Ma­noeuvres mi­li­taires

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - Ma­ha Sa­lem

POUR EXER­CER une forte pres­sion sur le ré­gime sy­rien, l’union Eu­ro­péenne (UE) a dé­ci­dé lun­di der­nier d’im­po­ser de nou­velles sanc­tions contre ce ré­gime. L’UE a in­ter­dit les ex­por­ta­tions de pro­duits de luxe vers la Syrie, une me­sure es­sen­tiel­le­ment sym­bo­lique qui vise le train de vie du couple As­sad, et li­mite un peu plus les ex­por­ta­tions de ma­té­riel ser­vant à la ré­pres­sion des op­po­sants. Les sanc­tions ont été dé­ci­dées lors d’une réunion des am­bas­sa­deurs des Vingt-sept avant une réunion des mi­nistres eu­ro­péens des Af­faires étran­gères à Luxem­bourg.

Mais ce fai­sant, L’UE vise de ma­nière « très sym­bo­lique » le train de vie du couple As­sad. « Il s’agit de faire com­prendre au couple As­sad, mais aus­si à son clan et aux membres du ré­gime, que les évé­ne­ments en Syrie ont éga­le­ment des consé­quences sur leur train de vie per­son­nel », a pré­ci­sé un di­plo­mate, en ad­met­tant que ce type de me­sures pou­vait être fa­ci­le­ment contour­né. L’UE veut aus­si al­lon­ger la liste des équi­pe­ments qui peuvent ser­vir à des fins de ré­pres­sion in­terne de l’op­po­si­tion ou qui peuvent ser­vir à l’éla­bo­ra­tion de tels pro­duits. Cer­tains de ces pro­duits se­ront in­ter­dits, d’autres né­ces­si­te­ront un pro­ces­sus d’au­to­ri­sa­tion spéciale, au cas par cas. Il s’agit du 14e train de sanc­tions contre la Syrie de la part des Vingt-sept.

Quant aux res­tric­tions concer­nant le ma­té­riel ser­vant à la ré­pres­sion, elles viennent com­plé­ter des listes dé­jà en vi­gueur de­puis un em­bar­go sur les armes. Elles concernent aus­si les pro­duits pou­vant ser­vir à la fa­bri­ca­tion de tel ma­té­riel. Il y a un mois, lors de leur der­nière réunion, les mi­nistres eu­ro­péens avaient dé­jà res­ser­ré l’étau au­tour du pré­sident sy­rien en im­po­sant des sanc­tions à sa femme As­ma et à trois autres membres de sa fa­mille dont sa mère. Au to­tal, 126 per­sonnes et 41 so­cié­tés sont vi­sées par les sanc­tions eu­ro­péennes ; les­quelles visent no­tam­ment la Banque Cen­trale, le com­merce de mé­taux pré­cieux ou les vols de fret.

Com­men­tant ces sanc­tions, la Rus­sie les avait ju­gées par avance « in­ac­cep­tables ». « Au­cun ré­gime de sanc­tions n’a ja­mais abou­ti à un rè­gle­ment des si­tua­tions de crise. Par contre, à l’aide des sanc­tions, la si­tua­tion de­ve­nait en­core plus im­pré­vi­sible et se dé­té­rio­rait », avait ain­si sou­li­gné le porte-pa­role du mi­nis­tère russe des Af­faires étran­gères, Alexandre Lou­ka­che­vitch.

Par ailleurs, L’UE ré­flé­chit à ap­por­ter des moyens lo­gis­tiques à la mis­sion de quelque 300 ob­ser­va­teurs que l’onu en­tend dé­ployer en Syrie pour ren­for­cer l’ac­tuelle mis­sion avan­cée qui doit com­prendre une tren­taine de membres dans les pro­chains jours.

Mal­gré ces sanc­tions et la pré­sence d’ob­ser­va­teurs de l’onu, l’ar­mée sy­rienne pour­suit son agression contre les pro­tes­ta­taires fai­sant des di­zaines de morts quo­ti­dien­ne­ment. A cet égard, le Conseil de sé­cu­ri­té de l’onu a vo­té à l’una­ni­mi­té une deuxième ré­so­lu­tion sur la Syrie, au­to­ri­sant l’en­voi d’une mis­sion élar­gie de 300 Casques bleus non ar­més, après 13 mois de vio­lences qui ont fait plus de 11 100 morts se­lon L’OSDH. Les 300 ob­ser­va­teurs doivent être dé­ployés ra­pi­de­ment et « pour une pé­riode ini­tiale de 90 jours » se­lon la ré­so­lu­tion, mais le chef de l’onu, Ban Ki-moon, de­vra au­pa­ra­vant dé­ter­mi­ner si la conso­li­da­tion du ces­sez-le-feu le per­met.

L’op­po­si­tion sa­lue la dé­ci­sion

En pre­mière ré­ac­tion, l’op­po­si­tion sy­rienne et L’ASL ont aus­si­tôt sa­lué cette dé­ci­sion, met­tant tou­te­fois en garde contre les tac­tiques du ré­gime pour ga­gner du temps et ne pas se confor­mer au plan An­nan, qui pré­voit le re­trait des troupes des villes, la li­bé­ra­tion des dé­te­nus et l’ac­cès des hu­ma­ni­taires et de la presse. « La ré­so­lu­tion ré­pond aux re­ven­di­ca­tions du peuple sy­rien », a ju­gé George Sa­bra, porte-pa­role du Conseil Na­tio­nal Sy­rien (CNS), prin­ci­pale coa­li­tion de l’op­po­si­tion, tout en ap­pe­lant à élar­gir à nou­veau cette mis­sion pour la rendre plus ef­fi­cace. « Mais je ne pense pas que 300 ob­ser­va­teurs suf­fi­ront pour un pays comme la Syrie où la ré­vo­lu­tion touche l’en­semble des villes et des vil­lages », a-t-il sou­li­gné. Il a en outre es­ti­mé que « le prin­ci­pal pro­blème ac­tuel­le­ment, c’est que le ré­gime ne res­pecte ab­so­lu­ment pas le plan de l’émis­saire in­ter­na­tio­nal Ko­fi An­nan ».

Par­ta­geant le même avis, le co­lo­nel Kas­sem Saa­ded­dine, por­te­pa­role de L’ASL, a dit es­pé­rer que l’en­voi d’ob­ser­va­teurs met­tra fin aux tue­ries, ac­cu­sant les forces gou­ver­ne­men­tales de ne pas res­pec­ter le ces­sez-le-feu con­trai­re­ment aux re­belles. « Les forces gou­ver­ne­men­tales ne res­pectent pas le ces­sez-le-feu. Il y a des bom­bar­de­ments quo­ti­diens et les chars sont tou­jours pré­sents dans les rues, en vio­la­tion du plan An­nan », a af­fir­mé le porte-pa­role.

Face aux vio­la­tions quo­ti­diennes de la trêve, qui ont fait plus de 200 morts de­puis son en­trée en vi­gueur le 12 avril, l’émis­saire in­ter­na­tio­nal Ko­fi An­nan a une nou­velle fois ap­pe­lé Da­mas à ar­rê­ter « une fois pour toutes » d’uti­li­ser des armes lourdes et à « les re­ti­rer des centres de po­pu­la­tion ».

Ce­pen­dant, les ob­ser­va­teurs de l’onu char­gés de sur­veiller un ces­sez-le feu de plus en plus me­na­cé en Syrie ont en­ta­mé lun­di der­nier leur deuxième se­maine de mis­sion par des vi­sites à la pé­ri­phé­rie de la ca­pi­tale. « Les Casques bleus vont au­jourd’hui non loin de Da­mas, dans les en­vi­rons de la ca­pi­tale », a dé­cla­ré Nee­raj Singh, un res­pon­sable de l’équipe avan­cée de l’onu. « L’équipe pour­suit son tra­vail, ef­fec­tuant des vi­sites quo­ti­diennes et éta­blis­sant des contacts avec toutes les par­ties afin de pré­pa­rer la Mis­sion de su­per­vi­sion des Na­tions-unies en Syrie (Mism­nus) », a ajou­té M. Singh. Di­manche der­nier, les ob­ser­va­teurs s’étaient ren­dus aux pro­vinces de Homs et de Ha­ma, dans le centre du pays. De­puis sa­me­di soir, deux ob­ser­va­teurs sont ba­sés dans la ville de Homs, sur­nom­mée « la ca­pi­tale de la ré­vo­lu­tion », à la de­mande des ha­bi­tants qui re­doutent de nou­velles at­taques.

Les ob­ser­va­teurs sont char­gés de sur­veiller le ces­sez-le-feu et d’ai­der à faire ap­pli­quer les autres élé­ments du plan de paix du mé­dia­teur Ko­fi An­nan : re­tour de l’ar­mée dans les ca­sernes, li­bé­ra­tion des dé­te­nus po­li­tiques, ou­ver­ture d’un dia­logue po­li­tique entre pou­voir et op­po­si­tion

La Jor­da­nie, les Etats-unis et 15 autres pays vont par­ti­ci­per en mai à des exer­cices mi­li­taires dans le Royaume. Les pré­pa­ra­tifs à ces ma­noeuvres ter­restres, ma­ri­times et aé­riennes ont fait l’ob­jet de dis­cus­sions di­manche entre le chef d’état-ma­jor in­ter­ar­mées amé­ri­cain, le gé­né­ral Mar­tin Demp­sey, et son ho­mo­logue jor­da­nien, Me­chaal Za­ben. « L’exer­cice Lion In­tré­pide 12 » au­ra lieu du 7 au 28 mai et réuni­ra plus de 8 000 par­ti­ci­pants. La Jor­da­nie bé­né­fi­cie d’une aide éco­no­mique et mi­li­taire amé­ri­caine im­por­tante et a re­çu 2,4 mil­liards de dol­lars de Wa­shing­ton ces cinq der­nières an­nées.

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