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Al Ahram Hebdo - - Voyages - Ami­ra Sa­mir (avec agences)

EX­PO­SI­TION . Le Bri­tish Mu­seum offre l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir le pè­le­ri­nage à La Mecque à tra­vers la plus im­por­tante ex­po­si­tion ja­mais consa­crée à ce su­jet.

Un voyage entre His­toire et ex­pé­riences

per­son­nelles.

LE PÈ­LE­RI­NAGE — ou le hadj — est l’un des cinq pi­liers de l’is­lam que tout fi­dèle est cen­sé ac­com­plir une fois dans sa vie s’il en a les moyens. Il re­groupe chaque an­née à La Mecque près de 3 mil­lions de mu­sul­mans de plus de 180 na­tio­na­li­tés. A pied ou à dos de cha­meau, des mil­lions de pè­le­rins ont pris, au cours des siècles, la route de La Mecque. L’ex­po­si­tion du Bri­tish Mu­seum, in­ti­tu­lée Ha­jj Jour­ney to the Heart of Is­lam (le hadj : voyage au coeur de l’is­lam), se ré­vèle d’une am­pleur jus­qu’ici in­édite. Elle nous ini­tie aux rites du plus grand pè­le­ri­nage an­nuel du monde, lar­ge­ment mé­con­nu des non-mu­sul­mans, à tra­vers un en­semble ex­cep­tion­nel d’ob­jets en re­la­tion avec ce rite sa­cré.

Ou­verte jus­qu’au 15 avril 2012, l’ex­po­si­tion in­siste sur l’im­por­tance de cette ex­pé­rience au sein de l’is­lam. « Ce voyage au coeur de l’is­lam est des­ti­né aux mu­sul­mans comme aux non­mu­sul­mans : à tous ceux qui veulent en sa­voir plus sur l’une des grandes ma­ni­fes­ta­tions re­li­gieuses du monde », ex­plique Neil Mac­gre­gor, di­rec­teur du mu­sée lon­do­nien. « Le hadj est la seule pra­tique de l’is­lam in­ac­ces­sible aux non-mu­sul­mans, La Mecque, ter­ri­toire sa­cré, leur étant in­ter­dite », rap­pelle-t-il. Ajou­tant : « Il nous a sem­blé très im­por­tant de ten­ter de com­prendre ce qu’il si­gni­fiait pour les mu­sul­mans au­jourd’hui et de me­su­rer son im­por­tance à tra­vers des siècles ».

Cette ex­po­si­tion est la troi­sième or­ga­ni­sée par le mu­sée dans le cadre d’une sé­rie consa­crée aux voyages spi­ri­tuels. « Nous avons vou­lu mettre en place une vraie ex­pé­rience d’ap­pren­tis­sage pour chaque vi­si­teur. Nous avons dû contac­ter des mu­sées dans le monde en­tier pour leur de­man­der si nous pou­vions em­prun­ter cer­taines de leurs oeuvres et s’ils avaient des pièces liées au voyage vers La Mecque », af­firme Ve­ne­tia Por­ter, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion.

Il a fal­lu 3 ans et de nom­breuses trac­ta­tions au­près des mu­sées du monde en­tier pour ras­sem­bler les pièces pré­sen­tées de ma­nière très di­dac­tique, avec en bruit de fond les ap­pels à la prière et les ré­ci­ta­tions des pè­le­rins. Des ob­jets an­ciens et mo­dernes, des oeuvres d’art, des ma­nus­crits, des vi­déos, des en­re­gis­tre­ments et des pho­to­gra­phies y sont no­tam­ment ex­po­sés. « Cette ex­po­si­tion est un voyage. Elle en­voie un mes­sage cultu­rel et spi­ri­tuel qui prouve com­bien l’is­lam est har­mo­nieux », in­dique Nas­ser Kha­li­li, l’un des plus grands col­lec­tion­neurs d’art is­la­mique dans le monde, qui a four­ni un cer­tain nombre d’ob­jets pré­sen­tés à l’ex­po­si­tion.

Les pièces ex­po­sées sont prin­ci­pa­le­ment is­sues de col­lec­tions pu­bliques et pri­vées du Royaume-uni, d’ara­bie saou­dite et d’egypte. Par­mi les ob­jets prê­tés par l’ara­bie saou­dite fi­gure un see­ta­nah, qui est une étoffe bro­dée fen­due en son mi­lieu pour per­mettre d’en­trer dans La Kaa­ba. Les rouges et bleus, qui en­tourent la cal­li­gra­phie arabe cou­sue sur ce see­ta­nah, sou­lignent la ri­chesse du texte co­ra­nique qui orne l’étoffe. L’une des ma­quettes les plus im­por­tantes de l’ex­po­si­tion re­pré­sente un « mah­mal », c’est-à-dire un pa­lan­quin somp­tueu­se­ment dé­co­ré dans le­quel les sul­tans voya­geaient entre Le Caire et les villes saintes et qui trans­porte la Kis­wa des­ti­née à re­cou­vrir La Kaa­ba. Une co­pie du Co­ran du VIIIE siècle fait aus­si par­tie des pièces maî­tresses pré­sen­tées.

Par­mi les ob­jets les plus ori­gi­naux fi­gure une carte in­di­quant les iti­né­raires pos­sibles du che­min de fer du Hed­jaz ima­gi­née par le di­gni­taire ot­to- man had­ji Mu­kh­tar Bey du­rant son propre voyage. Par­mi les ob­jets his­to­riques no­tables fi­gure l’une des dalles uti­li­sées ja­dis comme re­pères par les pè­le­rins pour re­trou­ver leur che­min. Est aus­si ex­po­sée une pein­ture de Shiraz, da­tant du XVE siècle, qui re­pré­sente une foule à l’in­té­rieur du Ha­ram de La Mecque. Une pho­to­gra­phie plus ré­cente montre les pè­le­rins d’au­jourd’hui dans le dé­sert de Ara­fat. Les vi­sages évoquent des fi­dèles dans leur quête com­mune de par­don, sans dif­fé­rences ap­pa­rentes entre eux.

Pen­dant des siècles, ce voyage vers le pre­mier lieu saint de l’is­lam, si­tué en Ara­bie saou­dite, consti­tuait une vé­ri­table épo­pée : des se­maines de voyage à tra­vers mon­tagnes et dé­serts, voire des mois de na­vi­ga­tion sur l’océan in­dien, où l’on ris­quait chutes, vols ou nau­frages. Sur la « route arabe » Bag­dad-la Mecque, la plus an­cienne des 5 grandes voies em­prun­tées par les pè­le­rins au cours de l’his­toire, des puits, des aires de re­pos et des ba­lises avaient été ins­tal­lés. Comme cette borne ki­lo­mé­trique pré­sen­tée par le Bri­tish Mu­seum, l’une des rares en­core exis­tantes.

Rares pè­le­ri­nages

d’oc­ci­den­taux

Cartes an­ciennes, as­tro­labes pour faire ses prières à l’heure dite, bous­soles, guides des ri­tuels ou ré­cits de voyage : à ce ver­sant his­to­rique ré­pond la lo­gis­tique mo­derne avec ses cli­chés de pè­le­rins en bus ou en avion et de clients d’agences de voyage spé­cia­li­sées dans les for­faits pour La Mecque. Une for­mule ini­tiée par Tho­mas Cook lui-même à la fin du XIXE siècle, pro­mu un temps voya­giste of­fi­ciel pour cette des­ti­na­tion, à par­tir des Indes bri­tan­niques, comme en té­moigne un an­cien ti­cket.

L’ex­po­si­tion fait aus­si par­ta­ger au vi­si­teur l’ex­pé­rience de quelques Oc­ci­den­taux non mu­sul­mans qui ont pu en­trer à La Mecque. Cer­tains se sont dé­gui­sés, tel l’ex­plo­ra­teur Ri­chard F. Bur­ton, qui en re­vint avec un livre, de­ve­nu best-sel­ler. L’ecos­saise Eve­lyn Cob­bold, bien que non of­fi­ciel­le­ment conver­tie, di­sait qu’elle s’était « tou­jours sen­tie mu­sul­mane ». Elle ob­tint des au­to­ri­tés lo­cales, en 1933, le droit de faire son pè­le­ri­nage à 65 ans.

La pa­role est éga­le­ment don­née à des ar­tistes contem­po­rains, tel Ah­mad Ma­ter, dont l’ins­tal­la­tion — un cube noir qui ai­mante vers lui des mil­liers de par­ti­cules mé­tal­liques — illustre l’at­trac­tion exer­cée par La Kaa­ba, l’édi­fice au centre de la grande mos­quée de La Mecque, sur les pè­le­rins.

Si elle pré­sente une ma­quette de La Mecque et des agran­dis­se­ments pré­vus, l’ex­po­si­tion, or­ga­ni­sée en par­te­na­riat avec la bi­blio­thèque du roi Ab­del-aziz à Riyad, passe en re­vanche très vite sur les pro­blèmes po­sés par l’af­flux de pè­le­rins (3 mil­lions l’an der­nier) en terme d’or­ga­ni­sa­tion et de sé­cu­ri­té. En 2006, 364 sont morts pié­ti­nés. En 1990, 1 426 ont pé­ri, la plu­part étouf­fés, après un mou­ve­ment de pa­nique dans un tun­nel.

Cette ex­po­si­tion est une aven­ture his­to­rique et cultu­relle qui vise à faire com­prendre les im­pli­ca­tions de ce voyage, à la fois per­son­nel et col­lec­tif

L’ex­po­si­tion du Bri­tish Mu­seum lance un mes­sage à la fois cultu­rel et spi­ri­tuel.

Les pièces ex­po­sées sont prin­ci­pa­le­ment is­sues de col­lec­tions pu­bliques et pri­vées du Royaume-uni, d’ara­bie saou­dite et d’egypte

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