A la re­cherche d’un nou­veau souffle

UMA . Les chefs de la di­plo­ma­tie des pays du Magh­reb se sont ren­con­trés à Ra­bat pour re­dy­na­mi­ser l’union du Magh­reb arabe, une or­ga­ni­sa­tion res­tée lettre morte près d’un quart de siècle après sa créa­tion.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Abir Ta­leb

L’UNION­du Magh­reb Arabe (UMA) a été créée le 17 fé­vrier 1989 à Mar­ra­kech dans le sud du Ma­roc, mais son der­nier som­met re­monte à 1996. Au cours de ces 23 an­nées, une cin­quan­taine de conven­tions ont été si­gnées entre les Etats membres (Ma­roc, Al­gé­rie, Mau­ri­ta­nie, Tu­ni­sie, Li­bye), sans pour au­tant at­teindre les ob­jec­tifs de ce grou­pe­ment ré­gio­nal. Pour cause, les re­la­tions dif­fi­ciles entre les an­ciens di­ri­geants de cette ré­gion, no­tam­ment entre l’al­gé­rie et le Ma­roc, qui ont long­temps consti­tué une en­trave à la construc­tion de L’UMA.

Mais le Prin­temps arabe a in­suf­flé un nou­vel es­prit. « J’es­père que 2012 se­ra l’an­née de L’UMA », a dé­cla­ré le pré­sident tu­ni­sien, Mon­cef Mar­zou­ki, tout en sou­hai­tant « res­sus­ci­ter le grand rêve de l’union magh­ré­bine ». De son cô­té, le mi­nistre d’etat et se­cré­taire gé­né­ral du Front de Li­bé­ra­tion Na­tio­nal ( FLN, par­ti pré­si­den­tiel), Ab­de­la­ziz Bel­kha­dem, a af­fir­mé di­manche, au len­de­main de la réunion des chefs de la di­plo­ma­tie de L’UMA à Ra­bat : « Nous avons per­du beau­coup de temps pour l’édi­fi­ca­tion du grand Magh­reb. On ne va pas vivre in­dé­fi­ni­ment dos à dos. Il faut bien qu’un jour on puisse se re­grou- per, et les temps que l’on connaît sont des temps de grands es­paces ». Il fai­sait ré­fé­rence au Ma­roc avec le­quel les fron­tières ter­restres sont fer­mées de­puis 1994. Sa­me­di, dans un mes­sage aux di­ri­geants des quatre autres pays membres de L’UMA, le pré­sident al­gé­rien, Ab­de­la­ziz Bou­te­fli­ka, avait ap­pe­lé à la re­lance de cette en­ti­té, sclé­ro­sée de­puis 1994. « La réa­li­sa­tion de l’uni­té magh­ré­bine à l’ère des en­sembles ré­gio­naux et in­ter­na­tio­naux est un im­pé­ra­tif vi­tal et pres­sant en vue de per­mettre à nos peuples frères de re­le­ver les dé­fis au sein d’un en­semble sou­dé et uni. Nous sommes te­nus dans notre dé­marche d’oeu­vrer sur la base d’une ap­proche réa­liste et pro­gres­sive qui prend en compte les in­té­rêts de nos pays et les am­bi­tions de nos peuples », a-t-il ajou­té.

Or, le blo­cage au­quel fait face L’UMA re­vient prin­ci­pa­le­ment au dif­fé­rend exis­tant entre l’al­gé­rie et le Ma­roc. Certes, Ra­bat et Al­ger ont en­ta­mé un rap­pro­che­ment, mais ils n’ont pas pour au­tant abou­ti à un ac­cord sur l’ou­ver­ture de leurs fron­tières ter­restres fer­mées de­puis 1994, ni sur le conten­tieux au­tour du Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, prin­ci­pal point de désac­cord entre les deux pays. « Nous n’avons tout sim­ple­ment pas abor­dé l’af­faire du Sa­ha­ra », s’est conten­té d’af­fir­mer le mi­nistre ma­ro­cain des Af­faires étran­gères, Saa­ded­dine Oth­ma­ni, en ré­ponse à une ques­tion. « Cette ques­tion de la frontière ter­restre n’est pas ta­boue. Nous oeu­vrons pour sa ré­ou­ver­ture », a pour sa part sou­li­gné son ho­mo­logue al­gé­rien, Mou­rad Me­del­ci. Dans ses dis­cours, le roi Mo­ham­med VI du Ma­roc ap­pelle ré­gu­liè­re­ment son voi­sin al­gé­rien à ou­vrir sa frontière ter­restre. « Quand vous avez un pro­blème que vous ne pou­vez sur­mon­ter, il faut le contour­ner et le mettre entre pa­ren­thèses », a plai­dé ré­cem­ment le pré­sident tu­ni­sien à propos de ce conflit vieux de 35 ans, pour évi­ter que les conten­tieux al­gé­ro­ma­ro­cain n’en­travent en­core une fois la re­lance de L’UMA.

Le roi Mo­ham­med VI a éga­le­ment ap­pe­lé à la créa­tion d’un « nou­vel ordre magh­ré­bin qui tient compte des chan­ge­ments in­ter­ve­nus en Li­bye et en Tu­ni­sie ». En fait, face aux at­tentes lé­gi­times, les écueils restent néan­moins très im­por­tants sur la voie d’un nou­veau Magh­reb. Les nou­veaux gou­ver­ne­ments ins­tal­lés à Tri­po­li et à Tu­nis connaissent les dif­fi­cul­tés de l’après-ré­vo­lu­tion sur fond d’in­sé­cu­ri­té. C’est pour ce­la que la co­opé­ra­tion an­ti-ter­ro­riste a do­mi­né les dis­cus­sions des mi­nistres des Af­faires étran­gères des cinq pays du Magh­reb. Il a été dé­ci­dé que l’al­gé­rie ac­cueille dans les pro­chaines se­maines les mi­nistres des Af­faires étran­gères du Magh­reb « pour dé­fi­nir leurs ob­jec­tifs pour la sta­bi­li­té de la ré­gion, la lutte contre le ter­ro­risme et le crime or­ga­ni­sé », se­lon le mi­nistre al­gé­rien des Af­faires étran­gères.

Quant à l’in­té­gra­tion éco­no­mique, beau­coup reste à faire. L’UMA est un vaste en­semble qui s’étend sur une su­per­fi­cie de plus de 6 mil­lions de km2, avec une po­pu­la­tion de quelque 100 mil­lions d’ha­bi­tants. Néan­moins, les échanges com­mer­ciaux in­ter-magh­ré­bins re­pré­sen­taient en 2010 moins de 2 % de l’en­semble de leurs échanges ex­té­rieurs, un des taux ré­gio­naux les plus bas du monde. Evo­quant cette ques­tion, « un ap­pel est lan­cé aux mi­nistres du Com­merce et de l’agri­cul­ture des cinq pays pour l’éla­bo­ra­tion d’un ac­cord de libre-échange », a af­fir­mé M. Oth­ma­ni. Mais il fau­dra at­tendre le pro­chain som­met de L’UMA, qui se tien­dra avant la fin de l’an­née 2012 pour que de réelles avan­cées aient lieu

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