Un trio pour la paix

PA­KIS­TAN . Is­la­ma­bad a ac­cueilli cette se­maine un som­met re­grou­pant le Pa­kis­tan, l’af­gha­nis­tan et l’iran, en vue de dis­cu­ter du pro­ces­sus de paix en Af­gha­nis­tan et de la sta­bi­li­té dans la ré­gion.

Al Ahram Hebdo - - Monde - M. Ch.

IL S’AGIT du 3e som­met à re­grou­per les chefs d’etat ira­nien, pa­kis­ta­nais et af­ghan pour dis­cu­ter du pro­ces­sus de paix en Af­gha­nis­tan. Pour­tant, ce der­nier re­vêt une im­por­tance par­ti­cu­lière, car il in­ter­vient dans un contexte de haute ten­sion dans la ré­gion. On peut même dire que la ré­gion est au bord de l’em­bra­se­ment, sur­tout que les me­naces is­raé­liennes d’adres­ser une frappe mi­li­taire à Té­hé­ran à cause de son pro­gramme nu­cléaire ne font que s’ac­croître. Bien plus, les re­la­tions entre Wa­shing­ton et Is­la­ma­bad, son al­lié-clé dans sa « guerre contre le ter­ro­risme » de­puis fin 2001, ont té­moi­gné ces der­niers mois d’une dé­té­rio­ra­tion sans pré­cé­dent. Sans ou­blier la me­nace de cer­tains pays de l’otan — en pre­mier lieu la France — de re­ti­rer leurs troupes du bour­bier af­ghan en 2013, soit un an avant la date pré­vue, lais­sant le bé­bé af­ghan faire ses pre­miers pas tout seul dans le monde de l’in­dé­pen­dance face à un en­ne­mi re­dou­table, les ta­li­bans. « Nous sommes ve­nus ren­for­cer la co­opé­ra­tion entre nos trois na­tions. Nous al­lons avan­cer pour ré­soudre nos pro­blèmes et nous de­vrions em­pê­cher les autres d’in­ter­fé­rer. L’in­ter­ven­tion des étran­gers dans la ré­gion a ac­cru l’in­sé­cu­ri­té en Af­gha­nis­tan et au Pa­kis­tan », a cri­ti­qué le pré­sident ira­nien dans une ou­verte dia­tribe aux Oc­ci­den­taux.

Lors de cette ren­contre où le pré­sident af­ghan semble ve­nir sol­li­ci­ter l’aide de son voi­sin pa­kis­ta­nais face à des ta­li­bans in­cas­sables, Ha­mid Kar­zaï a ré­cla­mé des actes plus que des mots pour ame­ner les re­belles à né­go­cier la paix. Pour sa part, le Pa­kis­tan s’est dit prêt à faire tout ce que Ka­boul lui ré­cla­me­rait pour faire avan­cer la paix. L’af­gha­nis­tan a tou­jours ac­cu­sé Is­la­ma­bad de sou­te­nir les re­belles af­ghans qui ne cessent de frap­per des deux cô­tés des fron­tières. Ven­dre­di, le pré­sident pa­kis­ta­nais, Asif Zar­da­ri, a nié jouer un double jeu pour pré­ser­ver ses in­té­rêts stra­té­giques en Af­gha­nis­tan. Or, même si les re­la­tions entre Ka­boul et Is­la­ma­bad ont sou­vent été plom­bées par manque de confiance mu­tuel, les deux pré­si­dents — fai­sant face à des dé­fis beau­coup plus im­por­tants — se sont dits prêts, ven­dre­di, à fa­vo­ri­ser la paix pour sta­bi­li­ser leurs deux pays. Se­lon les ex­perts, le Pa­kis­tan, seule puis­sance nu­cléaire mi­li­taire avé­rée du monde mu­sul­man, est consi­dé­ré par Wa­shing­ton et les Oc­ci­den­taux comme un élé­ment-clé pour la sta­bi­li­té de la ré­gion. Mais quel in­té­rêt tire Is­la­ma­bad de par l’or­ga­ni­sa­tion de trois som­mets concer­nant son voi­sin af­ghan ?

Deux mo­tifs semblent tran­cher la ques­tion : le pre­mier est qu’is­la­ma­bad juge vi­tale la pré­sence de « ré­gimes amis » chez ses voi­sins ira­nien et af­ghan en rai­son de la pré­sence à sa frontière orien­tale de son ri­val de tou­jours, l’inde. Le deuxième est qu’il tient à ne pas être ex­clu des né­go­cia­tions de paix concer­nant son voi­sin af­ghan. En fait, le conflit af­ghan, qui op­pose de­puis dix ans le gou­ver­ne­ment de Ka­boul et son al­lié de la force de l’otan aux ta­li­bans, a connu un tour­nant en dé­cembre, lorsque les re­belles ont, pour la pre­mière fois, ac­cep­té le prin­cipe de né­go­cia­tions de paix avec les Etats-unis qui di­rigent l’isaf. Se­lon le pré­sident af­ghan, des dis­cus­sions se­crètes tri­par­tites entre les Etats-unis, l’af­gha­nis­tan et les ta­li­bans ont dé­jà com­men­cé.

Or, les ta­li­bans ont nié dis­cu­ter avec le gou­ver­ne­ment af­ghan, dé­men­tant ain­si des dé­cla­ra­tions du pré­sident Kar­zaï. « Les re­belles n’ont pas dis­cu­té, où que ce soit, avec l’ad­mi­nis­tra­tion fan­toche de Ka­boul et n’ont même pas en­core dé­ci­dé s’ils sou­hai­taient le faire », a af­fir­mé Za­bi­hul­lah Mu­ja­hid, un de leurs porte-pa­roles. Par le pas­sé, le gou­ver­ne­ment de Ha­mid Kar­zaï a été te­nu à l’écart de contacts ex­plo­ra­toires entre les Amé­ri­cains et les ta­li­bans, ces der­niers re­fu­sant de dis­cu­ter avec des res­pon­sables qu’ils per­çoivent comme des ma­rion­nettes des Etats-unis.

Ayant tous deux des re­la­tions per­tur­bées avec Wa­shing­ton, Té­hé­ran et Is­la­ma­bad se sont fort rap­pro­chés lors de la réunion. Le pré­sident pa­kis­ta­nais a fait sa­voir à son ho­mo­logue ira­nien que le Pa­kis­tan ne four­ni­rait pas de base à l’ar­mée amé­ri­caine si Wa­shing­ton avait pour in­ten­tion d’at­ta­quer l’iran et que le Pa­kis­tan sou­tien­drait l’iran contre toute agression étran­gère. Reste à sa­voir si ce rap­pro­che­ment entre les trois pays voi­sins réus­si­rait à sta­bi­li­ser la ré­gion et à pa­rer l’écla­te­ment d’une guerre

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