Les cal­culs po­li­tiques émergent

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Sa­mer So­li­man

GOU­VER­NE­MENT . Dans son dis­cours de­vant le Par­le­ment, le pre­mier mi­nistre, Ka­mal Al-gan­zou­ri, a soi­gneu­se­ment évi­té d’abor­der les pro­blèmes les plus pres­sants. Les Frères disent vou­loir

for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion.

«C’est grâce à Dieu que vous êtes là, et c’est grâce à Dieu que je suis là. Nous sommes tous sou­mis à la vo­lon­té de Dieu ». C’est ain­si que le pre­mier mi­nistre, Ka­mal Al- Gan­zou­ri, a com­men­cé son dis­cours, di­manche 26 fé­vrier, de­vant le Par­le­ment. Il y a mul­ti­plié les ré­fé­rences re­li­gieuses dans l’ob­jec­tif clair de ten­ter de sé­duire une as­sem­blée ma­jo­ri­tai­re­ment is­la­miste. Une ten­ta­tive qui n’a pour­tant que fai­ble­ment réus­si.

Le pre­mier mi­nistre a fait por­ter la res­pon­sa­bi­li­té des condi­tions sé­cu­ri­taires et de la si­tua­tion éco­no­mique ca­tas­tro­phique à des com­plo­teurs étran­gers qui veulent pu­nir l’egypte ré­vo­lu­tion­naire. Ces der­niers iraient jus­qu’à sanc­tion­ner les ex­por­ta­tions égyp­tiennes de co­ton et à re­je­ter les de­mandes de de­vises étran­gères des ins­ti­tu­tions fi­nan­cières du pays. Na­tu­rel­le­ment, Gan­zou­ri n’a pas nom­mé ces « com­plo­teurs » qui, tou­jours d’après lui, par­tagent la res­pon­sa­bi­li­té de la crise égyp­tienne avec l’an­cien ré­gime, le­quel a « sub­mer­gé le pays de dettes ».

Cu­rieu­se­ment, le pré­sident du gou­ver­ne­ment in­té­ri­maire, dont la date d’ex­pi­ra­tion ap­proche, a par­lé abon­dam­ment de l’ave­nir évo­quant des pro­jets à long terme pour « sor­tir de la val­lée étroite vers le dé­sert » : un dis­cours qui rap­pelle ses pro­jets am­bi­tieux quand il oc­cu­pait le même poste dans les an­nées 1990 — et no­tam­ment son pro­jet phare de « to­ch­ka » . Ce pro­jet pré­voyait la bo­ni­fi­ca­tion de mil­liers de fed­dans au sud de l’egypte. Le pre­mier mi­nistre a ain­si consi­dé­ré l’ave­nir loin­tain sans être ca­pable d’ex­pli­quer aux dé­pu­tés son plan pour ré­for­mer le mi­nis­tère de l’in­té­rieur ou pa­rer au plus pres­sé.

Les ré­ac­tions au dis­cours du pre­mier mi­nistre sont, dans l’en­semble, né­ga­tives. « Gan­zou­ri se trompe s’il croit que nous al­lons lui ac­cor­der notre confiance après son dis­cours in­co­lore » , a lan­cé le pré­sident du bloc par­le­men­taire du Par­ti Li­ber­té et Jus­tice ( PLJ) is­su des Frères mu­sul­mans, Hus­sein Ibra­him. D’après lui, le PLJ en­vi­sage sé­rieu­se­ment la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment. Es­sam Al- Eriane, un lea­der de la confré­rie, avait ex­pri­mé peu au­pa­ra­vant l’im­pa­tience de l’as­sem­blée face à la né­gli­gence et à l’ir­res­pon­sa­bi­li­té du mi­nis­tère de l’in­té­rieur. S’adres­sant di­rec­te­ment au mi­nis­tère de l’in­té­rieur qui était re­pré­sen­té à l’as­sem­blée, Al- Eriane avait de­man­dé une vraie ré­forme de l’ins­ti­tu­tion po­li­cière.

Pauvre per­for­mance

Les Frères mu­sul­mans au­raient dé­ci­dé d’in­ten­si­fier leurs pres­sions sur un gou­ver­ne­ment dont la pauvre per­for­mance en ma­tière de sé­cu­ri­té et d’éco­no­mie est de­ve­nue évi­dente aux yeux de l’opi­nion pu­blique. Les Frères eux- mêmes font l’ob­jet de pres­sions pour for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion. Ils sont ac­cu­sés, aus­si bien par leurs par­ti­sans que par leurs dé­trac­teurs, de vou­loir se dé­ro­ber à leurs res­pon­sa­bi­li­tés ( faute de pro­gramme ou de lea­der­ship) en re­non­çant à la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment. Les Frères sont dé­sor­mais dans l’im­passe : après avoir eu la confiance et le sou­tien d’une large par­tie de la po­pu­la­tion lors des élec­tions de l’as­sem­blée du peuple et du Conseil con­sul­ta­tif, ils sont de­ve­nus la force mo­trice du Par­le­ment. Une réa­li­té qui fait que les Frères se­ront les pre­miers à être te­nus pour res­pon­sables de la dés­illu­sion des Egyp­tiens si l’as­sem­blée du peuple échoue à re­dres­ser la si­tua­tion dans le pays.

La confré­rie a com­men­cé ces der­niers jours à évo­quer à tra­vers des al­lu­sions des­ti­nées à l’opi­nion pu­blique la pos­si­bi­li­té de re­ti­rer sa confiance au gou­ver­ne­ment ac­tuel en vue de for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion sous leur di­rec­tion. Hus­sein Ibra­him a même pré­vu le dé­but des dé­li­bé­ra­tions pour la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment dans deux se­maines.

Mais cette dé­marche ren­contre un obs­tacle de taille, étant don­né que le ré­gime po­li­tique égyp­tien est un sys­tème pré­si­den­tiel, ac­cor­dant le droit de for­mer le gou­ver­ne­ment au pré­sident de la Ré­pu­blique et non pas au Par­le­ment. Tou­te­fois, se­lon le pré­sident du bloc par­le­men­taire des Frères, le Conseil mi­li­taire ne s’op­po­se­ra pas à la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion.

Il se peut aus­si que les Frères ne soient pas sé­rieux dans leur ini­tia­tive et qu’ils cherchent sim­ple­ment à ma­noeu­vrer pour ga­gner du temps jus­qu’à l’élec­tion d’un nou­veau pré­sident. Du­rant ces quelques mois, ils peuvent in­ten­si­fier leurs cri­tiques à l’en­contre du gou­ver­ne­ment de Gan­zou­ri tout en af­fi­chant leur in­ten­tion de for­mer un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion et en sug­gé­rant que l’ar­mée fait obs­tacle à la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment.

Quoi qu’il en soit, le gou­ver­ne­ment de Ka­mal Al- Gan­zou­ri vit ses der­niers mois, et ce sont les Frères qui de­vront for­mer — ou du moins être for­te­ment re­pré­sen­tés — dans tout nou­veau gou­ver­ne­ment. Le rôle d’op­po­sants que les Frères jouent pren­dra fin quand ils se­ront dé­ten­teurs d’un pou­voir as­sez réel pour les rendre eux- mêmes res­pon­sables de la si­tua­tion sé­cu­ri­taire et éco­no­mique du pays

Ré­fu­giés dans l’ombre de Gan­zou­ri, les Frères me­nacent de lui re­ti­rer la confiance.

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