Dans le flou to­tal

Une ini­tia­tive pri­vée ré­vèle que per­sonne ne sait vrai­ment comment sont uti­li­sés les fonds amé­ri­cains.

Al Ahram Hebdo - - Economie - May At­ta

Sans vrai­ment sa­voir en quoi consiste l’aide amé­ri­caine, plu­sieurs Egyp­tiens ont par­ti­ci­pé — de ma­nière vo­lon­taire ou obli­ga­toire — à l’ini­tia­tive du cheikh sa­la­fi de re­nom Mo­ha­mad Has­sane pour rem­pla­cer cette aide par un fonds de do­na­tions lo­cales.

Fat­ma Ab­del-aziz, em­ployée de la Com­pa­gnie d’élec­tri­ci­té, ra­conte que la so­cié­té pu­blique où elle tra­vaille a en­ta­mé une col­lecte de dons au­près des em­ployés et des ou­vriers dont les sa­laires suf­fisent à peine aux be­soins de leurs fa­milles. « Mon di­rec­teur a dis­tri­bué des for­mu­laires aux em­ployés pour ceux qui veulent contri­buer au Fonds d’aide à l’éco­no­mie égyp­tienne. Quand il a dis­tri­bué ces do­cu­ments, il a aus­si pui­sé sur le bud­get de la com­pa­gnie quelque 40 000 L.E. pour re­nou­ve­ler son bu­reau », s’in­surge Fat­ma. Et de pour­suivre : « Pour­quoi dois-je ai­der si je ne sais pas si c’est le peuple qui pro­fite réel­le­ment de la va­leur de l’aide amé­ri­caine ou non ? ». De son cô­té, une ins­ti­tu­tion de presse égyp­tienne a dé­ci­dé, sans leur de­man­der leur avis, de ponc­tuer deux jours de sa­laires sur ses em­ployés, pour ali­men­ter ce fonds.

L’ini­tia­tive de Has­sane est ar­ri­vée sans ré­pondre à ce genre de ques­tions. L’aide amé­ri­caine à l’egypte doit at­teindre 1,55 mil­liard de dol­lars cette an­née, dont 1,3 mil­liard des­ti­nés à l’ar­mée et le reste au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. L’egypte est le qua­trième bé­né­fi­ciaire de l’aide amé­ri­caine au monde, der­rière Is­raël (3 mil­liards de dol­lars), le Pa­kis­tan (3,1 mil­liards) et l’af­gha­nis­tan (3,9 mil­liards). En ce qui concerne l’aide au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, l’egypte ne re­çoit que 250 mil­lions de dol­lars de sub­ven­tions. Cette somme était à hau­teur de 815 mil­lions au dé­but des an­nées 2000, puis elle est de l’aide, la po­pu­la­tion n’en connaît rien, sur­tout que le bud­get mi­li­taire n’est pas dé­taillé dans le bud­get de l’etat, et l’aide n’est pas dis­cu­tée au Par­le­ment. Mais plu­sieurs avis es­timent qu’elle est ir­rem­pla­çable.

« D’après nos in­for­ma­tions mo­destes, l’aide mi­li­taire se di­vise en trois par­ties. Le tiers concerne la for­ma­tion de l’ar­mée égyp­tienne. Le reste concerne l’achat des armes et leurs pièces dé­ta­chées », ex­plique Kha­led Fah­mi, professeur à l’uni­ver­si­té amé­ri­caine du Caire (AUC). Il ajoute que dans ce cas, les dons ne peuvent être une al­ter­na­tive à la for­ma­tion et l’as­sis­tance tech­nique. Pour lui, cette ini­tia­tive peut être seule­ment ef­fi­cace dans un pays qui fa­brique ses armes comme la Tur­quie. « Per­sonne ne peut sa­voir si les res­pon­sables ont le pou­voir de fran­chir cette étape ou non », dé­clare-t-il.

Il est vrai que la po­pu­la­tion ne s’ar­rête à ce genre de consi­dé­ra­tions, mais elle se de­mande pour­quoi le gou­ver­ne­ment et les is­la­mistes veulent de l’ar­gent du peuple alors qu’ils n’es­saient pas de faire ces­ser les ex­por­ta­tions de gaz à Is­raël à prix très avan­ta­geux, ce qui fait perdre des mil­liards au pays. Ils se de­mandent aus­si pour­quoi le gou­ver­ne­ment n’a pas dé­ter­mi­né à ce jour de sa­laire maxi­mum ou n’es­saie pas vrai­ment de ré­cu­pé­rer les biens mal ac­quis des res­pon­sables de l’an­cien ré­gime dans les banques à l’étran­ger. Il était fa­cile pour le cheikh Has­sane d’uti­li­ser son in­fluence spi­ri­tuelle pour de­man­der à un peuple, dont la ma­jo­ri­té vit en des­sous du seuil de pau­vre­té, de faire des dons. Mais à cette ini­tia­tive, il manque de l’hon­nê­te­té et de la trans­pa­rence pas­sée à 415 en 2008 jus­qu’à at­teindre main­te­nant 250 mil­lions dol­lars. « Le ci­toyen égyp­tien ne pro­fite que de 3 dol­lars seule­ment sur cette somme, alors que le ci­toyen jor­da­nien pro­fite de 40 dol­lars de l’aide amé­ri­caine. D’un autre cô­té, 80 % de cette aide re­tourne in­di­rec­te­ment aux Etats-unis sous forme d’im­por­ta­tions et de sa­laires aux Amé­ri­cains qui tra­vaillent dans les pro­jets d’aide amé­ri­caine en Egypte », ex­plique Waël Ga­mal, ana­lyste éco­no­mique. Il ajoute aus­si que l’aide éco­no­mique est peu sur­veillée par les ci­toyens. Par exemple, dans le do­maine de l’agri­cul­ture, le gou­ver­ne­ment re­çoit une aide des­ti­née aux re­cherches et à la culture des Or­ga­nismes Gé­né­ti­que­ment Mo­di­fiés (OGM) qui peuvent pré­sen­ter des risques sur la san­té et l’environnement. Alors que les OGM en Eu­rope ou même aux EtatsU­nis ren­contrent une op­po­si­tion crois­sante des ONG de dé­ve­lop­pe­ment en­vi­ron­ne­men­tal « et ce à cause des pré­oc­cu­pa­tions liées à la conta­mi­na­tion des cultures bio­lo­giques et à l’im­pact sur le cli­mat en rai­son d’un be­soin ex­ces­sif de pes­ti­cides, de des­truc­tion de la bio­di­ver­si­té et de l’agri­cul­ture lo­cale », ajoute Ga­mal.

Par ailleurs, les Egyp­tiens ne ren­contrent plus ces pro­duits por­tant le lo­go de l’agence amé­ri­caine de l’aide in­ter­na­tio­nale, comme dans les an­nées 1980. Car l’aide est plu­tôt des­ti­née à des pro­jets d’in­fra­struc­ture, tou­jours sans au­cune éva­lua­tion sé­rieuse de son im­pact sur la vie des ci­toyens.

Pas dis­cu­tée au Par­le­ment

Pour l’aide mi­li­taire qui re­pré­sente presque 90%

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