Vers une pro­tec­tion ... des pro­tec­to­rats !

Al Ahram Hebdo - - Environnement - Da­lia Ab­del-sa­lam

«RÉ­SERVES NA­TU­RELLES . Au nombre de 29 en Egypte, cou­vrant 12 %

du ter­ri­toire, elles sont dans un pitre état. Manque de fonds, de sen­si­bi­li­sa­tion, et sur­tout in­com­pé­tence, sont à l’ori­gine du pro­blème.

Mais les nou­velles au­to­ri­tés semblent vou­loir ré­agir.

CAU­CHE­MAR SUR LE NIL « Un rêve et peu d’es­poir », « Ras Mo­ha­mad me­na­cée », « SOS ri­chesses en dan­ger », Le pa­ra­dis ou­blié » : ce sont quelques titres des ar­ticles ap­pa­rus sur les pages d’al- Ah­ram Heb­do du­rant l’an­née 2011 sur les ré­serves na­tu­relles d’egypte. Et pour cause, les ri­chesses na­tu­relles na­tio­nales sont en grand dan­ger et risquent de dis­pa­raître si la si­tua­tion reste la même.

Des ap­pels conti­nus pour sau­ver les sites pro­té­gés ap­pa­raissent non seule­ment dans les mé­dias tra­di­tion­nels, mais aus­si sur Fa­ce­book et Twit­ter. Des ac­ti­vistes en­vi­ron­ne­men­taux tentent d’at­ti­rer l’at­ten­tion des res­pon­sables et de la po­pu­la­tion, afin de prendre les me­sures ur­gentes qui s’im­posent pour conser­ver ces ri­chesses avant que ce­la ne soit trop tard !

Min­dy Ba­haed­dine, de na­tio­na­li­té amé­ri­caine et épouse de l’ex­pert égyp­tien Ché­rif Ba­haed­dine, ac­ti­viste et di­rec­trice de l’as­so­cia­tion Na­ture Conser­va­tion Egypt, est écoeu­rée. « Les dix der­nières an­nées ont té­moi­gné d’une vraie dé­té­rio­ra­tion en ce qui concerne la pro­tec­tion et la conser­va­tion de la na­ture en Egypte » , com­mente-t-elle. Min­dy, qui vit en Egypte et qui tra­vaille dans le do­maine de­puis les an­nées 1990, sou­ligne que les ré­serves na­tu­relles d’egypte ont tou­jours été né­gli­gées, mais la dé­té­rio­ra­tion du­rant la der­nière dé­cen­nie a été si­gni­fi­ca­tive.

En ef­fet, le 25 jan­vier der­nier, des ac­ti­vistes en­vi­ron­ne­men­taux, des pro­fes­seurs d’uni­ver­si­té et des ex­perts ont or­ga­ni­sé une pro­tes­ta­tion sur la place Tah­rir, afin de sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion à la conser­va­tion des ré­serves na­tu­relles et afin de mar­quer l’ur­gence d’une in­ter­ven­tion ferme du cô­té des res­pon­sables pour mettre fin à l’épui­se­ment des ri­chesses na­tu­relles dites « pro­té­gées ». A Tah­rir, des ac­ti­vistes ont

»,

te­nu une pan­carte de 30 mètres de long et de 3 mètres de large sur la­quelle étaient in­di­quées les 29 ré­serves na­tu­relles d’egypte. D’autres te­naient des pan­cartes avec des slo­gans comme : « Sou­te­nez les ré­serves na­tu­relles pour une éco­no­mie verte », « Sou­te­nir les ré­serves na­tu­relles re­pré­sente une éga­li­té so­ciale », « Sauvez l’environnement de la cor­rup­tion ». Par­mi les ac­ti­vistes pré­sents, il y avait Dr Mous­ta­pha Fou­da, an­cien di­rec­teur du sec­teur de la pro­tec­tion de la na­ture au sein de l’agence Egyp­tienne pour les Af­faires de l’environnement (AEAE). Se­lon lui, quand il était res­pon­sable des ré­serves, il a es­sayé de toutes les ma­nières d’aug­men­ter le bud­get du sec­teur mais en vain. « Les ré­serves na­tu­relles souffrent de­puis long­temps, mais le gou­ver­ne­ment n’était pas convain­cu que sau­ver les ré­serves de­vait être une prio­ri­té. Il est évident que si l’état verse des fonds pour main­te­nir et pro­mou­voir les ré­serves na­tu­relles, ce­la ai­de­ra à les mettre sur la carte du tou­risme éco­lo­gique, ce qui au­ra, sans doute, un im­pact po­si­tif sur l’éco­no­mie », in­dique Dr Fou­da.

« Si les ré­serves conti­nuent sur cette dé­té­rio­ra­tion, l’egypte per­dra beau­coup à plu­sieurs ni­veaux : ce­lui de l’éco­tou­risme qui est un tou­risme du­rable, ce­lui de la re­cherche scien­ti­fique et ce­lui des ri­chesses na­tu­relles », ajoute Mah­moud Al-qays­sou­ni, membre du Conseil Su­prême du Tou­risme.

An­ciens cadres des forces ar­mées

Ain­si, Al-qays­sou­ni est du même avis que Min­dy : la dé­té­rio­ra­tion du sec­teur de la pro­tec­tion de la na­ture a com­men­cé il y a 10 ans. « Ce­la est un ré­sul­tat na­tu­rel de la po­li­tique de l’etat qui a abou­ti à l’ex­pul­sion des cher­cheurs et des ex­perts hors de L’AEAE. En ef­fet, les postes im­por­tants au sein du mi­nis­tère de l’environnement, comme dans d’autres mi­nis­tères, ont été oc­troyés à des per­sonnes res­pec­tables mais qui ne sont pas qua­li­fiées pour les mis­sions confiées qui ne sont pour elles que des oc­cu­pa­tions pen­dant leur re­traite », ex­plique AlQays­sou­ni. Les pro­fes­sion­nels du sec­teur évoquent tous la do­mi­na­tion des hauts res­pon­sables au mi­nis­tère de l’environnement, qui sont dans la plu­part des cas des an­ciens cadres des forces ar­mées, car l’ex-mi­nistre de l’environnement, Ma­gued Georges, était lui-même un gé­né­ral des forces ar­mées. Georges, qui a pas­sé plus de 7 ans comme mi­nistre d’etat pour les Af­faires de l’environnement (juillet 2004-dé­cembre 2011), a of­fert tous les hauts postes du mi­nis­tère et de L’AEAE à des exof­fi­ciers de l’ar­mée, y com­pris le sec­teur des ré­serves na­tu­relles, pré­si­dé ac­tuel­le­ment par un gé­né­ral qui a pas­sé sa vie pro­fes­sion­nelle dans le sec­teur de la guerre chi­mique. « Qu’est-ce qu’un gé­né­ral ayant toute son ex­pé­rience dans la guerre chi­mique peut don­ner aux ré­serves na­tu­relles ? C’est une ca­tas­trophe », s’ex­clame Amr Ali, di­rec­teur de l’as­so­cia­tion de la pro­tec­tion et de la conser­va­tion de l’environnement à Hur­gha­da (HEPCA).

Pour ten­ter de re­mé­dier à cet état des choses, le mi­nistre ac­tuel de l’environnement, Dr Mous­ta­pha Hus­sein Ka­mel, a dé­cla­ré être en train d’étu­dier une pro­po­si­tion consis­tant à for­mer une agence pour la pro­tec­tion de la na­ture, liée au mi­nis­tère de l’environnement, mais avec une struc­ture qui res­pecte la na­ture spéciale des zones pro­té­gées. Cette agence au­ra re­cours à des cher­cheurs et des ex­perts par­mi les jeunes ve­nant de dif­fé­rentes fa­cul­tés et ins­ti­tuts de re­cherche, et sa mis­sion se­ra de rendre aux zones pro­té­gées leur im­por­tance scien­ti­fique, tou­ris­tique et éco­no­mique. Le mi­nistre a aus­si dé­cla­ré ré­cem­ment dans la presse que toutes les per­sonnes non qua­li­fiées quit­te­raient leur poste. En­core de simples pro­messes ?

La so­cié­té suisse Wea­ther­ford, un sous-trai­tant de l’in­dus­trie pé­tro­lière, a été dis­cul­pée par un tri­bu­nal amé­ri­cain de toute charge dans le cadre de la ma­rée noire du golfe du Mexique en 2010. « Toutes les charges contre la so­cié­té » dans le cadre du nau­frage de la pla­te­forme de fo­rage pé­tro­lier Deep­wa­ter Ho­ri­zon, ont « été re­je­tées » par la jus­tice amé­ri­caine, a in­di­qué Wea­ther­ford dans un com­mu­ni­qué.

Se­lon le juge Carl Bar­bier, il n’y a « pas de preuve que l’an­neau de ci­men­ta­tion de Wea­ther­ford (...) était dé­fec­tueux » et que la so­cié­té, dont le siège est à Ge­nève, a contri­bué d’une quel­conque ma­nière à la ma­rée noire. Le ju­ge­ment ré­cent met un terme à toute pour­suite de­vant un tri­bu­nal ci­vil.

L’ex­plo­sion, le 20 avril 2010, de la pla­te­forme Deep­wa­ter Ho­ri­zon, si­tuée à 80 km au large de la Nou­velle-or­léans, a fait 11 morts et a ré­pan­du des cen­taines de mil­lions de litres de brut dans le golfe du Mexique jus­qu’à la fer­me­ture du puits quatre mois plus tard. Cet ac­ci­dent a cau­sé la pire ca­tas­trophe éco­lo­gique de l’his­toire des Etats-unis.

Une in­cen­die a ra­va­gé la ré­serve de Sa­lou­ga et Gha­zal à As­souan.

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