Les is­la­mistes à nou­veau sur la se­lette

L’am­bas­sa­deur Amr Ra­ma­dan, as­sis­tant du mi­nistre des Af­faires étran­gères pour les af­faires des no­na­li­gnés, à l’oc­ca­sion de l’or­ga­ni­sa­tion de la confé­rence mi­nis­té­rielle du mou­ve­ment du non-ali­gne­ment en mai pro­chain dans la ville de Charm Al-cheikh.

Al Ahram Hebdo - - Egypte - May At­ta

CONS­TI­TU­TION . Le Par­le­ment en­tame une sé­rie de séances d’au­di­tion en vue de l’éta­blis­se­ment des cri­tères de choix de la nou­velle as­sem­blée consti­tuante. Les li­bé­raux dé­noncent

une deuxième ten­ta­tive des is­la­mistes de mo­no­po­li­ser le pro­ces­sus.

LA COM­MIS­SION par­le­men­taire des af­faires consti­tu­tion­nelles et lé­gis­la­tives a en­ta­mé la se­maine der­nière une sé­rie de réunions consa­crées à éta­blir les cri­tères de choix des membres de la nou­velle as­sem­blée consti­tuante qui se­ra char­gée de la ré­dac­tion de la Cons­ti­tu­tion. Au cours de cette sé­rie d’au­di­tion, les membres de la com­mis­sion par­le­men­taire in­vi­te­ront des ju­ristes, des syn­di­ca­listes, des per­son­na­li­tés pu­bliques et des re­pré­sen­tants des di­verses ten­dances po­li­tiques et ca­té­go­ries so­ciales à se concer­ter sur les cri­tères de choix à adop­ter. « Ces cri­tères ne fe­ront pas l’ob­jet d’une nou­velle loi, mais se­ront adop­tés à l’una­ni­mi­té de tous les cou­rants po­li­tiques, tout en évi­tant les rai­sons de l’échec de la pre­mière as­sem­blée consti­tuante », a af­fir­mé le ma­gis­trat Mah­moud AlK­ho­dei­ri, pré­sident de la com­mis­sion par­le­men­taire, lui­même membre de la confré­rie des Frères mu­sul­mans. « Les cri­tères de choix adop­tés par la com­mis­sion se­ront par la suite pré­sen­tés aux dé­pu­tés élus des deux Chambres du Par­le­ment en tant que simples pro­po­si­tions et non pas en tant que dé­ci­sions contrai­gnantes », pré­cise Al-kho­dei­ri.

Do­mi­née à hau­teur de 65 % par les Frères mu­sul­mans et les sa­la­fistes, la pre­mière as­sem­blée consti­tuante a été in­va­li­dée le 10 avril par le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif qui a ju­gé sa com­po­si­tion non re­pré­sen­ta­tive de la struc­ture po­li­tique et so­ciale. Cette as­sem­blée avait été dé­ser­tée tour à tour par les li­bé­raux, par Al-az­har et par l’eglise. « Les femmes, les chré­tiens, les jeunes, les ou­vriers, les pay­sans y étaient très sous-re­pré­sen­tés », a ju­gé le tri­bu­nal.

En ef­fet, beau­coup de per- sonnes avaient pro­tes­té contre les ten­ta­tives des is­la­mistes, ma­jo­ri­taires dans les deux Chambres du Par­le­ment, de mo­no­po­li­ser la ré­dac­tion de la nou­velle Cons­ti­tu­tion à tra­vers le choix des membres de la consti­tuante. Des ac­cu­sa­tions qui restent va­lides étant don­né que la com­mis­sion par­le­men­taire qui s’at­telle ac­tuel­le­ment à dé­fi­nir les cri­tères de choix des membres de la nou­velle consti­tuante est, elle-même, do­mi­née par les is­la­mistes.

« J’ai es­sayé de leur ex­pli­quer que de point de vue lé­gal, la com­mis­sion par­le­men­taire n’est pas ha­bi­li­tée à pro­po­ser des cri­tères pour le choix des membres de l’as­sem­blée consti­tuante. Elle peut in­clure ces cri­tères dans un pro­jet de loi. Et même dans ce cas, l’éla­bo­ra­tion d’une telle loi doit se faire avec la par­ti­ci­pa­tion et l’ap­pro­ba­tion de toutes les forces po­li­tiques », sou­ligne le ma­gis­trat Mo­ha­mad Nour Fa­ra­hat qui a as­sis­té, en tant qu’in­vi­té, à la pre­mière au­dience par­le­men­taire consa­crée à cette ques­tion.

« La ma­jo­ri­té par­le­men­taire peut chan­ger d’une an­née à l’autre, alors qu’une Cons­ti­tu­tion est faite pour gé­rer le pays pen­dant des dé­cen­nies. Il ne faut pas que les Chambres du Par­le­ment mo­no­po­lisent la ré­dac­tion de la Cons­ti­tu­tion, sur­tout que celle-ci est sup­po­sée gé­rer leur fonc­tion­ne­ment », ex­plique de son cô­té le pré­sident de la Cour d’ap­pel, Mo­ha­mad Fa­him.

Outre les consi­dé­ra­tions ju­ri­diques, les dé­pu­tés li­bé­raux et in­dé­pen­dants consi­dèrent la dé­ci­sion de char­ger une com­mis­sion par­le­men­taire d’éta­blir les cri­tères de choix des membres de l’as­sem­blée consti­tuante comme un contourne- ment de la dé­ci­sion de la jus­tice et une obs­ti­na­tion de la part des is­la­mistes qui cher­che­raient tou­jours à mo­no­po­li­ser la vie po­li­tique. « Nous n’al­lons pas par­ti­ci­per à cette perte de temps. Le tra­vail de la com­mis­sion par­le­men­taire est en­core une fois illé­gal. Les is­la­mistes doivent avoir ap­pris la le­çon. Ils doivent consul­ter toutes les com­po­santes de la so­cié­té », s’in­surge Bassem Ka­mel, dé­pu­té du par­ti Egyp­tien so­cial­dé­mo­crate.

Le pré­sident du Par­le­ment, Saad Al-ka­tat­ni, est ain­si ac­cu­sé par les dé­pu­tés non is­la­mistes de re­pro­duire la même er­reur ayant ame­né à l’in­va­li­da­tion de la pre­mière as­sem­blée consti­tuante.

« Les par­tis po­li­tiques li­bé­raux s’étaient en­ten­dus avec Al-ka­tat­ni pour que les cri­tères de choix des membres de la nou­velle consti­tuante soient dé­fi­nis in­dé­pen­dam­ment de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire, mais le voi­là trans­fé­rer la ques­tion à une com­mis­sion par­le­men­taire do­mi­née par les is­la­mistes », re­grette à son tour Emad At­teya, membre du par­ti de l’al­liance po­pu­laire so­cia­liste. « Le fait de contre­car­rer la for­ma­tion de l’as­sem­blée consti­tuante ne fe­ra que re­tar­der le pro­ces­sus de tran­si­tion à la dé­mo­cra­tie et pro­lon­ger le pou­voir des mi­li­taires. Ce sont les Frères qui, de bonne ou de mau­vaise foi, en se­ront la cause », ac­cuse At­teya.

« Les Frères mu­sul­mans ont ac­cep­té la dé­ci­sion de la jus­tice in­va­li­dant la pre­mière as­sem­blée consti­tuante, mais ils ne semblent pas en avoir sai­si l’es­prit. La ré­dac­tion de la Cons­ti­tu­tion est un pro­ces­sus au­quel doivent par­ti­ci­per toutes les classes po­li­tiques et so­ciales », sou­ligne Ha­fez AbouSea­da, di­rec­teur de l’or­ga­ni­sa­tion égyp­tienne des droits de l’homme

Les li­bé­raux veulent avoir leur mot à dire.

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.