Dé­rive ver­bale

PAR­LE­MENT . Le li­bé­ral Ziyad Al-elei­mi est le pre­mier dé­pu­té du Par­le­ment post-ré­vo­lu­tion­naire à être dé­fé­ré de­vant une com­mis­sion de dis­ci­pline pour avoir « in­sul­té » le pré­sident du Conseil su­prême des forces ar­mées.

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Ra­sha Ha­na­fy

POUR cer­tains, Ziyad Al-elei­mi a com­mis une er­reur et il doit être pu­ni. Sur­tout qu’il a re­fu­sé de pré­sen­ter ses ex­cuses aux per­sonnes concer­nées. Pour d’autres, ce dé­pu­té li­bé­ral, ac­cu­sé d’avoir in­sul­té le chef du Conseil mi­li­taire, le ma­ré­chal Hus­sein Tan­ta­wi, et un autre lea­der sa­la­fiste, cheikh Mo­ha­mad Has­sane, n’a fait qu’exer­cer son droit à la li­ber­té d’ex­pres­sion. Un mois en­vi­ron après les lé­gis­la­tives, le Par­le­ment a dé­ci­dé, di­manche, de tra­duire Al-elei­mi de­vant une com­mis­sion de dis­ci­pline, une pre­mière de­puis la ré­vo­lu­tion. Les propos à charge ont été pro­fé­rés lors d’une cam­pagne de sou­tien aux ha­bi­tants de la ville de Port-saïd, qui craignent les consé­quences du mas­sacre des Ul­tras ah­la­wis com­mis chez eux. Le dé­pu­té dit avoir uti­li­sé des mé­ta­phores qu’il ne fal­lait pas prendre au pre­mier de­gré.

Al-elei­mi a pré­sen­té ses ex­cuses au dé­but d’une séance par­le­men­taire la se­maine der­nière. Il a de­man­dé par­don « dans le cas où ses propos au­raient été mal com­pris par cer­tains ». Une tour­nure que la ma­jo­ri­té des membres n’ont pas ac­cep­tée puis­qu’il s’agit pour eux de pré­sen­ter des ex­cuses claires et sans am­bages. Al-elei­mi a re­fu­sé d’al­ler plus loin.

L’af­faire, tou­jours en sus­pens, a sus­ci­té des in­ter­pré­ta­tions di­verses. Cer­tains ob­ser­va­teurs pensent que le Par­le­ment ne peut pas de­man­der des comptes au dé­pu­té pour des propos te­nus en de­hors de l’hé­mi­cycle. « C’est aux per­sonnes qui se sentent lé­sées par ces propos de re­cou­rir à la jus­tice. Cette at­taque contre le dé­pu­té nous rap­pelle ce que l’an­cien ré­gime fai­sait avec les membres de l’op­po­si­tion au sein du Par­le­ment. Je pense que le Par­le­ment se trans­forme en un tri­bu­nal d’in­qui­si­tion, alors que l’on pou­vait fa­ci­le­ment évi­ter l’es­ca­lade », ex­plique l’écri­vain et jour­na­liste Ga­mal Fah­mi.

Pour d’autres, dont le pré­sident de l’as­sem­blée du peuple, Saad Al-ka­tat­ni, les dé­pu­tés sont res­pon­sables de ce qu’ils disent aus­si bien à l’in­té­rieur qu’à l’ex­té­rieur du Par­le­ment. « Les in­sultes ne font pas par­tie de l’exer­cice dé­mo­cra­tique. De plus, le fait de pas­ser sous si­lence le com­por­te­ment des dé­pu­tés en de­hors de l’hé­mi­cycle risque de faire perdre le res­pect de leur fonc­tion. On se rap­pelle tous du dé­pu­té Hey­dar Bogh­da­di qui a été pu­ni pour des pho­tos qui lui avaient été prises dans un bar avec une dan­seuse. Ce fut il y a quelques an­nées et ce se­rait la ré­ac­tion nor­male de tout Par­le­ment », as­sure Alaa Ab­del-mo­neim, ju­riste et an­cien dé­pu­té au Par­le­ment.

Mais ce dis­cours prô­nant la ri­gueur est peu convain­quant, du moins pour les li­bé­raux qui se sentent vi­sés. Fah­mi ré­torque : « Il me semble que cet in­ci­dent montre que les forces au sein du Par­le­ment sont di­ri­gées contre la dé­mo­cra­tie et contre ceux qui re­pré­sentent le cou­rant li­bé­ral. La po­si­tion des dé­pu­tés a été toute autre quand le dé­pu­té Mous­ta­pha Ba­kri a in­sul­té Mo­ha­med Elba­ra­dei en l’ac­cu­sant d’être agent étran­ger. Ces propos étaient pro­non­cés sous la cou­pole du Par­le­ment et per­sonne ne s’en est in­di­gné ».

Mais les li­bé­raux ne sont pas tous d’ac­cord qu’il s’agit d’un com­plot contre eux. Par­mi eux, cer­tains ont du mal à ad­mettre le com­por­te­ment de leur col­lègue. « L’ob­jec­tif de la sanc­tion est de don­ner une le­çon aux autres pour qu’ils aient re­cours à la cri­tique et non pas à l’in­sulte. La li­ber­té est un en­ga­ge­ment. Je suis contre le fait d’in­sul­ter les autres. Mais je suis contre tout es­ca­lade me­née contre les dé­pu­tés », conclut Emad Gad, dé­pu­té li­bé­ral.

En at­ten­dant, les sup­por­ters d’al-elei­mi ma­ni­festent de­vant le Par­le­ment. Ce­lui-ci risque d’être pri­vé d’as­sis­ter à un cer­tain nombre de séances, alors qu’une peine mus­clée peut jus­qu’à lui re­ti­rer son sta­tut de dé­pu­té

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