Un sort in­cer­tain

Al Ahram Hebdo - - Egypte - Ola Ham­di

PRÉ­SI­DEN­TIELLE . Trois grands can­di­dats s’ef­for­çaient di­manche et lun­di de trou­ver le moyen de res­ter en course au len­de­main de la dé­ci­sion de la com­mis­sion

élec­to­rale d’in­va­li­der dix dos­siers.

DANS un contexte po­li­tique vo­la­tile, des re­cours ont été pré­sen­tés à la Haute com­mis­sion de la pré­si­den­tielle, suite à sa dé­ci­sion, sa­me­di, d’ex­clure 10 des 23 can­di­dats à la ma­gis­tra­ture su­prême. Par­mi les can­di­dats ex­clus fi­gurent trois poids lourds qui étaient dé­jà don­nés pour fa­vo­ris, à sa­voir le gé­né­ral Omar So­li­man, an­cien vice-pré­sident et ex-chef des ser­vices se­crets, l’homme d’af­faires Khai­rat Al-cha­ter, can­di­dat des Frères mu­sul­mans, et le pré­di­ca­teur sa­la­fiste Ha­zem Abou-ismaïl. Tous les trois ont pré­sen­té des ap­pels pour contes­ter la dé­ci­sion de la com­mis­sion du­rant le dé­lai de 48 heures à par­tir de l’an­nonce de la dé­ci­sion.

Le ma­gis­trat Fa­rouq Sul­tan, pré­sident de la com­mis­sion élec­to­rale, a af­fir­mé que les can­di­dats ex­clus n’ont pas ré­pon­du aux exi­gences liées à la na­tio­na­li­té, aux si­gna­tures et à d’autres cri­tères. Le gé­né­ral Omar So­li­man a été dis­qua­li­fié parce qu’il n’avait pas réuni le nombre de si­gna­tures d’élec­teurs re­quis dans l’un des 15 gou­ver­no­rats, se­lon la com­mis­sion. Cet an­cien chef des ser­vices se­crets avait été nom­mé vice-pré­sident quelques jours après le dé­but du sou­lè­ve­ment en Egypte. Khai­rat Al-cha­ter, in­car­cé­ré jus­qu’en mars 2011, a été écar­té en rai­son d’une loi sti­pu­lant que toute per­sonne ayant été condam­née à de la pri­son doit at­tendre six ans à par­tir de la fin de sa peine ou de la date de sa grâce avant de pou­voir re­trou­ver ses droits ci­viques. Al-cha­ter es­time que son ex­clu­sion, due à une condam­na­tion « in­juste » in­fli­gée sous Mou­ba­rak, était « po­li­tique et illé­gale ». Ha­zem AbouIs­maïl ne peut, quant à lui, être can­di­dat parce que sa mère a ob­te­nu la na­tio­na­li­té amé­ri­caine. La loi élec­to­rale sti­pule, en ef­fet, que tout can­di­dat à la ma­gis­tra­ture su­prême doit être uni­que­ment Egyp­tien, de même que ses pa­rents et son épouse.

La dé­ci­sion de la com­mis­sion élec­to­rale a fait l’ef­fet d’une bombe à 5 se­maines du pre­mier tour du scru­tin pré­si­den­tiel, une étape cru­ciale du pro­ces­sus de tran­si- tion qui de­vra dé­bou­cher sur une re­mise du pou­voir à une au­to­ri­té ci­vile. Les gé­né­raux du Conseil Su­prême des Forces Ar­mées (CSFA) doivent en ef­fet pas­ser le re­lais d’ici le 1er juillet au pro­chain pré­sident élu, mais les der­niers re­bon­dis­se­ments pour­raient re­tar­der ce pro­ces­sus. Si elle est main­te­nue, la dé­ci­sion trans­for­me­rait le pay­sage élec­to­ral en fai­sant dis­pa­raître les can­di­da­tures les plus puis­santes et les plus contro­ver­sées, pour ne lais­ser qu’un groupe de mo­dé­rés. En tête de ce groupe fi­gurent l’ex-se­cré­taire gé­né­ral de la Ligue arabe Amr Mous­sa, le dis­si­dent des Frères mu­sul­mans Ab­delMo­neim Aboul-fo­touh, ain­si que de l’an­cien pre­mier mi­nistre Ah­mad Cha­fiq, un mi­li­taire.

Ce­la dit, la confré­rie des Frères mu­sul­mans s’était pré­pa­rée à une éven­tuelle in­va­li­da­tion de la can­di­da­ture d’al- Cha­ter en pré­sen­tant un se­cond can­di­dat, Mo­ha­mad Mor­si, le pré­sident du Par­ti de la li­ber­té et de la jus­tice ( leur bras po­li­tique). Même si ce der­nier est loin d’avoir la po­pu­la­ri­té du can­di­dat qu’il est sup­po­sé rem­pla­cer.

Plu­tôt que de faire le lit des mo­dé­rés, d’autres ob­ser­va­teurs craignent que ces ex­clu­sions abruptes ne viennent en re­vanche en­ve­ni­mer une course dé­jà tu­mul­tueuse et de plon­ger le pays dans une nou­velle crise po­li­tique. Jusque- là, la cam­pagne élec­to­rale était très po­la­ri­sée et a sché­ma­ti­que­ment di­vi­sé le pays en deux camps : les is­la­mistes et les an­ciennes per­son­na­li­tés im­por­tantes du ré­gime qui étaient sup­po­sé­ment ap­puyés par les gé­né­raux au pou­voir.

Au cas où elle se­ra ef­fec­tive, l’ex­clu­sion des deux is­la­mistes et du gé­né­ral aug­men­te­rait sen­si­ble­ment les chances d’aboulFo­touh dont la version de l’is­lam mo­dé­ré est aus­si bien ap­pré­ciée par les li­bé­raux, et celle de l’an­cien chef de la ligue arabe Amr Mous­sa, qui réus­sit tant bien que mal à se dis­tan­cier de l’an­cien ré­gime.

Sur le ter­rain, beau­coup craignent un re­cours à la vio­lence de la part des par­ti­sans des can­di­dats ex­clus. Ven­dre­di dé­jà, les par­ti­sans du sa­la­fiste Abou- Ismaïl ont fait as­sié­gé le QG de la com­mis­sion élec­to­rale, obli­geant cette der­nière à faire éva­cuer le bâ­ti­ment et à sus­pendre ses travaux. Di­manche, la com­mis­sion était pla­cée sous la pro­tec­tion de la po­lice mi­li­taire et la sé­cu­ri­té de l’etat.

Au mo­ment où nous met­tons sous presse, la com­mis­sion n’a pas en­core ren­du son ver­dict. Quoi qu’il en soit, le pay­sage élec­to­ral res­te­ra im­pré­vi­sible, au moins jus­qu’au 26 avril pro­chain, jour de l’an­nonce de la liste fi­nale des can­di­dats re­te­nus

Omar So­li­man a été pré­sen­té par ses dé­trac­teurs comme un sym­bole de l’ère Mou­ba­rak.

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