient les choix du CSFA comme étant un pa­vé dans la mare

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