L’homme de consen­sus

Evo­luant dans l’ombre de Saleh, Man­sour Ha­di est pour­tant élu avec 99,8 % des voix, bé­né­fi­ciant d’un ap­pui po­pu­laire et d’un sou­tien ré­gio­nal.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Hé­ba Nas­red­dine

Il était le seul nom sur le bul­le­tin de vote. Abd-rab­bo Man­sour AlHa­di, vice-pré­sident du Yé­men pen­dant 17 ans, était l’unique can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle « an­ti­ci­pée » du 21 fé­vrier. Au­jourd’hui, il est le nou­veau chef d’etat met­tant of­fi­ciel­le­ment fin au règne de Ali Ab­dal­lah Saleh, au pou­voir de­puis 1978. Homme du ré­gime, il dé­clare pour­tant qu’« il s’agit d’un jour his­to­rique pour le Yé­men. Un pre­mier pas sur la voie d’un ave­nir sûr ».

Son an­cien maître, Saleh, avait ap­pe­lé à vo­ter pour lui et « par­ti­ci­per à ce ren­dez-vous dé­mo­cra­tique ». Ha­di lui même a sou­hai­té sa­luer le pré­sident Saleh. « Nous n’au­rions pas pu par­ve­nir à ce rè­gle­ment s’il n’avait pas (...) fait pri­mer l’in­té­rêt de son pays sur toute consi­dé­ra­tion de ven­geance ». Tou­jours dans l’ombre de Saleh, il était vu comme étant un homme faible et sans am­bi­tion po­li­tique. Son élec­tion n’in­carne pas vrai­ment le chan­ge­ment. Mi­nistre de la Dé­fense en 1994 puis vice-pré­sident, le ma­ré­chal Ha­di a oc­cu­pé le de­vant de la scène po­li­tique en as­su­rant pen­dant quatre mois l’in­té­rim de Saleh, griè­ve­ment bles­sé lors d’un at­ten­tat en juin der­nier. Au sein de l’ar­mée, il a su gra­vir les éche­lons sous la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique po­pu­laire du Yé­men, Etat en re­la­tion étroite avec L’URSS.

Agé de 66 ans, dis­cret, ce mi­li­tai- re de car­rière sans base po­pu­laire ou tri­bale avait su se ré­vé­ler comme un homme de consen­sus. Il a peau­fi­né son image d’homme jouis­sant du res­pect de la classe po­li­tique, y com­pris de l’op­po­si­tion écra­sée par le blo­cage po­li­tique im­po­sé par Saleh. Les prin­ci­paux ac­teurs du sou­lè­ve­ment po­pu­laire, dont l’op­po­sante Ta­wak­kol Kar­man, prix Nobel de la Paix 2011, et membre du par­ti Al-is­lah, ont ap­pe­lé à vo­ter pour lui.

Dé­si­gné dans le cadre d’un plan amé­ri­ca­no-ré­gio­nal, Ha­di jouit d’un large sou­tien ré­gio­nal et in­ter­na­tio­nal. Quelques jours avant les élec­tions, il a ren­con­tré John Bren­nan, conseiller du pré­sident amé­ri­cain pour la sé­cu­ri­té na­tio­nale, qui lui a re­mis une lettre de Ba­rac Oba­ma où il lui as­sure son sou­tien. Juste avant la si­gna­ture de l’ac­cord arabe, Ha­di s’était ren­du en soi-di­sant vi­site « mé­di­cale » fin oc­tobre à Wa­shing­ton.

De­puis 2009, Ha­di se ren­dait dans les pays du Conseil de co­opé­ra­tion des pays du Golfe. De­puis, le Qa­tar af­firme les re­la­tions étroites entre les deux pays et ex­prime son ap­puie à l’uni­té na­tio­nale au Yé­men. « Nous avons l’in­ten­tion de dé­ployer toutes nos pos­si­bi­li­tés pour sou­te­nir l’uni­té du Yé­men, afin d’as­su­rer la sta­bi­li­té de ce pays », sou­ligne le prince hé­ri­tier cheikh Ta­mim bin Ham­mad. Quant à l’ara­bie saou­dite qui a or­ga­ni­sé l’ac­cord de tran­si­tion, elle ne cache pas ses craintes à propos des conflits in­ternes au Yé­men. Elle a ob­te­nu du nou­veau gou­ver­ne­ment la ga­ran­tie que les troubles au Yé­men ne dé­bor­de­ront pas sur ses fron­tières.

Il jouit dé­jà de la confiance de Mos­cou, qu’il avait vi­si­té à maintes re­prises à l’époque Saleh, pour l’achat d’armes. La Rus­sie n’a pas tar­dé à lui ex­pri­mer ses voeux tout en pro­po­sant ses aides pour ai­der le pays à sor­tir de l’im­passe.

Ela­bo­rer une nou­velle

Cons­ti­tu­tion

Ha­di pro­met d’en­tre­prendre des « ré­formes ra­di­cales ». Il de­vra pro­cé­der à la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment d’union avec l’op­po­si­tion, qui se­ra char­gé de su­per­vi­ser un dia­logue na­tio­nal et d’éla­bo­rer une nou­velle Cons­ti­tu­tion. « Beau­coup doutent qu’il en ait les ca­pa­ci­tés, mais il a sur­pris jus­qu’à présent », es­time Do­mi­nique Tho­mas, spé­cia­liste du Yé­men à l’ecole des hautes études en sciences so­ciales.

La mis­sion qui l’at­tend est ti­ta­nesque. Son man­dat a été fixé à deux ans, le temps de mettre en place les nou­velles ins­ti­tu­tions cen­sées être to­ta­le­ment dé­mo­cra­tiques, et d’en­ta­mer la re­cons­truc­tion de son pays dé­vas­té. Il a de­man­dé une aide in­ter­na­tio­nale et pro­pose la cons­ti­tu­tion d’un fonds d’ur­gence pour ai­der le gou­ver­ne­ment à sor­tir de la crise. « Nous es­pé­rons que le G20 ap­puie­ra la te­nue d’une confé­rence pour sou­te­nir le Yé­men éco­no­mi­que­ment alors que plu­sieurs mil­liards de dol­lars sont né­ces­saires pour ré­ha­bi­li­ter le pays, se­lon les es­ti­ma­tions ». L’un des dos­siers les plus épi­neux pour le nou­veau pou­voir yé­mé­nite est la ques­tion du Sud. Ori­gi­naire d’abian, l’un des bas­tions du Mou­ve­ment su­diste, et ac­tuel­le­ment d’al- Qaë­da, Ha­di s’est en­ga­gé au dia­logue avec les au­to­no­mistes su­distes. Il dit tendre éga­le­ment la main à la ré­bel­lion nor­diste en as­su­rant qu’ils sont « des prio­ri­tés qu’il faut ra­pi­de­ment exa­mi­ner, à coeur ou­vert et sans pré­ju­gés ». Autre cible dé­si­gnée : le ter­ro­risme. Il s’est en­ga­gé à réuni­fier l’ar­mée, scin­dée en deux en rai­son du ral­lie­ment d’une par­tie de la troupe au sou­lè­ve­ment po­pu­laire qui a fait tom­ber son pré­dé­ces­seur

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