Des ré­vo­lu­tions à trans­for­mer

Al Ahram Hebdo - - Economie -

DÉ­VE­LOP­PE­MENT . Un rap­port onu­sien fait le point sur l’im­por­tance des ré­formes so­ciales, né­gli­gées

par les classes po­li­tiques dans les pays du Prin­temps arabe. L’egypte ne fait pas ex­cep­tion.

ICe qui est bien dans ce rap­port à l’en­contre des rap­port des ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales c’est qu’il n’a pas pré­sen­té les pro­blèmes éco­no­miques comme étant des choses tech­niques loin du contexte po­li­tique », com­mente Ga­lal Amine, professeur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té amé­ri­caine du Caire.

Se­lon les au­teurs du rap­port, ces ré­flexions s’ap­pliquent par­fai­te­ment au contexte égyp- L FAUT au monde arabe, y com­pris l’egypte, un nou­veau mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment, et ce­la ne se réa­li­se­ra pas sim­ple­ment avec un sys­tème po­li­tique plus dé­mo­cra­tique. Tel est le mes­sage prin­ci­pal du rap­port sur les dé­fis du dé­ve­lop­pe­ment arabe ré­di­gé par le Pro­gramme des Na­tions-unies pour le Dé­ve­lop­pe­ment (PNUD). Il sou­ligne que la dé­mo­cra­tie est né­ces­saire mais pas suf­fi­sante, et qu’en tout cas, elle ne se concré­ti­se­ra pas sans la réus­site face aux dé­fis éco­no­miques, en par­ti­cu­lier la jus­tice so­ciale. Les au­teurs du rap­port in­sistent sur le manque d’in­té­rêt po­li­tique oc­troyé aux su­jets éco­no­miques dans les pays qui ont connu des ré­vo­lu­tions ou des sou­lè­ve­ments po­pu­laires. « En dé­pit d’être au coeur de sou­lè­ve­ments arabes, les ques­tions éco­no­miques traînent après les pré­oc­cu­pa­tions po­li­tiques dans le dis­cours pu­blic post-ré­vo­lu­tion­naire entre l’etat, la so­cié­té ci­vile et la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale », re­marquent les au­teurs du rap­port. Ils aver­tissent que les dé­fis éco­no­miques ne sont pas trai­tés cor­rec­te­ment, elles risquent de contre­car­rer la tran­si­tion dé­mo­cra­tique arabe. Le rap­port n’a pas ou­blié de men­tion­ner qu’après tout, il s’agis­sait d’une ques­tion de vo­lon­té po­li­tique. « tien. Le pro­blème ori­gi­nel est que le mode de dé­ve­lop­pe­ment adop­té ces der­nières dé­cen­nies a créé une dis­pa­ri­té fla­grante. Le rap­port note l’exis­tence d’une dis­pa­ri­té no­table entre les dif­fé­rents gou­ver­no­rats. Il af­firme que seules quelques ag­glo­mé­ra­tions ur­baines ma­jeures comme Le Caire et Alexan­drie montrent des ni­veaux bas de pau­vre­té hu­maine alors que ces ni­veaux sont très éle­vés en Haute-egypte. Plus pré­oc­cu­pantes, ces dis­pa­ri­tés n’ont pas di­mi­nué de fa­çon no­table avec le temps. C’est le ré­sul­tat d’un pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique qui a dé­pas­sé la Haute-egypte ru­rale, condui­sant l’agri­cul­ture à voir sa contri­bu­tion au PIB di­mi­nuer ra­pi­de­ment au cours du temps, tan­dis que la part de la po­pu­la­tion en­ga­gée dans l’agri­cul­ture a di­mi­nué à un rythme beau­coup plus lent. Les ha­bi­tants des zones ru­rales en Haute-egypte n’ont pas été les seuls dé­fa­vo­ri­sés ; avec eux ont souf­fert les pauvres et les tranches in­fé­rieures de la classe moyenne ur­baine. « Le mo­dèle des dé­penses pu­bliques n’a pas été en fa­veur des pauvres avec les dé­penses sur l’édu­ca­tion ne dé­pas­sant pas 5,7 % du PIB entre 1999 et 2008 et atteignant un pic de 6,9 % en 2002 », éta­blit le rap­port en no­tant que les sub­ven­tions, sur­tout celles à l’éner­gie, n’ont pas tou­jours bé­né­fi­cié aux pauvres. L’un des pro­blèmes éco­no­miques struc­tu­rels de l’egypte, comme d’autres pays arabes, est que la part du sec­teur agri­cole et in­dus­triel dans l’em­ploi est stag­nante. En Egypte, elle est même pas­sée de 14 % en 1975 à 13 % entre 2008 et 2010. En re­vanche, le sec­teur des ser­vices croît ra­pide- ment et ce­lui du pé­trole conti­nue à me­ner la crois­sance bien qu’il soit en ré­gres­sion.

Mo­dèle d’etat ren­tier

De ma­nière gé­né­rale, la ré­gion arabe compte par­mi les moins in­dus­tria­li­sées au monde, même com­pa­rée à d’autres pays en dé­ve­lop­pe­ment comme l’afrique sub­sa­ha­rienne et l’amé­rique la­tine. Se­lon le rap­port, il s’agit plu­tôt d’un mo­dèle d’etat ren­tier qui n’a pas oc­troyé suf­fi­sam­ment d’in­té­rêt au dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel et à la créa­tion d’une va­leur ajou­tée. Ces po­li­tiques éco­no­miques avec leurs dé­faillances struc­tu­relles ont été ac­com­pa­gnées de ni­veaux éle­vés de cor­rup­tion et de né­po­tisme qui a pri­vé les groupes les plus pauvres d’ac­cès aux em­plois et aux ser­vices. En fin de compte, elles ont créé des ano­ma­lies et des contra­dic­tions entre le taux de crois­sance, par exemple, et la pau­vre­té. Ain­si, quand le taux de crois­sance a aug­men­té en Egypte, les taux de pau­vre­té n’ont pas ré­gres­sé, bien au contraire. Se­lon les sta­tis­tiques of­fi­cielles, l’egypte a réa­li­sé des taux de crois­sance réels de plus de 5 % dans les an­nées 2000, mais le ni­veau de consom­ma­tion par ha­bi­tant a stag­né, voire di­mi­nué. Des fac­teurs ex­ternes ont éga­le­ment contri­bué à an­crer la pau­vre­té comme la hausse des prix in­ter­na­tio­naux des den­rées ali­men­taires ces der­nières an­nées. Elle a pro­vo­qué une hausse des prix lo­caux et donc de l’in­fla­tion en Egypte qui a eu des consé­quences sur le ni­veau de nu­tri­tion, ce que l’on ap­pelle « la faim dis­si­mu­lée ». Le chan­ge­ment cli­ma­tique et la crise éco­no­mique mon­diale ont aus­si contri­bué à la misère de la ré­gion et conti­nue à le faire

Les dis­pa­ri­tés so­ciales sont fla­grantes en Egypte sur­tout dans les zones ru­rales.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.