« La co­opé­ra­tion des Frères et de l’ar­mée s’ins­cri­rait for­cé­ment dans l’in­té­rêt du pays »

EN­TRE­TIEN . An­cien porte-pa­role de l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale des Frères mu­sul­mans et se­cré­taire gé­né­ral du Fo­rum de l’union is­la­mique, Ka­mal Al-hél­baoui re­vient sur son pas­sé sans perdre de vue l’ac­tua­li­té.

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Propos recueillis par Mag­da Bar­soum

AL- AH­RAM HEB­DO

: Vous êtes l’une des per­son­na­li­tés qui ont été long­temps pour­sui­vies par l’an­cien ré­gime, une pour­suite qui a dé­pas­sé les fron­tières du­rant près d’un quart de siècle. Au­jourd’hui que vous êtes de re­tour, comment éva­luez-vous votre par­cours ?

Ka­mal Al-hél­baoui : J’avais quit­té l’egypte en 1988 afin d’as­su­mer ma part de res­pon­sa­bi­li­té en­vers les ré­sis­tants af­ghans. Là-bas, j’ai beau­coup tra­vaillé pour éli­mi­ner les causes des luttes in­ternes entre les di­verses fac­tions du Dji­had et les ame­ner à res­ser­rer leurs rangs ou du moins à se concer­ter entre elles dans un ef­fort de lutte com­mune contre l’oc­cu­pant. Je me suis en­suite af­fi­lié à l’ins­ti­tut des études po­li­tiques à Is­la­ma­bad où j’ai fon­dé la sec­tion arabe … En­fin, quand les moud­ja­hi­dines ont réus­si à en­trer à Ka­boul et après la dé­faite de L’EX-URSS et le dé­clin du com­mu­nisme en Af­gha­nis­tan, les Amé­ri­cains ont com­men­cé à jouer leur jeu clas­sique. Ils se sont alors em­ployés à dis­per­ser les forces du Dji­had, à pour­chas­ser les moud­ja­hi­dines arabes qui sont ve­nus de par­tout sou­te­nir le dji­had en Af­gha­nis­tan. J’ai eu droit à une mise en garde amé­ri­caine via des res­pon­sables pa­kis­ta­nais, ce qui m’a pous­sé à cher­cher un re­fuge pour moi et ma fa­mille. C’est ain­si que j’ai dé­bar­qué à Londres. Dans ce pays, les hommes de l’an­cien ré­gime ont conti­nué à me pour­chas­ser avec ar­deur.

— Pour re­tour­ner à l’ac­tua­li­té, beau­coup ac­cusent les Frères mu­sul­mans de culti­ver les conni­vences avec le Conseil mi­li­taire. Quelle est la na­ture des re­la­tions entre les Frères et l’ar­mée ?

— Je ne crois pas que les Frères ou le Conseil mi­li­taire puissent com­plo­ter contre l’in­té­rêt de l’egypte. D’après mes in­for­ma­tions, il existe une sorte d’en­tente entre les deux par­ties, ce qui est bien en soi. Les Frères et l’ar­mée sont des en­ti­tés des plus or­ga­ni­sées et leur co­opé­ra­tion s’ins­cri­rait for­cé­ment dans l’in­té­rêt du pays. L’es­sen­tiel c’est de pré­ser­ver l’ordre et la sé­cu­ri­té.

— Concer­nant les re­la­tions avec Wa­shing­ton, les Frères ont-ils don­né des gages aux Amé­ri­cains re­la­tifs à cer­tains dos­siers ? Que pen­sez-vous des contacts ré­cents entre les Frères et les of­fi­ciels amé­ri­cains ?

— La nou­veau­té c’est le ca­rac­tère of­fi­ciel de ces contacts. Au­pa­ra­vant, les Frères re­fu­saient ce genre de contacts sauf en pré­sence d’un re­pré­sen­tant du mi­nis­tère égyp­tien des Af­faires étran­gères. Au­jourd’hui, par contre, les Frères n’ont pas be­soin de per­mis­sion pour ren­con­trer les Amé­ri­cains. Quant aux­dits « gages » don­nés aux Amé­ri­cains, les Frères ont nié s’être en­ga­gés à quoi que ce soit. Ce­la dit, ils ont af­fir­mé maintes fois qu’ils res­pec­te­raient les ac­cords et les trai­tés si­gnés entre l’egypte et les autres pays.

— Sur le ter­rain, cer­tains ont pro­fi­té de l’is­la­mi­sa­tion de la scène po­li­tique et ont créé des co­mi­tés pour «

». Les membres de ces co­mi­tés sont sup­po­sés in­ter­dire, y com­pris par la force, tout ce qu’ils jugent in­dé­cents. Que pen­sez­vous d’une telle pra­tique qui in­quiète beau­coup d’egyp­tiens ?

re le mal

or­don­ner le bien et in­ter­di-

— Le concept d’or­don­ner le bien et d’in­ter­dire le mal est dé­jà bien im­plan­té dans la so­cié­té égyp­tienne. A la mai­son, dans les mos­quées, dans les églises, à l’école comme dans la rue, la so­cié­té tout en­tière as­sume et ap­plique ce concept. Il faut éga­le­ment que le gou­ver­ne­ment y mette du sien, no­tam­ment les mi­nis­tères de l’edu­ca­tion, de la Culture et de la Com­mu­ni­ca­tion.

Au lieu de suivre l’exemple de cer­tains pays qui ont ré­duit la re­li­gion à des as­pects os­ten­ta­toires, et qui l’ont uti­li­sée pour op­pri­mer les plus faibles tout en fer­mant les yeux sur la cor­rup­tion des plus puis­sants, on a aus­si be­soin au­jourd’hui d’élar­gir l’in­ter­pré­ta­tion du concept « d’or­don­ner le bien », pour in­clure l’en­cou­ra­ge­ment du dé­ve­lop­pe­ment, de la construc­tion d’un Etat mo­derne, etc.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.