Un rap­port conforme aux idées des Frères

Un émi­nent membre des Frères mu­sul­mans dit être d’ac­cord avec le rap­port du PNUD, mais dans ces propos, la di­men­sion so­ciale du rôle de l’etat n’est pas très pré­sente.

Al Ahram Hebdo - - Economie - Dos­sier réa­li­sé par Mar­wa Hus­sein

« La vi­sion du dé­ve­lop­pe­ment dans le rap­port, comme un moyen de sa­tis­faire les as­pi­ra­tions so­cio-éco­no­miques des ré­vo­lu­tions du Prin­temps arabe, cor­res­pond à la vi­sion du Par­ti Li­ber­té et Jus­tice (PLJ) »,a dit Has­san Ma­lek, homme d’af­faires et membre émi­nent du PLJ, le bras po­li­tique des Frères mu­sul­mans, lors du lan­ce­ment du rap­port sur les dé­fis du dé­ve­lop­pe­ment arabe 2011, du Pro­gramme des Na­tionsU­nies pour le Dé­ve­lop­pe­ment (PNUD). Ma­lek n’a ce­pen­dant pas beau­coup in­sis­té sur les ré­formes de na­ture so­ciale ni les mé­ca­nismes de dis­tri­bu­tion de re­ve­nus dont se sou­cie le rap­port.

« Les ré­vo­lu­tion­naires criaient : Di­gni­té, li­ber­té et jus­tice so­ciale, non Pain, li­ber­té et jus­tice so­ciale », a dit Ma­lek au dé­but de sa prise de pa­role, suite à l’in­tro­duc­tion faite par l’ani­ma­teur de la ses­sion, Ay­man AlSayed, di­rec­teur en chef du ma­ga­zine We­ghat na­zar (point de vue). Ce­lui-ci avait com­men­cé par rap­pe­ler le pre­mier slo­gan de la ré­vo­lu­tion « Pain, li­ber­té et jus­tice so­ciale » en mon­trant des vi­déos de pro­tes­ta­tions ou­vrières qui avaient pré­cé­dé la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. « Al-boua­ziz en Tu­ni­sie, par exemple, s’est im­mo­lé par le feu parce que sa di­gni­té a été of­fen­sée », in­siste Ma­lek en don­nant moins d’im­por­tance à l’in­fluence du « pain » dans les ré­vo­lu­tions arabes. Ma­lek a aus­si ex­clu les pos­si­bi­li­tés d’une « ré­vo­lu­tion de la faim » en com­men­taire aux pré­vi­sions de cer­tains ob­ser­va­teurs au cas où la jus­tice so­ciale ne se­rait pas ra­pi­de­ment mise en place. Il a es­ti­mé que ce­la était trop pes­si­miste, di­sant que « l’éthique, les croyances cultu­relles et re­li­gieuses » per­met­traient d’évi­ter un tel ré­sul­tat.

Une clé de la

ré­forme

Pour Ma­lek, l’in­dé­pen­dance de la ma­gis­tra­ture est une clé de la ré­forme. Il a éga­le­ment sou­li­gné l’im­por­tance du rôle du sec­teur pri­vé dans le pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment. Al­lant de pair avec la vi­sion li­bé­rale de son par­ti, Ma­lek n’a pas men­tion­né l’ap­pli­ca­tion d’im­pôts pro­gres­sifs, d’un sa­laire mi­ni­mum ou l’élar­gis­se­ment et l’ap­pro­fon­dis­se­ment du ré­seau d’as­su­rance so­ciale, des points-clés du point de vue des au­teurs du rap­port.

En re­vanche, il a in­sis­té sur le rôle que l’éthique et les moeurs peuvent jouer sur le plan so­cio-éco­no­mique. Il es­time donc que la so­li­da­ri­té so­ciale entre les per­sonnes, qui, dit-il, était un fac­teur-clé pour la sur­vie des pauvres en Egypte, de­vrait contri­buer à re­dres­ser la si­tua­tion. Les propos de Has­san Ma­lek ont pro­vo­qué beau­coup de ques­tions dans l’as­sis­tance, no­tam­ment sur le rôle de l’etat en fa­veur des classes les plus dé­mu­nies. Des ques­tions aux­quelles Ma­lek, pres­sé, n’a pas don­né des ré­ponses pré­cises. « On peut être tous d’ac­cord sur le contexte gé­né­ral, mais l’or­ga­ni­sa­tion des prio­ri­tés peut faire une dif­fé­rence. L’éthique est une ques­tion très im­por­tante mais c’est la hausse du ni­veau de vie qui va me­ner à une meilleure éthique et pas le contraire », a com­men­té Ga­lal Amine, professeur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té du Caire, éga­le­ment présent à la confé­rence. Ma­lek s’est sa­tis­fait d’ap­prou­ver ces pa­roles en opi­nant du chef.

Il a par ailleurs fait une syn­thèse du pro­gramme éco­no­mique de son par­ti dé­te­nant 45 % des sièges au Par­le­ment. « L’egypte souffre d’un dé­fi­cit de la ba­lance des paie­ments, d’un dé­fi­cit bud­gé­taire, et d’autres pro­blèmes ma­croé­co­no­miques — ceux-ci doivent être ré­so­lus à court terme, soit dans deux ans », a-t-il dit. « Nous de­vons éga­le­ment com­plé­ter le pro­ces­sus po­li­tique pour être en me­sure de for­ger une nou­velle Cons­ti­tu­tion. Après la réa­li­sa­tion de ces ob­jec­tifs, nous de­vons nous concen­trer sur l’amé­lio­ra­tion de l’édu­ca­tion et d’autres ré­formes qui de­vraient être réa­li­sées au cours des cinq pro­chaines an­nées » , a ajou­té Ma­lek. Et de conclure : « Notre ob­jec­tif pri­mor­dial est la re­nais­sance de l’egypte à plu­sieurs ni­veaux, et ce­la pour­rait prendre entre 20 et 30 ans »

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