La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale au se­cours du peuple sy­rien

Al Ahram Hebdo - - Opinion - Rad­wane Ziya­dah Ecri­vain sy­rien

LES CRIMES et les atro­ci­tés com­mises quo­ti­dien­ne­ment en Syrie ne s’ar­rê­te­ront ja­mais sans in­ter­ven­tion étran­gère. En com­pa­rai­son avec les autres sou­lè­ve­ments arabes, la ré­vo­lu­tion sy­rienne est très san­glante. Il va sans dire qu’une éven­tuelle ex­plo­sion dans un pays comme la Syrie qui connaît des cir­cons­tances ex­cep­tion­nelles et qui est si­tué à un car­re­four stra­té­gique du Moyen-orien, au­ra des échos dans toute la ré­gion. L’of­fen­sive bar­bare lan­cée par Ba­char Al-as­sad contre les ci­vils à Homs et dans d’autres villes sy­riennes n’a fait qu’en­har­dir les mi­li­tants sy­riens. Ceux-ci sont plus que ja­mais dé­ter­mi­nés à ren­ver­ser le ré­gime d’alAs­sad. Ré­sul­tat : le pays est en­flam­mé et se trouve dé­sor­mais sur une pente dan­ge­reu- se. Les ré­vo­lu­tions qui ont ren­ver­sé les ré­gimes tu­ni­sien et li­byen ne doivent être ni igno­rées ni mé­con­nues du peuple sy­rien. Il est clair que la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale doit in­ter­ve­nir en Syrie, pas seule­ment pour ar­rê­ter l’ef­fu­sion de sang, mais aus­si parce que l’en­tê­te­ment du ré­gime de Ba­char Al-as­sad risque de per­tur­ber la dy­na­mique ré­gio­nale et la conduire vers une voie ca­tas­tro­phique.

Il y a un an, le monde était en­core in­ca­pable de pré­dire ce vent de chan­ge­ment qui a ba­layé les dic­ta­tures arabes. Mais si nous por­tons un re­gard sur l’his­toire, nous consta­te­rons que le Prin­temps arabe n’est pas une sur­prise. Des mou­ve­ments de ré­volte si­mi­laires ont en ef­fet pré­cé­dé le Prin­temps arabe en Eu­rope de l’est comme en Amé­rique la­tine. Il est vrai que le Moyen-orient et l’afrique du Nord ont été tou­chés par les ré­voltes po­pu­laires, 20 ans après l’eu­rope de l’est, mais ces ré­voltes ne sont pas moins lé­gi­times. Les le­çons que nous avons ti­rées des mou­ve­ments ayant pré­cé­dé les nôtres nous amènent à pen­ser que l’ap­pui ap­por­té aux peuples qui as­pirent à la paix pren­dra, à la fin, le des­sus sur les dic­ta­tures vé­tustes et cor­rom­pues. La po­li­tique amé­ri­caine au Moyen-orient tourne au­tour de deux pôles. Le pre­mier est de ser­vir les in­té­rêts des EtatsU­nis en sou­te­nant les lea­ders cor­rom­pus qui se sou­mettent à la vo­lon­té des Amé­ri­cains. L’autre pôle consiste à s’en­ga­ger aux cô­tés des idéaux re­cher­chés par les peuples comme la li­ber­té et la dé­mo­cra­tie. Cette dua­li­té a été ré­vé­lée au grand jour du­rant le Prin­temps arabe. La Syrie est l’exemple le plus fla­grant de cette dua­li­té pla­cée au ser­vice des in­té­rêts de la grande su­per­puis­sance mon­diale.

En réa­li­té, les Etats-unis sont ac­tuel­le­ment oc­cu­pés par les élec­tions pré­si­den­tielles qui au­ront lieu à la fin de l’an­née, et sont las des conflits et des guerres suc­ces­sifs. Ils ne peuvent donc pas sou­te­nir une in­ter­ven­tion uni­la­té­rale en Syrie. Mais ils peuvent, néan­moins, contri­buer à la for­ma­tion de la coa­li­tion des « amis de la Syrie » qui pour­rait re­cueillir le sou­tien des pays du conseil de co­opé­ra­tion du Golfe, de cer­tains pays arabes, ain­si que la Tur­quie, l’union eu­ro­péenne et les Na­tionsU­nies. Si cette al­liance in­ter­na­tio­nale voit le jour, elle pour­ra réa­li­ser plu­sieurs ob­jec­tifs : ap­pe­ler Ba­char AlAs­sad à re­mettre le pou­voir, as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té de l’aide hu­ma­ni­taire pré­sen­tée aux ré­gions pla­cées sous l’em­bar­go du dic­ta­teur et oeu­vrer en vue de tra­duire Ba­char AlAs­sad de­vant le tri­bu­nal pé­nal in­ter­na­tio­nal. En­fin, cette coa­li­tion doit re­con­naître le Conseil Na­tio­nal Sy­rien (CNS) en tant que re­pré­sen­tant lé­gi­time du peuple sy­rien. Ce Conseil, qui re­groupe des re­pré­sen­tants de toutes les eth­nies et confes­sions en Syrie, a af­fir­mé qu’il as­su­re­rait la tran­si­tion dans la Syrie de l’après-as­sad et a ras­su­ré les Al­laou­ties qui craignent la ven­geance.

Le peuple sy­rien, dans son as­pi­ra­tion à un ré­gime libre qui res­pecte les droits de l’homme et la di­gni­té des ci­toyens, est en proie aux po­li­tiques in­ter­na­tio­nales. La Rus­sie, par exemple, veut ab­so­lu­ment gar­der un al­lié stra­té­gique dans la ré­gion et s’at­tend à ce qu’al-as­sad ar­rête la vio­lence, ce qui est ir­réa­liste bien sûr. En réa­li­té, il s’avère que plus la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale se mon­tre­ra in­ca­pable d’or­ga­ni­ser une in­ter­ven­tion en Syrie, plus la ré­gion se­ra en­dom­ma­gée. Nous sommes de­vant une vé­ri­table ré­vo­lu­tion dont les flammes ne sont pas prêtes à s’éteindre. Dans un tel contexte, les Etats-unis ain­si que la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale se­ront, sans nul doute, les grands bé­né­fi­ciaires s’ils sou­tiennent le plan d’ac­tion du CNS pour sau­ver la Syrie

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