Pas d’avan­cées no­toires

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Sa­lem

LSYRIE . Les com­bats se pour­suivent mal­gré la te­nue d’un ré­fé­ren­dum sur une nou­velle Cons­ti­tu­tion. La confé­rence de Tu­nis ap­pelle à ren­for­cer les sanc­tions sur le ré­gime d’al-as­sad

qui compte tou­jours sur le sou­tien de la Chine et de la Rus­sie.

A TERRE tremble tou­jours sous les pieds du ré­gime sy­rien. Après le ré­fé­ren­dum sur une nou­velle Cons­ti­tu­tion, le ré­gime d’al-as­sad pour­suit la ré­pres­sion des com­bat­tants proCNS (Conseil Na­tio­nal Sy­rien, la prin­ci­pale coa­li­tion d’op­po­si­tion) dans de nom­breuses villes et vil­lages du pays. Le gou­ver­ne­ment ne par­vient pas à étouf­fer une ré­volte ar­mée qui ne fai­blit pas de­puis 11 mois.

Plus de 14 mil­lions de Sy­riens étaient ap­pe­lés, di­manche 26 fé­vrier, à se pro­non­cer sur un texte consti­tu­tion­nel qui ins­taure le « plu­ra­lisme po­li­tique » et met fin à l’hé­gé­mo­nie du par­ti Baas, au pou­voir de­puis un de­mi-siècle. Le texte main­tient ce­pen­dant les larges pré­ro­ga­tives du chef d’etat et per­met à Al-as­sad de res­ter au pou­voir en théo­rie en­core 16 ans.

En ver­tu de la nou­velle Cons­ti­tu­tion, le pré­sident nomme tou­jours le pre­mier mi­nistre in­dé­pen­dam­ment de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire et peut, dans cer­tains cas, re­je­ter des lois vo­tées par l’as­sem­blée. L’ar­ticle 88 pré­voit que le pré­sident ne peut être élu que pour deux sep­ten­nats, mais l’ar­ticle 155 pré­cise que ces dis­po­si­tions ne s’ap­pli­que­ront qu’à par­tir de la pro­chaine pré­si­den­tielle pré­vue en 2014. Ba­char Al-as­sad s’est aus­si en­ga­gé à or­ga­ni­ser des élec­tions lé­gis­la­tives dans un dé­lai de 3 mois si la Cons­ti­tu­tion est adop­tée lors du ré­fé­ren­dum.

Pour faire pres­sion sur le ré­gime, l’op­po­si­tion ar­mée et les mi­li­tants pa­ci­fiques pro-dé­mo­cra­tie ont ap­pe­lé à boy­cot­ter ce scru­tin, qua­li­fiant ce ré­fé­ren­dum de « plai­san­te­rie », tout comme Hilla­ry Clin­ton, chef de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine. De­puis le dé­but de la contes­ta­tion, le ré­gime a ré­gu­liè­re­ment an­non­cé des ré­formes qui n’ont, dans les faits, été sui­vis que par une in­ten­si­fi­ca­tion de la ré­pres­sion. Plus de 7 600 per­sonnes ont été tuées de­puis mars 2011. Ces der­nières se­maines, les bi­lans quo­ti­diens se chif­fraient en di­zaines de morts, en ma­jo­ri­té des ci­vils, mais aus­si des sol­dats morts dans des af­fron­te­ments entre ar­mée et com­bat­tants re­belles.

Les « Amis de la Syrie »

Une confé­rence a par ailleurs été or­ga­ni­sée à Tu­nis par le groupe des « Amis de la Syrie ». Le com­mu­ni­qué fi­nal de cette confé­rence, qui réunis­sait une soixan­taine de pays — mais qui a été boy­cot­té par Mos­cou et Pékin — a ap­pe­lé à l’ar­rêt im­mé­diat de la vio­lence. Les par­ti­ci­pants se sont dit dé­ter­mi­nés à adop­ter des me­sures po­li­tiques, di­plo­ma­tiques et éco­no­miques pour faire pres­sion sur le ré­gime d’alAs­sad. Ils se sont en­ga­gés à ap­pli­quer et à ren­for­cer les sanc­tions contre Da­mas.

Le com­mu­ni­qué ap­pelle la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale à prendre des me­sures d’in­ter­dic­tion de voyage contre les membres du ré­gime, à ge­ler leurs avoirs, à stop­per l’achat des hy­dro­car­bures sy­riens, à li­mi­ter les liens di­plo­ma­tiques avec le ré­gime et à em­pê­cher les li­vrai­sons d’armes à la Syrie. Le groupe des pays pré­sents à Tu­nis af­firme qu’il ap­por­te­ra une aide im­mé­diate aux po­pu­la­tions qui en ont be­soin si le ré­gime met fin à la vio­lence.

La dé­cla­ra­tion fi­nale pré­co­nise une « so­lu­tion po­li­tique » à la crise et sou­tient les pro­po­si­tions de la Ligue arabe. La confé­rence a ap­pe­lé, dans son com­mu­ni­qué, à l’ap­pli­ca­tion du plan de la Ligue arabe, qui doit conduire le pré­sident AlAs­sad à dé­lé­guer tous ses pou­voirs au vice-pré­sident et à la for­ma­tion « d’un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale » avant l’or­ga­ni­sa­tion d’élec­tions « libres et trans­pa­rentes ». Le groupe des pays par­ti­ci­pants prend aus­si note de la de­mande faite par la Ligue arabe au Conseil de sé­cu­ri­té de l’onu de for­mer une « force conjointe arabe-na­tions-unies de main­tien de la paix et a dé­ci­dé de pour­suivre les dis­cus­sions sur les condi- tions du dé­ploie­ment d’une telle force ».

Ces pays ont par ailleurs re­con­nu le CNS comme « un re­pré­sen­tant lé­gi­time du peuple sy­rien qui cherche un chan­ge­ment dé­mo­cra­tique pa­ci­fique » et se sont en­ga­gés à four­nir « un sou­tien ef­fec­tif » à l’op­po­si­tion. La dé­cla­ra­tion ap­pelle éga­le­ment la Ligue arabe à or­ga­ni­ser une réunion avec le CNS et d’autres groupes d’op­po­si­tion afin de mettre en place un mé­ca­nisme de tran­si­tion po­li­tique.

S’or­ga­ni­ser ou s’uni­fier

Mais plu­sieurs dif­fé­rends existent tou­jours entre les par­tis de l’op­po­si­tion. Ces der­niers ne sont pas par­ve­nus à s’or­ga­ni­ser ou à s’uni­fier. Plu­sieurs membres du CNS ont an­non­cé, di­manche der­nier, la créa­tion d’une or­ga­ni­sa­tion concur­rente, fai­sant cou­rir le risque de frag­men­ter da­van­tage l’op­po­si­tion au pré­sident Ba­char Al-as­sad. Au moins 20 membres is­la­mistes et laïcs — sur les 270 que compte le CNS — ont quit­té le Conseil mis en place à Is­tan­bul l’an­née der­nière pour re­joindre le Groupe pa­trio­tique sy­rien.

La nou­velle ins­tance est pré­si­dée par Hai­tham Al-ma­leh, avo­cat et an­cien juge, op­po­sant de longue date à la fa­mille As­sad. Il a été re­joint par Ka­mal Al-lab­wa­ni, un chef de file de l’op­po­si­tion qui a pas­sé 6 ans en pri­son avant d’être libéré en dé­cembre, et par deux fi­gures de l’op­po­si­tion, Wa­lid Al-bun­ni et Fa­waz Al-tel­lo.

« La Syrie a connu des mois dif­fi­ciles de­puis que le CNS a été for­mé. Le CNS n’a pas réus­si à ob­te­nir des ré­sul­tats sa­tis­fai­sants et n’est pas en me­sure de ré­pondre aux de­mandes des in­sur­gés pré­sents à l’in­té­rieur de la Syrie », in­dique le Groupe pa­trio­tique dans un com­mu­ni­qué. « Le pré­cé­dent mode de fonc­tion­ne­ment s’est ré­vé­lé in­ef­fi­cace. Nous avons dé­ci­dé de for­mer un groupe d’ac­tion pa­trio­tique pour sou­te­nir l’ef­fort na­tio­nal vi­sant à ren­ver­ser le ré­gime avec tous les moyens de ré­sis­tance dis­po­nibles, y com­pris le sou­tien à l’ar­mée sy­rienne libre », af­firme le texte.

Le CNS fait face à une pres­sion gran­dis­sante de­puis plu­sieurs se­maines pour ap­por­ter of­fi­ciel­le­ment son sou­tien à la ré­sis­tance ar­mée em­me­née par l’ar­mée Sy­rienne Libre (ASL), com­po­sée en par­tie de dé­ser­teurs de l’ar­mée.

Cher­chant da­van­tage de sou­tien au sein de la po­pu­la­tion, l’op­po­si­tion a ten­du la main aux Alaouites (la com­mu­nau­té du pré­sident Ba­char Al-as­sad), tout en met­tant en garde contre les ten­ta­tives du ré­gime de pro­vo­quer une guerre confes­sion­nelle. « Nous ten­dons la main (aux Alaouites) pour construire un Etat de droit et de ci­toyen­ne­té », a an­non­cé le CNS. « Le ré­gime ne réus­si­ra pas à nous pous­ser à nous en­tre­tuer », pour­suit le com­mu­ni­qué.

Ce­pen­dant, il est clair que la Syrie est en proie à une lutte confes­sion­nelle et connaît un risque de frag­men­ta­tion de sa so­cié­té. Les alaouites re­pré­sentent une com­po­sante im­por­tante du peuple sy­rien. Tou­jours se­lon le CNS « le ré­gime a ré­pan­du la peur au sein de la com­mu­nau­té alaouite pour qu’elle conti­nue à sou­te­nir Ba­char Al-as­sad ».

Dans un com­mu­ni­qué dif­fu­sé le 19 jan­vier, des in­tel­lec­tuels alaouites sy­riens avaient dé­plo­ré les « ten­ta­tives » du pou­voir et de cer­tains groupes de l’op­po­si­tion de confondre leur com­mu­nau­té avec le ré­gime, met­tant en garde contre le risque d’une dé­rive confes­sion­nelle du sou­lè­ve­ment po­pu­laire. La com­mu­nau­té alaouite, à la­quelle ap­par­tient M. As­sad, est une branche de l’is­lam chiite, dont cer­tains membres dé­tiennent les postes-clés du pou­voir en Syrie. Elle re­pré­sente 12 % de la po­pu­la­tion, es­ti­mée à 22 mil­lions d’ha­bi­tants, en ma­jo­ri­té des mu­sul­mans sun­nites

Face aux ma­noeuvres du ré­gime sy­rien, l’op­po­si­tion tente de s’or­ga­ni­ser.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.