Dé­li­bé­ra­tions au som­met

Al Ahram Hebdo - - Egypte - May Al-magh­ra­bi

PRÉ­SI­DEN­TIELLES . L’idée de s’en­tendre sur un can­di­dat consen­suel pour ce scru­tin pré­vu au dé­but de l’été ra­vive un dé­bat dans les mi­lieux po­li­tiques. Pour les dé­trac­teurs, il s’agi­rait de

« contour­ner » la vo­lon­té du peuple.

ALORS que les élec­tions pré­si­den­tielles se pro­filent à l’ho­ri­zon, le nom du di­plo­mate Na­bil AlA­ra­bi, ac­tuel se­cré­taire gé­né­ral de la Ligue arabe, cir­cule dé­jà de­puis un cer­tain temps comme can­di­dat consen­suel au poste du pré­sident de la Ré­pu­blique. Des ru­meurs et des spé­cu­la­tions sug­gèrent un sou­tien à cette can­di­da­ture de la part du Conseil mi­li­taire, des is­la­mistes et de cer­tains pays du Golfe.

L’élec­tion pré­si­den­tielle com­men­ce­ra dans les pre­miers jours de juin et se ter­mi­ne­ra à la der­nière se­maine de juin dans le cas d’un se­cond tour, a in­di­qué Ah­mad Cham­sed­dine, membre de la Com­mis­sion élec­to­rale. De son cô­té, le pré­sident de la Com­mis­sion élec­to­rale, Fa­rouq Sul­tan, a in­di­qué au cours d’une confé­rence de presse di­manche que les can­di­dats pou­vaient dé­po­ser leur can­di­da­ture entre le 10 mars et le 8 avril.

Par ailleurs, Na­bil Al-ara­bi, ac­tuel se­cré­taire gé­né­ral de la Ligue arabe, a nié avoir né­go­cié sa can­di­da­ture à la pré­si­den­tielle sans tou­te­fois ex­clure l’idée d’un consen­sus des forces po­li­tiques et po­pu­laires. Au­cune source of­fi­cielle n’a ré­agi à ces spé­cu­la­tions qui res­semblent plus pour le mo­ment à un « bal­lon d’es­sai » qu’à autre chose.

Mais le fait que la per­sonne concer­née n’ait pas of­fi­ciel­le­ment ac­cep­té ce plé­bis­cite in­for­mel n’a pas mis fin au dé­bat, bien au contraire. La seule idée qui consiste à lais­ser carte blanche à l’élite po­li­tique de choi­sir un pré­sident a été dé­non­cée comme un « com­plot vi­sant à sa­bor­der la ré­vo­lu­tion », ou du moins une mise sous tu­telle de la vo­lon­té du peuple.

Dé­jà Ha­zem Abou-ismaïl, éven­tuel can­di­dat is­la­miste aux pré­si­den­tielles, vient d’évo­quer des « pres­sions » exer­cées par les EtatsU­nis et le Conseil mi­li­taire pour ame­ner le Par­ti Li­ber­té et Jus­tice (PLJ) et ce­lui d’al- Nour (qui do­minent les deux tiers des sièges du Par­le­ment) à s’en­tendre sur la per­sonne du futur pré­sident. Mais pour Abou-ismaïl, la scène po­li­tique est trop frag­men­tée pour as­pi­rer à un tel consen­sus. « Un tel pré­sident se­ra- t-il consen­suel pour les li­bé­raux, pour les is­la­mistes ou pour les mi­li­taires ? », se de­mande Abou-ismaïl, qui craint « un com­plot qui per­met­trait à l’ar­mée de gou­ver­ner à tra­vers un pré­sident ci­vil ».

En fait, ce n’est pas au­tant la per­sonne du futur pré­sident qui di­vise, sur­tout que par­mi les noms avan­cés, plu­sieurs per­son­na­li­tés, dont Al- Ara­bi lui- même, bé­né­fi­cient d’une cré­di­bi­li­té et d’un par­cours po­li­tique qui leur per­met­traient de ras­sem­bler des forces po­li­tiques di­ver­gentes. Le prix Nobel de la paix Mo­ha­mad Elba­ra­dei et l’is­la­miste mo­dé­ré Ab­del- Mo­neim Aboul- Fo­touh avaient dans un pre­mier temps été pro­po­sés dans les sphères po­li­tiques comme per­son­na­li­tés consen­suelles ac­cep­tées à la fois par les is­la­mistes et les li­bé­raux.

Les pro­tes­ta­tions portent plu­tôt sur les mo­da­li­tés. Ah­mad Dar­rag, membre de l’as­so­cia­tion na­tio­nale pour le chan­ge­ment, es­time que l’idée d’un can­di­dat consen­suel vide les élec­tions de leur sens. « C’est un mé­pris de la dé­mo­cra­tie, la­quelle im­plique une concur­rence entre des forces po­li­tiques qui tirent leur lé­gi­ti­mi­té des urnes », pro­teste-t-il. Po­si­tion par­ta­gée par Mah­moud Afi­fi, porte-pa­role du mou­ve­ment du 6 Avril. « Après des dé­cen­nies d’au­to­ri­ta­risme et de dic­ta­ture, les Egyp­tiens sou­haitent élire leur nou­veau pré­sident. Ils ne veulent pas que ce­lui-ci leur soit dé­si­gné suite à des trac­ta­tions à huis clos. Chaque cou­rant po­li­tique doit pré­sen­ter son can­di­dat et son pro­gramme et lais­ser le choix aux urnes. Ce sont les règles du jeu de la dé­mo­cra­tie », es­time Afi­fi.

« A la fois bi­zarre et unique »

Pour sa part, Mo­ha­mad Sé­lim Al-awa, un autre can­di­dat po­ten­tiel de back­ground is­la­miste, ne cache pas son éton­ne­ment quant à cette idée « à la fois bi­zarre et unique » , se­lon lui. « C’est nor­mal de trou­ver des for­ma­tions po­li­tiques se ral­lier der­rière un can­di­dat consen­suel, mais par quel mi­racle veut- on que toutes les forces po­li­tiques, sou­vent idéo­lo­gi­que­ment aux an­ti­podes les unes des autres, tombent d’ac­cord sur une même per­sonne ? » , iro­nise Al- Awa.

Sur son compte Twit­ter, Mo­ha­mad Elba­ra­dei cri­tique un ren­ver­se­ment d’ordre, ce­lui de s’in­té­res­ser au pro­chain pré­sident avant la ré­dac­tion de la Cons­ti­tu­tion qui dé­fi­nit ses pré­ro­ga­tives, sa re­la­tion avec le Par­le­ment et avec le gou­ver­ne­ment et la du­rée de son man­dat. « Dans l’ère post- Mou­ba­rak, la ques­tion ne s’ar­rête pas au choix d’un pré­sident. Il faut ins­tau­rer les bases d’une struc­ture dé­mo­cra­tique pour ne pas re­pro­duire de nou­veau des­pote » , écrit Elba­ra­dei.

« Les choix ar­rê­tés dans les cou­lisses et les tran­sac­tions po­li­tiques à huis clos sont une ca­rac­té­ris­tique du règne de Mou­ba­rak et in­com­pa­tibles avec la ré­vo­lu­tion » , note Ka­ri­ma Al- Hef­na­wi, se­cré­taire gé­né­rale du Par­ti com­mu­niste égyp­tien. Elle ré­vèle que dé­jà les par­tis li­bé­raux et ceux de gauche né­go­cient le pro­fil du can­di­dat re­pré­sen­ta­tif de leur idéo­lo­gie et ten­dances

Na­bil Al-ara­bi, tout comme son pré­dé­ces­seur à la tête de la Ligue arabe Amr Mous­sa, a été pro­po­sé comme can­di­dat po­ten­tiel à la pré­si­den­tielle.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.