Les an­ciens de Mou­ba­rak

Deux can­di­dats sou­lèvent la co­lère des ré­vo­lu­tion­naires. Rien d’éton­nant : ils font par­tie de l’ère du pré­sident dé­chu. Pour­tant, ils ar­rivent à se trou­ver des par­ti­sans.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - May Al- Magh­ra­bi Ché­rine Ab­del-azim

Ah­mad Cha­fiq, le pi­lote

An­cien chef des forces aé­riennes, âgé de 71 ans, il était le der­nier pre­mier mi­nistre de Mou­ba­rak. Mi­li­taire et mi­nistre de l’avia­tion ci­vile en 2002, an­née du­rant la­quelle la com­pa­gnie Egyp­tair est re­struc­tu­rée et de nou­veaux aé­ro­ports sont construits. Il était l’un des confi­dents de Mou­ba­rak mais sans d’ailleurs ral­lier le camp de son par­ti. Le pré­sident dé­chu fait ap­pel à lui 6 jours après le dé­clen­che­ment de la ré­vo­lu­tion afin d’apai­ser les ré­vo­lu­tion­naires et les op­po­sants.

C’est sous sa di­rec­tion d’ailleurs qu’a eu lieu la ba­taille du « cha­meau » dans la­quelle sont tom­bés des ma­ni­fes­tants tués par les par­ti­sans de Mou­ba­rak. Il dé­mis­sionne, après deux mois

Sé­lim Al-aw­wa, le dé­fa­vo­ri­sé

Mo­ha­mad Sé­lim Al-aw­wa est can­di­dat in­dé­pen­dant à la pré­si­den­tielle. Né en 1942, Al- Aw­wa est un avo­cat très re­nom­mé, spé­cia­li­sé en droit consti­tu­tion­nel. Il a oc­cu­pé le poste de se­cré­taire gé­né­ral de l’union in­ter­na­tio­nale des ou­lé­mas mu­sul­mans de 2004 à 2010. Il a été aus­si se­cré­taire gé­né­ral de l’as­so­cia­tion égyp­tienne de la culture et du dia­logue. Il est co- fon­da­teur de l’équipe arabe pour le dia­logue mu­sul­man- ch­ré­tien. Pour­tant, Al- Aw­wa avait pro­vo­qué un tol­lé à la suite de dé­cla­ra­tions en dé­fa­veur des coptes et de l’eglise, par­lant de caches d’armes. Son livre Le Sys­tème po­li­tique de l’etat is­la­mique ré­vèle sa vi­sion sur le concept de l’etat is­la­mique et la cha­ria. Au dé­but de sa car- rière, Al- Aw­wa a été nom­mé au bu­reau du pro­cu­reur gé­né­ral avant d’être vi­ré à cause de son ap­par­te­nance à la confré­rie des Frères mu­sul­mans en 1965. Il a été l’avo­cat des cadres des Frères mu­sul­mans dans plu­sieurs pro­cès. En juin 2011, il dé­cide de bri­guer la pré­si­den­tielle, sou­te­nu par le par­ti is­la­miste mo­dé­ré Al- Was­sat, qui lui re­tire plus tard son sou­tien. Il se trouve obli­gé de me­ner la pré­si­den­tielle sous l’éti­quette d’in­dé­pen­dant, ayant pour­tant le sou­tien d’élus des deux Chambres du Par­le­ment. Ses chances sont dé­jà en éro­sion, puisque moins po­pu­laire par­mi les jeunes et ne jouis­sant pas du sou­tien d’un groupe po­li­tique en poste et à la suite d’une ren­contre en di­rect à la té­lé­vi­sion où il a été for­te­ment cri­ti­qué par l’écri­vain Alaa El-as­wa­ny. Avec l’en­trée en scène du vice-pré­sident de Mou­ba­rak, Omar So­li­man, Cha­fiq avait beau­coup per­du de ter­rain mais avec le re­trait de cet an­cien chef des ren­sei­gne­ments, il ré­cu­père une par­tie. Il n’a pour­tant pas réus­si à ob­te­nir le sou­tien d’élus et s’est pré­sen­té en tant qu’in­dé­pen­dant comp­tant sur l’ap­pui of­fi­ciel de ci­toyens.

Dans les son­dages or­ga­ni­sés par le Centre des Etudes Po­li­tiques et Stra­té­giques (CEPS) d’alAh­ram, il ar­rive sou­vent en 5e ou 6e po­si­tion.

Il trouve une cer­taine po­pu­la­ri­té chez les Egyp­tiens avides de sta­bi­li­té et ceux sou­te­nant en­core Mou­ba­rak. Le can­di­dat, lui-même, conti­nue à louer le pré­sident dé­chu. D’après le cher­cheur Yos­ri Al-aza­ba­wi, Cha­fiq n’a pas vrai­ment de chance, « c’est une carte per­due ». Il risque, en outre, d’être écar­té de la course si l’amen­de­ment de la loi sur « l’exer­cice po­li­tique » est ap­prou­vé. Celle-ci pré­voit d’in­ter­dire à tout pré­sident, vice-pré­sident, pre­mier mi­nistre ou di­ri­geant du Par­ti Na­tio­nal Dé­mo­crate (PND) lors des 10 der­nières an­nées d’exer­cer ses droits po­li­tiques

Amr Mous­sa, le di­plo­mate

Amr Mous­sa est avec ses 76 ans le can­di­dat le plus âgé de la course. Il a été mi­nistre des Af­faires étran­gères de 1991 à 2001 en­suite se­cré­taire gé­né­ral de la Ligue arabe pen­dant une dé­cen­nie. Mous­sa qui s’est mon­tré très cri­tique en­vers la po­li­tique étran­gère des Etats-unis et d’is­raël s’est as­su­ré une po­pu­la­ri­té dans la rue égyp­tienne, af­fir­mée par la chan­son de Chaa­bane Ab­delRé­him avec le re­frain « J’aime Amr Mous­sa et je dé­teste Is­raël ». A cette époque, des ru­meurs se sont ré­pan­dues que Mou­ba­rak vou­lait éli­mi­ner Mous­sa, un ri­val po­ten­tiel de la scène po­li­tique. Mais per­sonne n’a ou­blié que du­rant son man­dat à la Ligue arabe, il n’a pu em­pê­cher l’in­va­sion de l’iraq ni la guerre contre Ga­za, ni celle du Li­ban ; aus­si il n’a ja­mais cri­ti­qué Mou­ba­rak.

An­cien du ré­gime ou « fe­loul », comme le veut au­jourd’hui l’ap­pel­la­tion, il n’a ja­mais été membre du PND, par­ti de Mou­ba­rak. Mous­sa se pré­sente en tant que can­di­dat in­dé­pen­dant ré­col­tant le sou­tien de 30 000 ci­toyens. Con­trai­re­ment à Cha­fiq, l’amen­de­ment de la loi ne s’ap­pli­que­rait pas à lui. Et con­trai­re­ment à Cha­fiq aus­si, Mous­sa bé­né­fi­cie d’une po­pu­la­ri­té beau­coup plus large. Les fer­vents de la sta­bi­li­té, ceux qui re­doutent la mon­tée des is­la­mistes et les li­bé­raux. Ceux qui cherchent une fi­gure cha­ris­ma­tique, un dit « homme d’etat », se ran­ge­ront der­rière lui. Il faut prendre en consi­dé­ra­tion aus­si les voix des chré­tiens qui re­fusent pro­ba­ble­ment les can­di­dats de ten­dance is­la­miste. Mous­sa se dit can­di­dat pour un seul man­dat de 4 ans, pour « faire tra­ver­ser cette pé­riode cri­tique du pays ». Aza­ba­wi es­time que Mous­sa a été in­tel­li­gent du­rant la ré­vo­lu­tion et s’est ran­gé aux cô­tés des ré­vo­lu­tion­naires. Se­lon le der­nier son­dage ef­fec­tué par le Centre stra­té­gique d’alAh­ram, Mous­sa ar­rive en pre­mier. Un re­trait de son ri­val Cha­fiq aug­men­te­rait ses chances et le pous­se­rait fa­ci­le­ment au se­cond tour, s’il ne rem­porte pas le poste au pre­mier tour

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